Le gouvernement ivoirien envisage des allègements fiscaux sur les intrants et équipements aquacoles afin de réduire les coûts de production et de stimuler les investissements dans la filière. En parallèle, l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) étudie la possibilité d’un prêt concessionnel compris entre 80 et 100 milliards de FCFA pour accompagner le développement de l’industrie aquacole en Côte d’Ivoire.
La filière aquacole ivoirienne pourrait bénéficier d’un nouveau dispositif de soutien fiscal. Le ministère des Ressources animales et halieutiques (MIRAH) a engagé une réflexion sur l’exonération de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), des droits de douane et des taxes d’entrée applicables aux intrants et équipements destinés à l’aquaculture.
Cette initiative est au cœur d’un atelier de concertation organisé le mardi 20 octobre 2026 à Abidjan, dans le cadre du projet d’appui au développement des politiques dans le secteur de l’aquaculture (DPL). La rencontre réunit des représentants des administrations publiques, du secteur privé et des partenaires techniques et financiers, dont la JICA.
Représentant le ministre des Ressources animales et halieutiques, le conseiller technique chargé de l’aquaculture, Kaba Ibrahima, a souligné l’importance de mettre en place un environnement fiscal et réglementaire propice aux investissements pour favoriser l’essor de cette activité.
L’urgence de développer la production aquacole nationale se mesure à l’ampleur des importations. Selon Kaba Ibrahima, la Côte d’Ivoire a importé 732 954 tonnes de poissons en 2024, pour une valeur estimée à 520 milliards de FCFA.
Ces chiffres illustrent les difficultés du pays à satisfaire la demande intérieure à partir de sa propre production. Dans ce contexte, l’aquaculture apparaît comme un levier stratégique pour accroître l’offre locale, réduire la dépendance aux importations, renforcer la sécurité alimentaire et favoriser la création d’emplois, notamment au profit des jeunes.
Toutefois, les producteurs restent confrontés à des charges importantes. Le coût des aliments pour poissons, des alevins, des géniteurs, des produits vétérinaires et des équipements constitue un frein au développement des exploitations.
Les exonérations envisagées visent ainsi à alléger ces charges et à améliorer la compétitivité des producteurs locaux face aux produits importés.
Les travaux de l’atelier devront permettre d’identifier précisément les intrants et les équipements susceptibles de bénéficier des exonérations envisagées. Les participants sont également chargés d’examiner les dispositions juridiques et réglementaires nécessaires à l’application des mesures relatives à la TVA, aux droits de douane et aux taxes d’entrée.
L’objectif est aussi de proposer un mécanisme transparent de mise en œuvre et de suivi, assorti d’une feuille de route pour l’adoption des textes requis.
Kaba Ibrahima a néanmoins appelé à une démarche « méthodique, responsable et pragmatique », prenant en considération les contraintes juridiques, économiques et budgétaires de l’État.
De son côté, le coordonnateur du projet DPL, Sylla Soumaïlla, a invité les participants à formuler des propositions consensuelles, capables de concilier les attentes des producteurs avec les impératifs de mobilisation des ressources publiques.
Au-delà des mesures fiscales, le développement de l’aquaculture pourrait bénéficier d’un appui financier d’envergure. Le représentant résident de la JICA en Côte d’Ivoire, Kato Koichi, a annoncé que son institution étudiait la possibilité d’accorder un prêt concessionnel compris entre 80 et 100 milliards de FCFA pour soutenir l’industrie aquacole ivoirienne.
Ce financement potentiel porterait notamment sur l’amélioration du climat des investissements, le renforcement de l’environnement de production et l’amélioration de la gouvernance du secteur.
Une mission de la JICA séjourne actuellement en Côte d’Ivoire afin de collecter et de vérifier les informations nécessaires à l’évaluation du projet. Une évaluation finale pourrait intervenir avant la fin de l’année 2026, en vue d’un éventuel lancement du programme au premier semestre 2027.
Ce financement reste toutefois à l’étude et ne constitue pas, à ce stade, un engagement définitif de décaissement.
Du côté des professionnels, les attentes sont fortes. Le président de l’Interprofession aquacole, Maurice Savadogo, a plaidé pour un accompagnement fiscal adapté aux réalités économiques des exploitants, particulièrement dépendants des intrants importés.
« Tout ce qui est intrant, tout ce qui est aliment est importé », a-t-il fait observer, soulignant le poids de ces approvisionnements sur les coûts de production.
Pour lui, des allègements fiscaux permettraient de soutenir les producteurs, de favoriser l’expansion des exploitations et de contribuer à la réduction des importations de poissons. Il a également souhaité que les professionnels disposent d’un délai suffisant pour consolider leurs activités avant une augmentation de leur contribution fiscale.
Cette réflexion sur la fiscalité et le financement de l’aquaculture s’inscrit dans la Politique nationale de développement de l’élevage, de la pêche et de l’aquaculture (PONADEPA), dont la phase 2026-2030 ambitionne de renforcer les capacités productives nationales.
À travers ces mesures envisagées, les autorités ivoiriennes entendent créer des conditions plus favorables à l’investissement et à la production aquacole. L’enjeu est de réduire progressivement la dépendance du pays aux importations de poissons, tout en faisant de cette filière un moteur de croissance économique, de création d’emplois et de sécurité alimentaire.
Philomène AQUOUAMAH








