Le boubou n’est décidément pas qu’un vêtement dans la bataille politique ivoirienne. Depuis les propos invitant Guillaume Soro à « revenir porter le boubou », en référence à son rôle dans la rébellion de septembre 2002, le sujet s’est transformé en objet de polémique au sein de la classe politique et de ses relais.
À la faveur d’une conférence publique animée samedi par Franklin Nyamsi, cadre de Générations et peuples solidaires (GPS), autour de la doctrine de la « Mériquité » défendue par le mouvement, Guillaume Soro s’est lui-même invité dans le débat.
L’ancien chef de la rébellion a dénoncé ce qu’il considère comme une manière de tourner en dérision son parcours politique et militaire à travers le symbole du boubou.
Dans une publication diffusée ce lundi, Mamadou Traoré, conseiller politique de l’ancien président de l’Assemblée nationale, a pris la défense de son mentor, estimant que les attaques visant ce symbole vestimentaire ravivent les blessures liées à l’ivoirité et à la crise politico-militaire ivoirienne.
Pour lui, cette polémique dépasse la seule personne de son mentor. Elle toucherait, selon lui, à la mémoire et au sentiment de dignité de nombreuses populations du Nord et de la communauté musulmane.
Pour Mamadou Traoré, se moquer de Guillaume Soro à travers le boubou revient à « raviver des blessures anciennes ». Il rappelle que, durant les années de l’ivoirité, des populations originaires du Nord auraient été victimes de discriminations, de violences, de confiscations de biens et d’attaques jusque dans leurs lieux de culte.
Dans son argumentaire, le conseiller politique de Soro établit ainsi un lien direct entre ces épisodes douloureux et la naissance de la rébellion de septembre 2002. Il reproche à certains acteurs de réclamer de la compassion pour les victimes de la rébellion et de la crise post-électorale de 2010-2011 tout en passant sous silence, selon lui, les souffrances endurées par les familles du Nord.« La compassion doit aller dans les deux sens », soutient-il en substance.
Pour le camp Soro, la réconciliation ivoirienne ne saurait se construire autour d’une mémoire sélective. Au-delà de la polémique vestimentaire, Mamadou Traoré présente le combat de Guillaume Soro comme une lutte contre l’exclusion et le déni d’identité.
Le conseiller de Soro reconnaît cependant que ce parcours a été jalonné de moments douloureux pour la Côte d’Ivoire. Mais il insiste sur ce qu’il considère comme l’un des acquis majeurs de cette période : la possibilité, pour les populations concernées, de porter aujourd’hui le boubou « la tête haute », sans craindre d’être discriminées en raison de leur apparence ou de leur identité culturelle.
Pour lui, quels que soient les désaccords politiques, cette liberté constitue une « victoire pour tous ». Les propos tenus autour du boubou alimenteraient selon Mamadou Traoré une inquiétude légitime chez une partie des populations du Nord.
Dans ce contexte, celles-ci pourraient naturellement être conduites à rechercher davantage de sécurité et de protection auprès du président Alassane Ouattara. Un paradoxe que le conseiller de Guillaume Soro souligne avec insistance : en s’attaquant à ce symbole identitaire, les auteurs de ces critiques feraient, selon lui, « une publicité involontaire et gratuite » au chef de l’État.
Maxime KOUADIO








