La dernière édition de la fête des Kapatrognoas, à Ony-Tabré, n’a pas connu l’affluence espérée. Bâches clairsemées, chaises largement inoccupées et absence remarquée des délégations des autres villages : le rendez-vous censé célébrer la fraternité entre les huit villages autochtones de Gagnoa semble aujourd’hui confronté à une crise de participation et de confiance. À l’origine, l’idée était pourtant ambitieuse. Initiée par le Dr Simon Pierre Kacou au nom de la fraternité, de l’unité et des retrouvailles, la fête des Kapatrognoas devait constituer un moment privilégié de rencontre entre les huit villages autochtones qui composent la ville de Gagnoa. Le principe d’une célébration tournante devait permettre à chaque village d’accueillir, à tour de rôle, les autres communautés autour d’activités festives et de rencontres fraternelles. Mais plusieurs éditions plus tard, des interrogations émergent sur la capacité de cette initiative à maintenir son élan initial.
À Ony-Tabré, village hôte de l’édition 2026, le constat est particulièrement visible. Les sept autres villages attendus ont été très peu représentés, voire absents pour certains. Les bâches et les chaises installées pour accueillir les participants sont ainsi restées largement vides. La manifestation, qui devait être un grand moment de retrouvailles entre les Kapatros, s’est déroulée dans une atmosphère loin de l’engouement attendu et s’est achevée plus tôt que prévu. Cette faible mobilisation pose une question essentielle : que reste-t-il aujourd’hui de l’esprit qui avait présidé à la création de la fête des Kapatrognoas ?
Au-delà de l’aspect festif, certains villageois souhaitent désormais que la manifestation puisse générer des retombées concrètes pour les communautés. Dans des villages confrontés à des besoins en infrastructures de base, beaucoup auraient souhaité voir les éventuels bénéfices de cette mobilisation contribuer à des réalisations communautaires : réhabilitation d’une pompe, construction de latrines, soutien à une école ou réalisation d’autres équipements utiles aux populations. À ce jour, les habitants interrogés s’interrogent sur les réalisations concrètes qui pourraient être directement rattachées aux différentes éditions de la fête.
Autre sujet de préoccupation : la gestion des appuis apportés à l’occasion de la manifestation. Chaque édition bénéficie du soutien de personnalités et de responsables politiques ou administratifs sollicités comme parrains ou marraines. Des contributions financières parfois importantes sont annoncées à cette occasion. Dès lors, certains participants souhaitent davantage de visibilité sur la destination de ces ressources. À quoi servent précisément les contributions reçues ? Quelle part est consacrée à l’organisation de la cérémonie et quelle part pourrait être affectée à des actions communautaires ? Ces interrogations alimentent une demande de transparence et de clarification sur l’organisation et la gestion de la fête.
La faible mobilisation observée à Ony-Tabré relance également le débat sur la gouvernance de l’initiative. Existe-t-il une équipe dirigeante clairement identifiée ? Quel est le rôle de chacun ? Comment sont prises les décisions ? Comment les contributions des parrains sont-elles gérées ? Autant de questions auxquelles certains membres de la communauté souhaitent désormais obtenir des réponses.
La présence limitée des sept autres villages pourrait, elle aussi, traduire une forme de désaffection progressive à l’égard de la manifestation. Pour plusieurs observateurs locaux, cette situation constitue un signal qui mérite d’être pris au sérieux. La fête des Kapatrognoas se trouve aujourd’hui à un tournant. Si l’objectif initial demeure celui de renforcer les liens entre les huit villages, l’édition 2026 montre que l’initiative semble avoir besoin d’un nouveau souffle. Une organisation plus inclusive, un comité de pilotage représentatif des différents villages, davantage de transparence dans la gestion et surtout des projets communautaires clairement identifiés pourraient contribuer à redonner du sens à cette célébration. L’édition 2026 aura donc surtout été marquée par les interrogations. L’avenir de la fête des Kapatrognoas dépendra désormais de la capacité de ses initiateurs et des représentants des huit villages à renouer le dialogue, restaurer la confiance et redéfinir ensemble les objectifs de cette initiative. Car au-delà des bâches, des chaises et de la sonorisation, l’enjeu reste celui pour lequel la fête avait été créée : préserver la fraternité et renforcer l’unité des Kapatros.
AKOTO G. correspondant régional








