Plus d’une semaine après le dramatique accident survenu sur l’axe Touba-Biankouma, les autorités ivoiriennes lèvent progressivement le voile sur les circonstances du drame. Réuni à Abidjan ce mercredi 22 juillet, le ministère des Transports et des Affaires maritimes a dévoilé les premiers enseignements de l’enquête administrative et technique, mettant en évidence une succession de manquements qui auraient contribué à la catastrophe. Le 13 juillet, un autocar de la compagnie Diarra Transport, assurant la liaison entre Odienné et Yamoussoukro, avait quitté la chaussée au niveau du village de Zouzousso III avant de plonger dans le fleuve Bafing, depuis le pont éponyme. Le bilan humain demeure particulièrement lourd : 39 morts, 45 blessés et seulement sept survivants. Selon les autorités sanitaires, la majorité des blessés ont depuis quitté les structures de santé. Les investigations, menées sans préjuger de la procédure judiciaire engagée par le parquet de Touba, dessinent déjà le portrait d’un système de transport marqué par des défaillances techniques, administratives et opérationnelles.
Une crevaison à l’origine de la perte de contrôle
Les premières analyses du Bureau Enquête Analyse Accident (BEA) attribuent la perte de contrôle du véhicule à l’éclatement du pneu avant droit, survenu environ quatre-vingts mètres avant le pont. Mais, cette défaillance mécanique ne constitue, selon les enquêteurs, que l’élément déclencheur d’un ensemble de facteurs aggravants. Le premier concerne la surcharge du véhicule. Alors que le car était homologué pour transporter 69 passagers, il en convoyait 91. Pour accueillir cet excédent de voyageurs, des tabourets avaient été installés dans les allées et plusieurs personnes effectuaient le trajet debout, en violation des règles de sécurité.
Des pneumatiques incompatibles et un défaut de maîtrise
L’examen technique du véhicule a également révélé un état préoccupant des pneumatiques. Les six pneus montés sur le car provenaient de trois fabricants différents et présentaient des caractéristiques disparates : indices de charge, capacités de vitesse, dates de fabrication et niveaux d’usure ne correspondaient pas aux normes d’un équipement homogène. À ces anomalies s’ajoute, selon les enquêteurs, une réaction inadaptée du conducteur après la crevaison, qui n’aurait pas réussi à conserver la maîtrise de l’autocar. « Le car transportait 91 personnes pour une capacité de 69 places. Au-delà du surnombre, plusieurs irrégularités techniques et administratives ont été relevées. Ces premiers résultats permettront d’orienter les réformes destinées à améliorer la sécurité des usagers », a déclaré le directeur général de l’Office de la sécurité routière (OSER), Étienne Kouakou, lors de la présentation des conclusions préliminaires.
Une exploitation entachée d’anomalies administratives
L’enquête met également en lumière plusieurs irrégularités dans l’exploitation du véhicule. Le car circulait avec deux plaques d’immatriculation provisoires distinctes, une situation susceptible d’avoir compromis son identification par le système de vidéoverbalisation.
Les enquêteurs indiquent en outre que plusieurs documents réglementaires — notamment l’attestation d’assurance, la carte de transport et le certificat de visite technique — n’ont pas pu être présentés, alors même que le véhicule, mis en circulation en février 2025, était soumis à ces obligations.
Les contrôles ont été élargis à l’ensemble de la flotte de Diarra Transport. Le directeur de la Police spéciale de la sécurité routière, le commissaire divisionnaire major Touré Abdoulkader, a précisé qu’aucune sanction administrative n’avait encore été prononcée contre l’entreprise. « Les vérifications se poursuivent sur l’ensemble du parc de cette compagnie afin d’établir toutes les responsabilités », a-t- il indiqué.
Le gouvernement annonce un durcissement des contrôles
À la lumière de ces premiers constats, le ministère des Transports entend renforcer son dispositif de prévention. Parmi les mesures envisagées figurent une formation plus exigeante des conducteurs et des responsables de compagnies de transport, ainsi que la mise en place d’une plateforme numérique centralisant les informations relatives aux véhicules, aux assurances, aux visites techniques et aux listes de passagers. Les autorités souhaitent également renforcer les contrôles avant toute délivrance de contrat d’assurance, imposer l’obtention préalable du permis de catégorie B avant l’accès aux catégories supérieures et intensifier la surveillance sur les axes routiers considérés comme les plus accidentogènes.
En parallèle, l’enquête administrative se poursuivra afin de compléter les investigations judiciaires ouvertes par le parquet de Touba et de déterminer les responsabilités de chacun dans cette tragédie qui relance le débat sur la sécurité du transport interurbain en Côte d’Ivoire.
Maxime KOUADIO








