Face à l’essor de l’orpaillage clandestin et aux pertes de revenus qu’il estime considérables, Dr Saraka Patrice, ancien cadre du COJEP, propose une réforme en profondeur du secteur minier ivoirien.
Dans une publication ce samedi, il défend notamment la professionnalisation de l’exploitation minière, la création d’un fonds national de désendettement et une meilleure redistribution des revenus tirés des ressources naturelles.
La Côte d’Ivoire peut-elle davantage tirer profit de son sous-sol ? C’est la question posée par Dr Saraka Patrice, qui appelle à revoir l’organisation et le financement de l’exploitation minière dans le pays. Pour l’ancien cadre du COJEP, la lutte contre l’orpaillage clandestin ne devrait pas se limiter à la répression, mais passer également par une intégration progressive d’une partie des acteurs dans un secteur formel, encadré et professionnalisé.
Selon des chiffres qu’il cite de la Banque mondiale, environ 40 tonnes d’or, représentant plus de 2 milliards de dollars, auraient quitté clandestinement la Côte d’Ivoire en 2022. Le gouvernement ivoirien estimait de son côté, en 2023, à plus de 3 000 milliards de francs CFA par an les pertes financières liées à l’exploitation incontrôlée du sous-sol, tandis que plus de 142 tonnes d’or échapperaient aux circuits légaux.
Le contraste est d’autant plus important que la production aurifère officielle connaît une progression soutenue. De source gouvernementale, elle serait passée de 12,35 tonnes en 2011 à 59,124 tonnes en 2024. La production artisanale légale ne représenterait toutefois que 1,2 % de ce volume. Deux permis aurifères attribués en février 2026 illustrent également l’importance des investissements engagés dans le secteur.
Les projets concernés représentent, selon les chiffres avancés par Saraka Patrice, des investissements annoncés de 451,31 milliards et 281,4 milliards de francs CFA, pour des productions annuelles moyennes estimées respectivement à 7,99 tonnes et 6,43 tonnes.
Mais pour l’ancien responsable politique, l’augmentation de la production ne suffit pas. Il estime que la Côte d’Ivoire doit améliorer sa capacité à capter davantage de valeur issue de ses ressources naturelles.
S’appuyant notamment sur un reportage consacré à l’exploitation aurifère en Côte d’Ivoire et diffusé sur TF1, il évoque le cas d’un site industriel de Séguéla détenu par un groupe canadien. Selon les éléments qu’il cite, la production annuelle du site serait proche de 4,7 tonnes d’or et la part revenant à l’État représenterait environ 8 % du prix de l’or produit, soit près de 29,5 milliards de francs CFA par an, hors dividendes.
Pour Saraka Patrice, l’enjeu consiste désormais à passer d’une logique essentiellement répressive à une véritable politique de structuration de la filière. Il propose ainsi de développer simultanément trois niveaux d’exploitation : une exploitation artisanale professionnalisée et intégrée à l’économie formelle, un secteur semi-industriel davantage porté par des compétences et capitaux ivoiriens, ainsi qu’une exploitation industrielle pour les gisements nécessitant des investissements et des technologies importants.
Cette stratégie devrait, selon lui, permettre aux Ivoiriens formés dans les domaines des mines, de la géologie ou encore des sciences de la nature et de l’environnement de mieux valoriser leurs compétences.
L’ancien cadre du COJEP déplore en effet que nombre de diplômés formés dans ces filières restent insuffisamment valorisés ou soient contraints de partir à l’étranger à la recherche de débouchés. Il appelle donc l’État à accompagner ces compétences à travers l’accès au financement, aux équipements et aux permis d’exploitation, dans le respect de la réglementation.
Les acteurs de l’exploitation artisanale qui remplissent les conditions légales devraient eux aussi pouvoir accéder progressivement à la formation, aux équipements, au financement, à la traçabilité et aux circuits officiels de commercialisation, estime-t-il.
Une meilleure maîtrise de la production et de la commercialisation de l’or permettrait, selon Saraka Patrice, d’accroître les revenus captés par l’État et de réduire les pertes liées aux circuits informels.Il propose notamment qu’une partie des recettes supplémentaires soit affectée à un fonds national de désendettement, destiné à contribuer progressivement au remboursement de la dette publique.
La professionnalisation du secteur pourrait également, à ses yeux, favoriser l’émergence d’une expertise minière ivoirienne et créer de nouveaux emplois, tout en réduisant la dépendance à l’égard des capitaux extérieurs.
L’ancien cadre du COJEP veut enfin faire des revenus miniers un instrument de redistribution. Il préconise que les recettes supplémentaires permettent notamment de réduire la pression fiscale pesant sur les ménages et les entreprises.Une partie des ressources pourrait également financer des mesures ciblées en faveur du pouvoir d’achat, notamment par le soutien temporaire à certains produits essentiels lorsque les prix connaissent de fortes hausses. Saraka Patrice cite aussi la santé et l’éducation parmi les secteurs susceptibles de bénéficier de ces recettes supplémentaires, estimant qu’ils nécessitent davantage d’investissements publics. Pour lui, la souveraineté économique ne se résume pas à la possession de ressources naturelles.








