« Parce que l’entreprise a ses exigences et ses contraintes… que la passion les ignore. La passion ne fait pas un plan de trésorerie. Elle ne négocie pas un contrat publicitaire. Elle ne paie pas les salaires à la fin du mois. (…).» Ce postulat de Isaraël Guébo résume la teneur du Sommet africain du journalisme et de l’entrepreneuriat des médias (Sajem) qu’il a organisé ce jeudi 1er octobre 2026, à Abidjan pour croiser les réflexions sur l’écosystème des médias aujourd’hui. ‘’Le journalisme, l’innovation et les modèles économiques des médias’’, tel est l’intitulé de la thématique qui a rassemblé un parterre de personnalités et de professionnels des médias, ainsi que des apprenants, autour d’échanges de haut vol dans un grand hôtel d’Abidjan.
A l’ouverture de ce sommet, le directeur général de l’Agence de soutien et de développement des médias (Asdm), M. Méité Sindou, a délivré le message du ministre de la Communication empêché pour une mission hors du pays. Le ministre Amadou Coulibaly a salué le thème de cette journée de réflexion qui s’inscrit au cœur des transformations profondes que traversent la société et engage directement l’avenir de la presse, de l’information et de la citoyenneté. Il a fait un tour d’horizon de la situation alarmante que connait ce secteur d’activité, non sans rappeler les conclusions d’une enquête menée en 2024 par son département sur le modèle économique de la presse écrite et sur la professionnalisation du métier de journaliste.

Partant de ce constat qui n’est pas propre à la Côte d’Ivoire, pour le ministre de la Communication, l’innovation n’est plus un luxe, pas plus qu’une option, mais la condition pour la survie et le développement d’un média. Aussi a-t-il fait un rappel des recommandations de l’étude initiée portant entre autres sur la nécessité pour les entreprises de presse de diversifier leurs sources de revenus, de moderniser leur gouvernance, d’investir dans la formation continue, de développer des contenus à forte valeur ajoutée, et d’adopter des stratégies numériques ambitieuses pour survivre et même pour se développer dans le contexte actuel de crise structurelle majeure que traverse tout l’écosystème des médias. « Les médias africains doivent désormais penser leur modèle autour de plusieurs axes avec la révolution digitale comme colonne vertébrale », a suggéré le ministre Amadou Coulibaly dont le représentant a fait part aux acteurs des médias du document stratégique en élaboration pour faire du secteur de la communication un des moteurs du débat démocratique, de la création de richesses, du progrès social et du rayonnement de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale. « L’avenir de nos médias dépend de nous. L’avenir de notre démocratie dépend de la qualité de notre information. Et l’avenir de notre information dépend de notre capacité à innover », a rapporté Méité Sindou au nom du ministre Amadou Coulibaly.
Pour sa part, l’initiateur et directeur exécutif du Sajem, Israël Guébo, s’appuyant sur des exemples précis, dont sa propre expérience, a confronté l’auditoire au paradoxe, voire au dilemme de la qualité et de la survie. Après un examen approfondi de cette dualité entre professionnalisme et modèle économique, il en est venu à cette conclusion empreinte de réalisme et de pragmatisme. « Gardons la passion comme moteur. Mais, ne faisons plus jamais d’elle notre seul modèle ».
Les panels de haut niveau qui suivront ces discours s’inscriront dans les mêmes sillages, en préconisant pour l’essentiel la diversification des revenus pour soutenir le professionnalisme.
Notons que cette journée a vu la participation d’invités de marque tels Laurent Bigot, Directeur de l’Ecole publique des médias de Tours en France, et de Jean-Baptiste DIEBOLD, Responsable pédagogique Masters Management des Médias de l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille.
JPN








