C’est une lapalissade ! Le PDCI-RDA est à la croisée des chemins. Le parti cher à feu Félix Houphouët-Boigny (le père-fondateur) et son successeur feu Henri Konan Bédié, peine à leur survivre. A 80 ans aujourd’hui, au lieu de tirer le wagon sur la scène politique ivoirienne, cette formation politique se précipite, au fil des ans vers la queue du train. La situation s’est empirée au cours de ces trois dernières années, depuis le décès inattendu, en août 2023, du sphinx de Daoukro, Henri Konan Bédié. Le parti qui obtenu l’indépendance et bâti la Côte d’Ivoire moderne bat de l’aile depuis lors. La formation aux couleurs vert et blanc est plongé dans une profonde crise liée à la succession mal organisée de son dernier leader. La précipitation avec laquelle cette succession a été organisée sur le corps encore chaud de son défunt président et les conditions de l’arrivée dans son fauteuil de l’ancien patron de Crédit Suisse, Check Tidjane Thiam, ont entamé la cohésion au sein du parti qui dirigé la Côte d’Ivoire pendant plus de près de 4 décennies dans la paix et la stabilité.
L’avènement du nouveau président du PDCI-RDA est contesté par des cadres du parti qui dénoncent une entorse aux textes et aux us. Pour sa part, le successeur de Henri Konan Bédié, qui ne semble point prêter l’oreille à toutes les critiques, s’est installé dans le fauteuil, entouré d’une garde prétorienne prête à réagir à tous les coups qui viendrait d’adversaires potentiels. Depuis décembre 2023, ça dure. Tidjane Thiam a du mal à sceller le rassemblement prôné par son prédécesseur, mais il persiste à se maintenir à la tête du PDCI-RDA bon an mal an. Conséquence, le plus vieux parti de Côte d’Ivoire avance en reculade. En témoignent les résultats des dernières élections législatives à l’issue desquelles il a perdu la moitié de ses sièges au parlement. Ce, après avoir manqué une fois de plus au rendez-vous de la présidentielle 2025, en raison du retrait de la liste électorale de son président-candidat attaqué du reste à l’intérieur du parti sur la même question de son éligibilité.
La nouvelle génération se livre bataille. Valerie Yapo, Jean Louis Billon, Maurice Kacou Guikahué, … contestent l’élection de Tidjane Thiam à la tête du PDCI-RDA pour non-respect des textes. Le nouveau président élu et réélu dans des conditions toutes encore remises en cause par ses adversaires, est traduit devant les tribunaux. Tidjane Thiam, après avoir été éliminé de l’élection présidentielle de 2026, fait l’objet de deux assignations présentement devant le tribunal d’Abidjan pour invalidation de son élection au PDCI-RDA. Loin des terres ivoiriennes, sa présence prolongée à l’extérieur, d’où il dirige le parti via les réseaux sociaux, est également mise à l’index par la partie plaignante. De son côté, l’ancien patron du Crédit Suisse, qui a regagné le pays et remis les pieds dans le bouillant marigot politique ivoirien après 23 ans d’absence, est crédité du soutien d’une autre frange composée de Yapo Calixte, Brédoumy Soumaïla, Alain Cocautrey et Geroges Esaley et autres. Contre vents et marées, il tient le PDCI-RDA avec ses lieutenants.
Tout ce débat se mène au nez et à la barbe des anciens compagnons d’Henri Konan Bédié, des doyens qui ont été dans l’ombre du sphinx de Daoukro, et qui savent des vérités, mais se taisent et regardent complice leur formation politique aller dans la déliquescence. Qui a tort et qui a raison dans cette crise d’interprétation des textes et des us et coutumes du vieux parti? Qui fait quoi qui pollue l’atmosphère, sape la cohésion, et tire le PDCI-RDA par le bas, compromettant ainsi ses chances de se relever et de séduire à nouveau les Ivoiriens?
Ils sont nombreux ces hommes et ces femmes d’expérience, qui ont été dans l’intimité de l’ancien président du PDCI-RDA, et qui sont à même de trancher toutes ces polémiques, procès et adversités dont souffre l’héritage laissé par Kona Bédié et Houphouët-Boigny. Où sont passés ces Doyens et sachants Alphonse Djédjé Mady, Boa Amoakon Edjampa, Niamien N’goran, Amah Marie Tehoua, Assana Sangaré, Rémi Allah Kouadio, Moïse Comoé Koffi, et autre Atsin Achi ? Que deviennent Dominique Babli, Berthé Sawadogo, Bamba Siaka, Maxime Bodoua, Kouassi Dongo ou Nicolas Kouasi Akon, … ?
Il y a encore du vivier de sagesse au PDCI-RDA pour éteindre le feu quand il s’allume. Mais, comme par hasard, toutes ces bouches se taisent, complices, alors que leurs yeux voient. Quel héritage ces anciens comptent-ils laisser à leurs enfants ? Quel(s) choix ont-ils fait pour leurs descendants ? Quel regard jettent-ils sur la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui et quelle projection font-ils de la Côte d’Ivoire de demain ? Sauf à croire qu’ils ont fait de la politique juste pour nourrir leur appétit d’un temps, et que le reste leur importe peu, le silence de beaucoup donne raison à leur défunt mentor Henri Konan Bédié, qui, de son vivant, n’a pas hésité à un moment donné de qualifier beaucoup de « suiveur ». Ceux-là dont la route s’est arrêtée juste après sa disparition.
En tout état de cause, la suite des débats promet, avec la série d’assignations qui pleut et contestent les mécanismes par lesquels Tidjane Thiam a été élu et exigent sa démission de la tête du PDCI-RDA. Avant que la justice ne tranche, va-t-il y avoir des initiatives pour ramener de l’ordre dans la maison verte et blanche ? Houphouët-Boigny, l’apôtre du dialogue et de la paix, et Henri Konan Bédié, qui a pérennisé son œuvre, doivent sans doute se retourner dans leurs tombes.
Félix D. BONY








