Le Tribunal militaire d’Abidjan a prononcé de lourdes condamnations contre trois militaires reconnus coupables de manquements graves à leurs obligations professionnelles. Les faits remontent au 22 janvier 2026. Ils mettent en cause des comportements jugés incompatibles avec les exigences de la mission de secours et les principes de déontologie des forces armées.
Lors de son audience du 23 juillet 2026, la juridiction militaire a déclaré le sergent-chef C.K.I coupable de concussion, d’omission de porter secours et de violation de consigne. Il a été condamné à dix ans de prison ferme. Deux soldats de première classe, identifiés par les initiales F.L. et S.P.A., ont quant à eux écopé de cinq années d’emprisonnement chacun. Outre leur incarcération immédiate, les trois condamnés devront restituer les 50 000 FCFA perçus de manière indue. Le tribunal a également ordonné leur privation des droits civiques ainsi que leur exclusion définitive de la fonction publique et de leurs corps d’appartenance.
Une intervention de secours qui vire au drame
Selon les éléments retenus par la justice, les militaires avaient été dépêchés le 22 janvier pour porter assistance à un homme retrouvé inconscient et grièvement blessé à Cocody Cité SIR. Après une tentative infructueuse d’admission de la victime à l’Hôpital général de Bingerville, l’équipage aurait renoncé à poursuivre les recherches d’une structure de prise en charge. L’homme a finalement été abandonné sur la voie publique, dans le secteur de Feh-Kessé, alors qu’il se trouvait dans un état critique. Son corps sans vie sera découvert le lendemain au même endroit.
L’enquête a par ailleurs établi que le chef de mission avait partagé avec ses subordonnés une somme d’argent présentée comme un don remis par une femme rencontrée au cours de l’intervention. Les magistrats ont estimé que cette perception d’argent constituait un acte de concussion, aggravant la responsabilité pénale des prévenus.
La justice militaire rappelle l’exigence d’exemplarité
Bien que les trois militaires aient exprimé des regrets à l’audience, le Tribunal militaire a considéré que la gravité des faits justifiait des sanctions exemplaires. Pour la juridiction, l’abandon d’une personne en détresse constitue une violation majeure des obligations qui incombent aux personnels chargés de protéger les populations. À travers cette décision, la justice militaire entend également réaffirmer son attachement aux principes de discipline, de probité et de respect de la vie humaine. Elle rappelle que le devoir de porter secours demeure une obligation fondamentale pour les personnels de défense et de sécurité, tandis que toute forme de corruption ou de perception illicite de fonds est incompatible avec le service public. Ce jugement s’inscrit dans la volonté affichée des autorités militaires de sanctionner avec fermeté les atteintes à l’éthique, à la déontologie et aux valeurs républicaines au sein des forces de défense et de secours.
M.K








