Le bras de fer foncier qui oppose Mory Soumahoro, responsable de l’entreprise ESTP, à Touré Ahmed Bouah, PDG de SOPHIA Immobilier, se poursuit. Vendredi 18 septembre 2026, un face-à-face entre les deux protagonistes devait permettre d’éclaircir leurs versions respectives, à Anyama-4 Croix. Mais, à la date indiquée, Touré Ahmed Bouah ne s’est finalement pas présenté. Une absence qui relance les interrogations autour d’un dossier foncier aux enjeux financiers importants. Joint pour en savoir davantage, le PDG de SOPHIA SA est catégorique : « Dites à monsieur Soumahoro que mon problème avec lui n’est pas sur la place publique ou dans la presse. C’est au tribunal que ça va se régler… ».
À Anyama-4 Croix, dans le district d’Abidjan, le différend oppose depuis plusieurs années ces deux opérateurs du secteur immobilier. Au cœur de la controverse : une parcelle de 72 hectares dont Mory Soumahoro affirme avoir reçu la charge de l’aménager au nom de huit familles propriétaires terriennes.
Selon le responsable d’ESTP, les premières opérations remontent à environ six ans. Il explique avoir engagé, avec l’appui de plusieurs partenaires financiers, des travaux de décapage, de lotissement et de viabilisation, ainsi que l’installation de poteaux électriques, dans l’attente de l’obtention des documents administratifs nécessaires.
Un ACD de 346 hectares au cœur du différend
Le dossier prend une nouvelle tournure lorsque Touré Ahmed Bouah intervient, par l’intermédiaire d’un commissaire de justice, pour demander l’arrêt des travaux. Mory Soumahoro affirme avoir alors découvert que le patron de SOPHIA Immobilier disposait d’un arrêté de concession définitive (ACD) portant sur 346 hectares, comprenant, selon lui, les 72 hectares confiés initialement par les familles d’Anyama-4 Croix.
Les deux hommes auraient ensuite tenté de trouver un terrain d’entente. Selon la version de Mory Soumahoro, un accord de partenariat est conclu : ESTP devait financer sur fonds propres le lotissement et la viabilisation des 346 hectares, tandis que la commercialisation des lots devait être réalisée au prix de 8 millions de francs CFA l’unité.

C’est au stade de la commercialisation que le différend va de nouveau s’envenimer. Mory Soumahoro affirme avoir fait procéder à des vérifications par un huissier et soutient avoir découvert que certaines parcelles étaient cédées à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) et à la Caisse générale de retraite des agents de l’État (CGRAE). Il accuse également SOPHIA Immobilier d’avoir procédé à des ventes de lots par l’intermédiaire d’agences sous-traitantes, sans respecter, selon lui, les termes de leur accord.
Près de 1,8 milliard de francs CFA en jeu
Au titre des dépenses engagées dans cette opération, Mory Soumahoro réclame à SOPHIA Immobilier une somme qu’il chiffre à 1,797 milliard de francs CFA.
Dans le détail, il évoque notamment 690,5 millions de francs CFA versés à SOPHIA Immobilier, 162,4 millions consacrés au carburant des engins, près de 205 millions pour la location de machines, ainsi que des dépenses liées au personnel, à la sécurité, aux topographes, aux machinistes et à l’installation de poteaux électriques. Le 9 septembre, lors d’une conférence, Touré Ahmed Bouah a livré une tout autre version. Selon lui, Mory Soumahoro n’aurait pas respecté le cahier des charges convenu et aurait réalisé des travaux sur un périmètre différent de celui qui lui avait été confié. Le patron de SOPHIA Immobilier affirme avoir alerté à plusieurs reprises son partenaire, y compris par voie d’huissier. Dans ces conditions, Touré Ahmed Bouah estime ne pas avoir à prendre en charge des dépenses liées à des travaux qui, selon sa version, n’auraient pas été réalisés sur le périmètre prévu par leur accord.
Le face-à-face tourne court
Le lendemain de cette sortie, Mory Soumahoro avait réuni des journalistes sur le site litigieux, en présence de représentants des familles propriétaires. Il avait rejeté les accusations portées contre lui et demandé un débat contradictoire avec Touré Ahmed Bouah afin que les documents et les faits puissent être examinés devant les parties concernées. Un face-à-face devait finalement être organisé vendredi 18 septembre sur le site d’Anyama-4 Croix par une chaîne privée de télévision.
