Il y a une règle non écrite dans toute organisation qui se respecte : le numéro 2 ne tire jamais sur le numéro 1 en public. Jamais. Il peut contester en interne, débattre, s’opposer même frontalement dans le vestiaire. Mais une fois dehors, devant les caméras, la solidarité doit rester totale. C’est ce qu’on appelle la loyauté, le devoir de réserve, l’esprit d’équipe.
Cette règle vient d’être piétinée sous nos yeux.
Guy Demel, ex-adjoint des Eléphants de Côte d’Ivoire, a vidé son sac. Après le non-renouvellement de son contrat et de celui de son patron Emerse Faé – arrivé à expiration . Il est allé régler ses comptes.
Morceaux choisis : « Avec Emerse, ma relation aujourd’hui est que nous n’avons certes pas de problème direct mais je n’étais pas d’accord avec certaines idées de sa famille, certaines manières de travailler. Donc ça a créé quelques distances… Là où avant on passait 10h au téléphone à parler, après ça se limitait seulement aux séances de travail. »
De deux choses l’une : Soit les désaccords avec Faé Emerse étaient si profonds, et il fallait avoir le courage de les dire quand on était encore en fonction, de démissionner, ou de demander une clarification au président Idriss Diallo.
Soit on se tait, on sort par la grande porte avec le bilan exceptionnel qui est le vôtre – une CAN 2023 remportée à domicile, un quart de finale à la CAN 2025 au Maroc et une qualification historique au second tour de la Coupe du Monde 2026 – et on reste digne. Faire cette sortie après avoir été débarqués, sur la télévision , n’est pas du courage. C’est de l’amertume. Et c’est malheureusement un classique : le syndrome du numéro 2.
Une vieille maladie universelle
Ce n’est pas un cas isolé. Pour ceux qui ont des responsabilités et qui managent des hommes, ils connaissent tous cette figure de l’adjoint qui, à force de le côtoyer , finit par croire que la place du chef lui revient de droit. Dans le football, les exemples sont légion :
- Patrice Beaumelle avec Hervé Renard lui-même. Longtemps l’adjoint fidèle et dans l’ombre de Renard en Zambie, en Angola, en Côte d’Ivoire, Beaumelle a fini par vouloir s’émanciper, avec des relations devenues glaciales une fois les rôles inversés.
- Queiroz et Ferguson à Manchester United. Le Portugais, brillant adjoint, n’a jamais supporté de rester éternellement dans l’ombre de Sir Alex, multipliant les sorties médiatiques une fois parti pour expliquer qu’il faisait le vrai travail tactique.
- En entreprise ou ailleurs dans le football que nous avons pratiqué, combien d’Adjoints passent leur temps à dénigrer le Directeur auprès du Directeur Général ,le 1er vice-président auprès du Président espérant provoquer son éviction pour prendre son fauteuil ?

Avoir de l’ambition n’est pas un défaut. Guy Demel le dit lui-même : il passe ses diplômes pour devenir numéro 1. C’est tout à son honneur. Mais il y a une ligne rouge entre l’ambition légitime et l’hypocrisie.
L’adjoint qui dénonce la méthode de travail de son patron sur la place publique après coup fragilise non pas seulement son ancien patron, mais toute l’institution. Il donne l’image d’un staff divisé, il offre des armes aux adversaires, et surtout, il s’interdit de revenir un jour comme patron crédible. Car quel futur numéro 1 voudra d’un adjoint qui, demain, ira sur un plateau télé expliquer qu’il n’était pas d’accord avec lui ?
Emerse Faé, de son côté, est resté d’une grande retenue , pour le moment . C’est ça aussi, être numéro 1 : encaisser sans répondre.
La leçon vaut pour nos administrations, nos entreprises, nos équipes de football de quartier : Si vous êtes numéro 2, soyez loyal ou partez. Mais ne restez pas pour mieux tirer dans le dos une fois la porte franchie. Le vestiaire des Eléphants méritait mieux que ce déballage.
Les Eléphants tournent une page . Ils n’avaient pas besoin de ce vilain tacle de l’ex-défenseur .
Aimé TCHETCHE
Ancien footballeur international
Journaliste-Consultant Sportif








