Le prix Nobel de littérature 2026 revient à Anne Carson. L’Académie suédoise a distingué, jeudi 8 octobre 2026, l’écrivaine canadienne pour une œuvre audacieuse qui puise dans la tradition classique pour mieux réinventer les formes et les langages de la littérature contemporaine. À travers son travail, l’auteure de 76 ans renouvelle notamment le dialogue avec les littératures grecque et romaine. Son écriture, à la fois érudite et expérimentale, s’attache à revisiter les mythes, les figures et les textes de l’Antiquité pour leur conférer une résonance nouvelle. L’Académie suédoise souligne ainsi le dialogue constant entre l’érudition de la philologue et la quête poétique de nouvelles significations. Une démarche qui conduit Anne Carson à évoluer avec une remarquable liberté entre plusieurs genres littéraires, faisant se côtoyer poésie, essai, fiction et traduction.
Née à Toronto, Anne Carson s’est imposée au fil des décennies comme l’une des figures majeures de la littérature contemporaine nord-américaine. Son œuvre se distingue par un intérêt profond pour les mythes et les grands récits de l’Antiquité, qu’elle revisite à travers une sensibilité résolument contemporaine. Parmi ses ouvrages les plus remarqués figure Eros the Bittersweet, une réflexion consacrée aux représentations du désir dans la littérature grecque ancienne. Avec Autobiography of Red, roman en vers librement inspiré du mythe de Géryon, elle explore déjà les possibilités d’un dialogue fécond entre héritage antique et formes littéraires modernes. Son recueil Men in the Off Hours, qui mêle poésie et prose, lui a valu le prix Griffin de poésie au Canada en 2001, consacrant davantage encore son originalité dans le paysage littéraire international. Cette capacité à rapprocher des univers apparemment éloignés traverse également Norma Jeane Baker of Troy, dans lequel Anne Carson met en regard Marilyn Monroe et Hélène de Troie. Une confrontation entre la culture populaire contemporaine et la mythologie grecque qui illustre parfaitement sa démarche littéraire.
Avec Nox, l’écrivaine a également marqué la critique par une œuvre consacrée à la mémoire de son frère disparu. À travers une forme particulièrement singulière, elle y interroge le souvenir, l’absence et le deuil, confirmant sa capacité à renouveler les formes littéraires pour exprimer des expériences profondément intimes. Le choix d’Anne Carson ne constitue pas, à cet égard, une totale surprise. Son nom figurait depuis plusieurs années parmi ceux régulièrement évoqués comme de possibles prétendants au Nobel de littérature. Elle devient la 19e femme à recevoir cette prestigieuse distinction depuis la création du prix. Son couronnement intervient alors que la place des femmes parmi les lauréats du Nobel de littérature continue de susciter débats et interrogations sur la représentation des voix féminines dans les grandes institutions littéraires internationales.
L’an dernier, le Nobel de littérature avait été attribué à l’écrivain hongrois László Krasznahorkai, reconnu notamment pour ses romans à l’écriture dense et à la vision souvent sombre du monde contemporain. Le prix Nobel de littérature est accompagné d’une médaille d’or, d’un diplôme et d’une dotation de 12 millions de couronnes suédoises, soit un peu plus d’un million d’euros. L’annonce du Nobel de littérature ouvre par ailleurs la voie à une nouvelle étape de la saison des Nobel. Elle précède celle du prix Nobel de la paix, qui doit être dévoilé vendredi à Oslo. Avec Anne Carson, le Nobel de littérature consacre ainsi une œuvre où les voix de l’Antiquité continuent de dialoguer avec les préoccupations du présent, dans une écriture qui refuse les frontières et transforme l’érudition en matière poétique.
Philomène AQUOUAMAH








