À l’Institut national de formation des agents de santé (INFAS), l’orthophonie cherche encore à se faire connaître. Pour mieux faire comprendre les contours de cette discipline et favoriser son intégration dans les parcours de soins, l’établissement, en collaboration avec le Réseau des étudiants en orthophonie de Côte d’Ivoire, a organisé, vendredi 18 septembre 2026, une journée de sensibilisation consacrée à la filière.
La rencontre, organisée autour du thème « Prise en charge précoce en orthophonie : pluridisciplinarité et collaboration entre futurs professionnels de santé », a réuni plus de 500 étudiants ainsi que plusieurs responsables administratifs et sanitaires. Le préfet de la région des Grands Ponts, le directeur régional de la Santé et des représentants de l’INFAS ont notamment pris part aux échanges.
L’enjeu affiché était double : faire mieux connaître une spécialité encore peu identifiée par le grand public et familiariser les futurs professionnels de santé avec les situations dans lesquelles une orientation vers l’orthophoniste peut s’avérer nécessaire.
Une filière encore jeune
À l’INFAS, l’orthophonie demeure une formation récente. Introduite il y a moins de cinq ans, elle a déjà produit une première cohorte désormais présente sur le terrain. Les effectifs restent toutefois limités : la promotion actuellement en première année compte 25 étudiants, tandis que la précédente regroupait une vingtaine de diplômés.
Pour Mme Koné Yeboumidi, sous-directrice de l’École de base de l’INFAS d’Abidjan, qui accueille la manifestation, l’un des principaux défis consiste désormais à faire connaître davantage cette profession.« Parler d’orthophonie, c’est déjà donner la chance à certains enfants qui ont des difficultés de locution et à certains adultes frappés par des maladies telles que les AVC de réapprendre à parler et de pouvoir s’insérer dans le tissu social », a-t-elle expliqué.
La responsable estime que la reconnaissance de la filière passera notamment par les résultats obtenus par les premiers professionnels formés. « C’est sur les résultats que nous pourrons vendre la filière de l’orthophonie », a-t-elle résumé.
Repérer plus tôt pour orienter plus vite
Le message porté au cours de cette journée était également celui de la détection précoce. Troubles de la communication chez l’enfant, difficultés d’apprentissage, séquelles d’un accident vasculaire cérébral ou encore certains problèmes de déglutition peuvent nécessiter l’intervention d’un orthophoniste.

Pour Agnès Anotchi épouse Adjafi, présidente du comité d’organisation, le retard dans l’orientation peut contribuer à prolonger inutilement le parcours du patient. « Un enfant qui ne parle pas, un enfant qui communique difficilement, un patient victime d’un AVC qui ne retrouve plus ses mots (…) ne devrait pas arriver chez le spécialiste après des mois, voire des années d’errance », a-t-elle souligné.
La logique défendue par les organisateurs est donc celle d’une meilleure connaissance mutuelle entre les différentes professions de santé. Infirmiers, sages-femmes, psychomotriciens, médecins et autres professionnels doivent pouvoir identifier les signes nécessitant l’intervention d’un orthophoniste et orienter rapidement les patients.
Cette coopération commence notamment dès les premiers moments de la vie. La sage-femme, qui intervient au moment de la naissance, peut être amenée à repérer certaines anomalies chez le nouveau-né. Une orientation précoce vers un spécialiste peut alors permettre de débuter plus rapidement l’accompagnement.
« La collaboration doit faire partie de votre ADN »
Pour le professeur Méliane N’Dhatz-Ebagnitchié épouse Sanogo, directrice générale de l’INFAS, cette évolution passe nécessairement par une culture plus forte de la collaboration entre les différentes filières.La responsable, qui revendique un rôle pionnier dans l’introduction de l’orthophonie dans la formation sanitaire en Côte d’Ivoire, a expliqué avoir tenté, lorsqu’elle était doyenne de l’UFR des sciences médicales de l’Université Alassane Ouattara de Bouaké, d’y créer cette filière.
Le projet avait alors rencontré des oppositions avant qu’elle ne rejoigne l’INFAS, où elle a finalement contribué à son introduction.« Les oppositions ont commencé et j’ai été nommée à l’INFAS. Je me suis dit que Dieu voulait que cette filière arrive », a-t-elle raconté.
La première cohorte a été formée dans le cadre d’une initiative privée, avant que la filière ne soit intégrée au concours de recrutement pour la deuxième cohorte. Pour la directrice générale, cette évolution constitue une étape importante, mais elle doit désormais s’accompagner d’une meilleure coordination entre les professionnels.« Quel que soit le professionnel de santé, il doit avoir cette collaboration interprofessionnelle », a-t-elle insisté, appelant les étudiants à faire de cette pratique une composante de leur identité professionnelle.
Faire connaître une profession encore méconnue
Cette méconnaissance de l’orthophonie reste l’un des principaux obstacles à son développement. Selon les organisateurs, la discipline est encore souvent réduite à la seule question des troubles du langage, alors que son champ d’intervention est plus large.
La journée de sensibilisation avait donc aussi pour objectif de permettre aux étudiants des différentes filières de mieux comprendre le rôle de leurs futurs collègues.« L’excellence, ce n’est pas seulement maîtriser les compétences de sa profession. C’est aussi savoir reconnaître ses limites, connaître les compétences des autres professionnels, savoir quand faire appel à eux et, surtout, être capable de travailler avec eux autour d’un même objectif : le bien-être du patient », a déclaré Agnès Anotchi épouse Adjafi.
Pour Madé Cissé, cadre de l’administration fiscale et marraine de la cérémonie, l’initiative portée par les étudiants mérite d’être accompagnée. Elle a salué leur volonté de faire connaître une filière qu’elle considère comme importante dans le développement de l’enfant et dans le suivi de certains patients.
La sensibilisation constitue ainsi une première étape pour les responsables de l’INFAS et les étudiants en orthophonie. Alors que les effectifs de la filière demeurent encore modestes, l’enjeu est désormais de démontrer, sur le terrain, son utilité dans le parcours de soins et de faire de la collaboration entre professionnels un réflexe dès la formation.
Maxime KOUADIO








