À Abidjan, les défis sanitaires ne se limitent plus aux seuls hôpitaux. Pollution, changement climatique, urbanisation accélérée et émergence de nouvelles maladies imposent désormais une approche globale de la santé. C’est autour de cette conviction que s’est ouverte, du 22 au 24 juillet 2026, la 5ᵉ édition du Congrès de santé publique de Côte d’Ivoire (CSPCI), organisée par l’Institut national de santé publique (INSP). Chercheurs, décideurs politiques et partenaires internationaux y défendent un même objectif : faire de la recherche scientifique un moteur des politiques publiques.
Près de 250 participants venus de plusieurs pays africains et d’Europe prennent part à cette cinquième édition placée sous le thème : « Nos environnements et notre santé ». Chercheurs, enseignants-chercheurs, professionnels de santé, représentants d’organisations internationales, étudiants et responsables institutionnels échangent durant trois jours autour des nouveaux déterminants de la santé publique. Au programme figurent des conférences scientifiques, des communications orales, des ateliers de formation, des masters class, des présentations de posters ainsi que des tables rondes destinées à dégager des solutions concrètes face aux défis sanitaires contemporains. Au cœur des discussions, l’approche « Une Seule Santé » (One Health), qui considère la santé humaine, animale et environnementale comme les composantes d’un même équilibre.
Rapprocher la recherche des décisions publiques
En ouvrant les travaux, le directeur général de l’Institut national de santé publique, Pr William Yavo, a rappelé que le congrès, créé en 2019, est devenu un espace privilégié de dialogue entre la communauté scientifique et les décideurs. Selon lui, l’INSP entend renforcer son rôle dans la production et la diffusion des connaissances scientifiques afin d’améliorer les politiques sanitaires. Les recherches présentées durant le congrès, a-t-il expliqué, doivent permettre d’éclairer les décisions publiques et d’apporter des réponses innovantes aux défis sanitaires auxquels sont confrontés la Côte d’Ivoire et la sous-région. Le responsable de l’INSP a également souligné que cette édition intervient dans un contexte marqué par l’intensification des risques environnementaux, nécessitant des réponses fondées sur des données scientifiques fiables.
La CEDEAO appelle à une réponse régionale
Invité d’honneur du congrès, le directeur exécutif du Centre régional de surveillance et de contrôle des maladies de la CEDEAO, Dr Mamadou Diarrassouba, a insisté sur la dimension transfrontalière des menaces sanitaires. Selon lui, les maladies infectieuses, les pollutions, les mouvements de population ou encore les effets du changement climatique dépassent largement les frontières nationales. Face à ces risques, il a plaidé pour un renforcement de la coopération régionale autour du partage des données, de la surveillance épidémiologique, de la recherche et de la coordination des politiques de prévention. Le responsable régional a rappelé plusieurs actions déjà engagées par son institution, notamment le renforcement des équipes d’intervention rapide, la formation des laboratoires, l’amélioration des dispositifs de contrôle aux frontières ainsi que l’accompagnement des États membres dans leur préparation aux urgences sanitaires.
Pierre Dimba : « La recherche est un levier stratégique »
Présidant la cérémonie d’ouverture, le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre Dimba, a replacé cette rencontre dans la stratégie nationale de modernisation du système de santé ivoirien. Pour le ministre, la santé constitue aujourd’hui l’un des piliers du développement du pays et doit s’appuyer davantage sur la recherche scientifique pour orienter les politiques publiques. Il a notamment évoqué les conséquences sanitaires des changements climatiques, de la pollution de l’air, de l’eau et des sols, de l’urbanisation rapide ou encore des difficultés d’assainissement. Selon lui, ces défis imposent une mobilisation dépassant le seul secteur sanitaire et impliquant également l’environnement, l’agriculture, l’éducation, la recherche et l’aménagement du territoire. Le ministre s’est également dit convaincu que les travaux du congrès déboucheront sur des recommandations capables d’améliorer durablement les politiques publiques en matière de santé environnementale.
Consolidation d’une coopération scientifique
Au-delà des travaux scientifiques, le congrès témoigne aussi de l’élargissement des partenariats de l’INSP. La rencontre bénéficie notamment du soutien du Centre régional de surveillance et de contrôle des maladies de la CEDEAO, du Réseau francophone des établissements de santé publique (REFESP), d’Expertise France ainsi que de l’UCPS-Banque mondiale.En marge du congrès, l’assemblée générale du REFESP, qui regroupe des établissements issus de 19 pays francophones, se tient également à Abidjan. Plusieurs masters class consacrés aux études d’impact environnemental, au développement des ressources humaines en santé et au renforcement des capacités des professionnels viennent compléter le programme scientifique.
Au fil des éditions, le Congrès de santé publique de Côte d’Ivoire s’impose comme une plateforme de réflexion stratégique sur les grands enjeux sanitaires du continent. Pour les organisateurs, l’ambition est désormais de transformer les résultats de la recherche en décisions concrètes afin de bâtir un système de santé plus résilient, mieux préparé aux crises sanitaires et capable d’intégrer pleinement les enjeux environnementaux. À travers le choix du thème « Nos environnements et notre santé », la Côte d’Ivoire affirme ainsi sa volonté de faire de l’approche « One Health » un cadre de référence pour anticiper les risques, renforcer la prévention et promouvoir une gouvernance sanitaire fondée sur la coopération scientifique et les données probantes.
Maxime KOUADIO








