Hervé Renard est de retour en Côte d’Ivoire. Le vainqueur de la Coupe d’Afrique des Nations 2012 avec les Chipolopolo de Zambie et en 2015 avec les Eléphants de Côte d’Ivoire, retrouve à nouveau le football ivoirien. Au terme de sa mission en Côte d’Ivoire, il y a une décennie, le départ de la Côte d’Ivoire du technicien français avait suscité tristesse et désolation chez beaucoup d’Ivoiriens pour qui la Fédération ivoirienne de football (Fif) aurait dû le maintenir pour le laisser continuer encore avec les Eléphants. Une équipe façonnée et combative sur les stades. Mais, pour des raisons jamais expliquées, Hervé Renard a regagné d’autres cieux où il a continué à prouver son talent d’entraineur. Notamment avec le Maroc et l’Arabie Saoudite qu’il a conduits en Coupe du Monde respectivement en 2018 et 2023, puis avec l’équipe de football féminine de France où son parcours n’aura pas été moins élogieux en 2024. Tout récemment, le renard des stades, dont les mérites font le tour des fédérations, a été appelé en rescousse en Tunisie pour remplacer le Sélectionneur des Aigles du Carthage en plein naufrage pendant le mondial de juin 2026 aux Etats-Unis. Un appel à pompier qui explique ses compétences et ses capacités à relancer une équipe même en action.
L’équation Renard face à la montée des techniciens locaux
Les qualités de l’homme n’échappent à personne. Du moins les amoureux du football tant ici qu’ailleurs. Hervé Renard convainc par son tempérament calme et serein qui impose son leadership sur les bancs de touche. Il affiche de coutume une sérénité rassurante et inspirant pour la confiance, et sa présence sur le banc de touche suscite rarement ces commentaires acerbes des publics sportifs.

A la tête des Eléphants de Côte d’Ivoire, il s’est toujours fait respecter, et rarement, il aura fait l’objet de critique que ne l’ont été ses prédécesseurs et ses successeurs. Bien au contraire, son départ a suscité déception et indignation. Evidemment, son retour ne devrait susciter que satisfaction et espoir. Mais, ces dernières années, les bancs de touche connaissent un véritablement changement au niveau du football africain. De plus en plus, les fédérations optent et l’opinion exige une tropicalisation des expertises avec des techniciens locaux à bon marché qui ne font pas moins bien le job que les occidentaux recrutés à prix d’or en Afrique. Par exemple, les quatre dernières CAN ont été remportées par des techniciens locaux. L’Algérie avec Djamel Belmadi en 2019, le Sénégal avec Aliou Cissé en 2021, la Côte d’Ivoire avec Emerse Faé en 2024, le Maroc ou encore le Sénégal avec Walid Regragui ou Pape Thiaw en 2026. La quasi-totalité des sélections africaines ayant participé au Mondial 2026 aux Etats-Unis, ont été conduites par des techniciens locaux. Idem pour la Côte d’Ivoire qualifiée et coachée par Emerse Faé dont la sélection n’est pas sortie ridicule de ce mondial. Mieux, pour la première fois, la Côte d’Ivoire a franchi l’étape des préliminaires. L’équipe ivoirienne est même tombée les armes à la main face à une formation norvégienne
De Faé à Renard, ce qui fait la différence
Il n’empêche, pour un football ivoirien où chaque supporter se transforme en sélectionneur dans son salon ou dans les gradins, la Côte d’Ivoire avait besoin d’un technicien de la race de Hervé Renard, fusse-t-il expatrié ou rondement payé, pour taire un tant soit peu les envolées de voix. La Côte d’Ivoire a besoin d’un homme de poigne, trempé de caractère, du type Hervé Renard, pour ne pas le citer. Point n’est besoin de décrire cet homme dont le silence impose du silence aussi bien aux athlètes sous ses commandes qu’à tous ces ‘’entraîneurs dans les salons’’. Ceux-là qui ont réussi parfois à sortir Emerse Faé de ses gonds. Qui ne se souvient de son agacement et de cette boutade : « Passez votre diplôme d’entraîneur et prenez ma place », en riposte à un confrère journaliste qui a poussé le bouchon jusqu’à l’inquisitionner sur ses choix à l’issue d’un match ?

Faire appel à un expatrié expérimenté comme Hervé Renard nécessite certes du sacrifice au niveau de la tirelire, mais la grande majorité des amoureux du ballon rond en Côte d’Ivoire ont une idée de l’homme comme d’un virtuose de son art. Au moment où le débat glisse de plus en plus vers la réconciliation du public ivoirien avec son football, l’arrivée du technicien français peut renouer le fil de la confiance mitigée avec les sélectionneurs locaux. Peu sont ceux qui ont réellement eu foi en Emerse Faé qui, bon an mal an, a su tirer son épingle du jeu. Cette confiance mitigée est toujours un boulet pour les patrons du de touche pour faire sereinement leur travail. Surtout quand ce sont des nationaux, encore plus influençables et influencés pour la plupart du reste.
Le double défi de Renard
Pour qui connaît Hervé Renard, il n’est pas évident de céder ni à ces pressions publiques encore moins aux chantages des vestiaires dont on entend souvent les échos. L’homme, qui avoue ne pas lire la presse ivoirienne pour se mettre évidemment à l’abri des influences des médias parfois rangées derrière des choix, a déjà donné des couleurs.
Aujourd’hui, avec le ‘’come-back’’ de ce Renard, dont la rigueur ne fait aucun doute, et qui a laissé de beaux souvenirs par son talent alliant le beau football et l’efficacité, il est fort bien probable que la Fédération ivoirienne de Football puisse renouer avec le retour du public dans les gradins. Idriss Diallo et ses pairs ont dû voir juste. Eux qui sont, sans doute, restés à l’écoute de ce public ivoirien exigeant, lequel a toujours réclamé le renard qu’ils ont connu en 2015, et qui avaient espéré le retrouver durant la CAN 2024 pendant le Waterloo de Jean Louis Gasset sur nos propres terres. La Fif aura donc misé double sur le double champion d’Afrique : gagner, mais avec la manière pour convaincre le public. Un challenge pas impossible avec les talents actuels dont regorge la sélection ivoirienne, qui ont sans doute aiguisé l’appétit d’Hervé Renard pour confirmer à son actif l’adage selon lequel : « jamais deux sans trois ». Comme quoi, il faudra s’attendre au défi personnel du troisième trophée sur le toit de l’Afrique pour le technicien français avec la Côte d’Ivoire à la prochaine CAN. Une source de motivation supplémentaire que la Fif a du bien voir là-aussi. Les mois à venir nous en diront…
Félix D. BONY








