La participation de Charles Blé Goudé aux festivités du 7 août 2026 à Yopougon fait des vagues dans l’opposition ivoirienne. Présent au défilé de l’Indépendance aux côtés de plusieurs responsables politiques, le président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP) a été vivement critiqué par des proches de Guillaume Soro, certains allant jusqu’à le qualifier de « traître ». L’ancien leader des Jeunes Patriotes ne compte visiblement pas laisser passer ces attaques. Dans une vidéo publiée sur sa page Facebook, lundi 10 août, Charles Blé Goudé a répondu frontalement à ceux qui lui reprochent sa présence à la cérémonie officielle. « Vous avez le droit de soutenir Dioum Sowé et d’être avec lui dans son parti politique, mais je ne suis pas membre de votre parti politique. Je n’ai aucun accord avec vous », a-t-il lancé, refusant de se voir imposer une quelconque ligne politique par les proches de l’ancien président de l’Assemblée nationale.
Au-delà de la polémique sur sa participation à la fête nationale, Charles Blé Goudé s’est attaqué aux évolutions de la position de certains de ses détracteurs vis-à-vis d’Alassane Ouattara. Il leur demande notamment à quel moment leur perception du chef de l’État a changé. « À quel moment votre curseur a quitté l’endroit où le président Ouattara était votre papa, l’homme providentiel, le démocrate, celui qui vous a séduits ? À quel moment le curseur est venu à un autre endroit où le président Ouattara devient un dictateur, un assassin, celui dont l’Afrique n’a pas besoin ? », interroge-t-il. Et de poursuivre, en inversant la charge : « À quel moment votre curseur quitte l’endroit où vous avez qualifié le président Ouattara de dictateur, d’assassin, de celui qui vous avait tout interdit, pour venir à un autre endroit où il devient votre papa, votre chouchou, votre leader ? »
Pour Charles Blé Goudé, cette succession de positions illustre une forme de mobilité politique à laquelle il refuse de s’associer. « Moi, je ne suis pas un militant papillon. Je ne vais pas vous suivre dans vos déplacements comme ça », martèle-t-il. La formule la plus tranchante intervient quelques secondes plus tard : « Vous êtes des partisans des armes. Moi, je suis le partisan des urnes. C’est différent. »
Le président du COJEP insiste également sur le fait qu’il n’a pas besoin de l’approbation de ses adversaires pour se définir comme un opposant. « Vous dites que moi, je ne suis pas opposant, mais je n’ai pas besoin de votre validation pour être opposant », affirme-t-il.
Selon lui, les relations passées entre certains responsables proches de Guillaume Soro et le pouvoir d’Alassane Ouattara doivent également être assumées. « Vous dites avoir signé un accord avec le président Ouattara qui n’a pas été respecté. Mais ça, ça vous regarde. Ce qui veut dire que s’il avait respecté ce que vous lui avez demandé, vous seriez aujourd’hui avec lui au pouvoir », avance-t-il.
Charles Blé Goudé rejette surtout l’accusation d’avoir trahi l’opposition en participant aux festivités de l’Indépendance. Pour lui, aucune décision collective de l’opposition n’avait été prise afin de déterminer une position commune sur la participation aux cérémonies du 7 août. « À quel moment l’opposition ivoirienne s’est réunie pour décider de notre participation ou non à l’Indépendance ? À quel moment chaque parti politique a reçu une invitation, s’est réuni et a décidé de partir ou de ne pas partir ? », questionne-t-il. Il rappelle que plusieurs formations politiques avaient choisi de participer à la cérémonie, notamment, le PDCI, tandis que d’autres avaient adopté une autre position. « Respecter le droit à la différence des autres, ça aussi, c’est la démocratie », souligne-t-il.
Le leader du COJEP affirme ainsi avoir participé à la cérémonie au nom de sa propre formation politique, entouré de plusieurs cadres du parti. Il cite également la présence de responsables du PDCI-RDA, dont des parlementaires et des cadres de la direction du parti. « Nous sommes allés représenter notre parti. J’y suis allé parce que c’est ce que notre parti a décidé. À quel moment l’opposition s’est réunie pour avoir une décision commune ? Cela n’existait pas », insiste-t-il.
Choix politique assumé
Pour Blé Goudé, la controverse ne porte donc pas réellement sur la célébration de l’Indépendance, mais davantage sur le fait de s’être retrouvé dans le même espace que le président Ouattara. Une situation qu’il juge paradoxale, notamment pour ceux qui l’accusent aujourd’hui de compromission. « Est-ce que c’est la participation à la cérémonie de l’Indépendance qui est le problème ? Ou bien est-ce que c’est le fait de se retrouver dans le même espace que le président Ouattara ? », demande-t-il.
Il rappelle ensuite que plusieurs de ses détracteurs ont eux-mêmes déjà partagé des espaces officiels avec le chef de l’État. « Vous tous là, vous avez déjà été dans le même espace que le président Ouattara, sauf moi. C’est la première fois depuis que je suis arrivé que je me retrouve dans le même espace que le président Ouattara. Vous l’avez fait à plusieurs reprises et cela n’a dérangé personne. » Pour l’ancien ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo, la participation au défilé du 7 août relève d’un choix politique assumé, et non d’un ralliement au pouvoir. « Moi, je n’ai trahi personne. J’estime qu’il faut aller à l’Indépendance de la Côte d’Ivoire. » Charles Blé Goudé a également profité de cette prise de parole pour revenir sur l’accueil reçu à Yopougon lors des célébrations. Il dit avoir été surpris par la mobilisation de populations venues à sa rencontre. « Je pense que vous me passez un message. Vous me dites, à travers votre accueil, qu’il faut que je continue de vous rassembler, que je continue de lancer ce message de paix, mais qu’il faut davantage que je vienne vers vous. », s’est-il réjoui.
L’ancien chef des Jeunes Patriotes assure vouloir poursuivre dans cette direction, malgré les critiques. « J’ai ce qu’on appelle le courage d’être détesté. Moi, je suis un roc. Rien ne peut me distraire. » Et de conclure sur une formule qui résume sa posture actuelle : « Mon sourire est ma forme de résistance. Je ne vais donner à personne le pouvoir de changer ma bonne humeur ou ma mauvaise humeur. ».
M.K