Mory Soumahoro avait, de son côté, convié les familles qui lui avaient délivré les autorisations d’exploitation de la parcelle. Mais, Touré Ahmed Bouah, qui avait initialement accepté le principe de la rencontre, ne s’est pas présenté. Son conseiller spécial et directeur de la communication, Battey Camille, a transmis à la chaîne un message indiquant que Touré Ahmed Bouah « ne prendra pas part à l’émission ce matin ».
Selon les éléments rapportés par Mory Soumahoro, Touré Ahmed Bouah aurait justifié son absence par l’existence d’un accord qui aurait été trouvé entre les deux hommes. Une affirmation que le responsable d’ESTP dément catégoriquement. « Il n’y a pas eu d’appel entre Touré Ahmed Bouah et moi comme on veut le faire croire. Je ne l’ai pas appelé », a-t-il déclaré après la rencontre manquée.
Joint pour en savoir davantage, M. Camille Adou Batteh bat en brèche ces élément avancés par l’ex-mandataire de son mentor. « Monsieur Touré Ahmed Bouah a estimé que ce serait trop lui faire honneur que d’aller s’asseoir à une table devant des caméras de télévision pour débattre avec son mandataire qui n’aura pas fait son travail ». A propos, le conseiller du PDG de Sophia indique qu’un rendez-vous a été convenu avec le confrère de la télévision, qui aura toute latitude de poser toutes les questions à monsieur Ahmed Bouah, au lieu de se livrer à un jeu trivial de face-à-face.
Mory Soumahoro réclame ses 3 000 lots
Pour Mory Soumahoro, le différend demeure entier. Il affirme notamment réclamer 3 000 lots qui, selon lui, doivent revenir à son entreprise dans le cadre de l’accord conclu avec SOPHIA Immobilier. « Il n’y a pas eu d’arrangement entre Touré Ahmed Bouah et moi », insiste-t-il, tout en se disant ouvert à une solution négociée. « Nous ne sommes pas là pour faire des histoires. Nous sommes ouverts au dialogue et voulions trouver un terrain d’entente », affirme-t-il, demandant la restitution des lots qu’il estime lui revenir ainsi que ceux qu’il dit avoir commercialisés pour le compte de sa partenaire. Le responsable d’ESTP conteste également avoir personnellement sollicité Touré Ahmed Bouah pour parvenir à un arrangement. « Nous sommes dans un litige entre deux entreprises, ESTP et SOPHIA Immobilier. S’il veut me voir, qu’il écrive à mon entreprise », a-t-il déclaré.
Une nouvelle confrontation souhaitée devant la chefferie
Après le rendez-vous manqué du 18 septembre, Mory Soumahoro souhaite qu’une nouvelle confrontation soit organisée, cette fois devant la chefferie traditionnelle d’Anyama-4 Croix. « Je veux que ça soit la fin », a-t-il déclaré, souhaitant que Touré Ahmed Bouah soit présent aux côtés du chef Hamond Siméon de 4 Croix et des familles propriétaires. Pour Mory Soumahoro, la présence du chef est notamment importante pour clarifier les conditions dans lesquelles les premières autorisations villageoises lui auraient été délivrées. Il affirme que le chef avait initialement signé des attestations villageoises l’autorisant à exploiter les 72 hectares appartenant aux huit familles, avant que Touré Ahmed Bouah n’intervienne plusieurs années plus tard. Il dit également s’interroger sur des déclarations attribuées au chef selon lesquelles celui-ci ne le reconnaîtrait pas.
Un dossier désormais entre les mains de la justice
Au-delà du bras de fer médiatique, le contentieux a désormais une dimension judiciaire. Mory Soumahoro a saisi le pôle pénal économique et financier afin de faire examiner ses griefs et ses demandes financières. Les deux parties livrent ainsi des versions profondément divergentes sur l’origine des droits fonciers, l’exécution de l’accord de partenariat, les travaux réalisés, la commercialisation des lots et les sommes engagées. Devant les tribunaux saisis par les deux parties, la question des 72 hectares d’Anyama-4 Croix, comme celle des 346 hectares revendiqués par SOPHIA Immobilier, reste donc au cœur d’un conflit dont les contours devront être précisés à la lumière des titres fonciers, des accords contractuels et des décisions des autorités compétentes.
Maxime KOUADIO








