À Man, le projet Tika veut faire du temps domestique un enjeu de développement économique. Déployée dans plusieurs régions de Côte d’Ivoire, cette initiative entend réduire le poids des tâches ménagères qui pèsent particulièrement sur les femmes rurales, tout en les encourageant à consacrer le temps libéré à des activités génératrices de revenus.
Le 25 septembre 2026, le Centre ivoirien de recherches économiques et sociales (CIRES) a organisé à Man la quatrième étape de ses ateliers de restitution des résultats à mi-parcours du projet. Autorités administratives, représentants des collectivités, responsables communautaires et bénéficiaires se sont retrouvés pour examiner les premiers enseignements de cette expérimentation.
Financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada, le programme court sur 36 mois, de mars 2024 à février 2027. Il concerne 2 202 femmes rurales dans quatre régions : le Tonkpi, le Loh-Djiboua, le N’Zi et le Tchologo.
Libérer du temps pour créer des revenus
Le dispositif repose notamment sur l’utilisation d’un fourneau amélioré baptisé Tika. L’objectif est de réduire la durée consacrée à la préparation des repas, notamment pour les femmes qui doivent reprendre les activités domestiques après une journée passée aux champs.
Pour les promoteurs du projet, le gain de temps ne doit toutefois pas seulement permettre de souffler davantage. Il doit pouvoir être réinvesti dans des activités susceptibles d’améliorer les revenus des ménages.« Aider la femme à avoir des revenus pour aider sa famille », a expliqué Dr Diarra Ibrahim, directeur du CIRES et coordonnateur du projet Tika.
Cette orientation s’appuie sur un constat plus large. Selon le responsable du CIRES, les données de l’Institut national de la statistique montrent que le milieu rural demeure particulièrement exposé à la pauvreté, tandis que les femmes et les jeunes figurent parmi les populations les plus vulnérables.
Le choix de ces territoires répond donc à une logique économique autant que sociale : réduire une partie du temps consacré aux tâches domestiques afin de permettre aux bénéficiaires de développer d’autres activités.
Une expérimentation appelée à changer d’échelle
Le projet Tika n’est pas seulement présenté comme un programme d’équipement. Le CIRES entend également mesurer les effets du dispositif sur les conditions de vie et l’autonomie économique des bénéficiaires. Son coordonnateur a indiqué qu’une éventuelle deuxième phase pourrait être envisagée si les résultats de l’expérimentation se révèlent concluants. Celle-ci pourrait notamment s’appuyer sur une implication plus importante de l’État, avec une intégration accrue de la question des femmes rurales dans les programmes et mécanismes publics de financement.
À Man, les autorités locales ont, elles aussi, insisté sur l’appropriation du projet par les principales concernées. Représentant le préfet de la région du Tonkpi, le sous-préfet de Ziogouiné, N’dri Alebi, a salué l’action du CIRES, des cabinets de formation et du CRDI.Il a également inscrit l’initiative dans la dynamique de lutte contre la pauvreté portée par les politiques sociales du gouvernement, notamment le PS Gouv.
Les premiers résultats scrutés
La rencontre de Man a surtout permis de présenter le bilan intermédiaire du programme dans le Tonkpi. Cette restitution a été conduite par Dr Traoré, chercheur au CIRES, devant les représentants de l’administration déconcentrée, des collectivités locales, les chefs des villages concernés et les femmes bénéficiaires.
À quelques mois de la fin programmée du projet, l’enjeu est désormais de déterminer si le temps économisé grâce au dispositif peut effectivement se traduire par davantage d’activités économiques et, à terme, par une amélioration durable des revenus des ménages.
Au-delà du Tonkpi, l’expérience Tika pourrait ainsi fournir des éléments de réflexion sur la place des tâches domestiques dans les politiques d’autonomisation économique des femmes rurales en Côte d’Ivoire.
Maxime KOUADIO








