À l’occasion du lancement officiel du média Akwabanews.ci, mardi 21 juillet 2026 à l’hôtel Capitol de Cocody, le président du Groupement des éditeurs de presse de Côte d’Ivoire (GEPCI), Lassane Zohoré, a dressé un diagnostic sans complaisance de l’état de la presse ivoirienne. Dans une communication intitulée « Situation de la presse en Côte d’Ivoire : du printemps au déclin, quelles perspectives ? », il a estimé que le secteur traverse une profonde mutation qui impose une refondation de son modèle économique.
Devant des professionnels des médias et plusieurs invités, Lassane Zohoré a tenu à relativiser les discours annonçant la disparition du journalisme. « Ce n’est pas le journalisme qui meurt, mais un modèle économique, de consommation et de financement qui n’est plus adapté », a-t-il soutenu, rappelant qu’une démocratie moderne ne peut se construire sans une presse professionnelle, indépendante, économiquement viable et capable de s’adapter aux évolutions technologiques.
Revenant sur l’histoire récente des médias ivoiriens, le président du GEPCI a évoqué les années 1990, qu’il considère comme le « printemps de la presse ivoirienne ». Cette période, marquée par la libéralisation du paysage médiatique, avait vu éclore de nombreux titres reflétant la diversité des opinions. Les journaux occupaient alors une place centrale dans le débat public, tandis que les ventes et les recettes publicitaires assuraient la prospérité des entreprises de presse, générant de nombreux emplois dans la chaîne de production de l’information.
Selon lui, cet équilibre s’est progressivement effondré sous l’effet de plusieurs facteurs. La révolution numérique, portée par Internet et les smartphones, a profondément modifié les habitudes de consommation de l’information. Désormais, l’information circule en temps réel, souvent au détriment de la vérification et de la rigueur journalistique.
À cette transformation s’ajoute une crise économique persistante. Les ventes des journaux imprimés continuent de reculer, tandis que les revenus publicitaires migrent massivement vers les grandes plateformes numériques telles que Facebook, Google ou TikTok. Dans le même temps, les coûts de production, notamment ceux liés au papier, à l’impression et à la distribution, ne cessent d’augmenter.
Lassane Zohoré a également dénoncé le fait que ces plateformes captent une grande partie de la valeur économique générée par les contenus journalistiques sans participer au financement de leur production. Il a toutefois reconnu une part de responsabilité des entreprises de presse, estimant que celles-ci ont longtemps considéré Internet comme un simple prolongement du journal papier, au lieu d’anticiper la transformation profonde du secteur.
Pour sortir de cette crise, le président du GEPCI a proposé une feuille de route articulée autour de six axes majeurs. Il préconise d’abord la transformation des entreprises de presse en médias globaux, capables de produire des contenus adaptés à plusieurs supports, notamment la vidéo, les podcasts et les newsletters.
Il recommande ensuite une diversification des sources de revenus à travers les abonnements numériques, l’organisation d’événements, la formation ou encore la prestation de services aux entreprises. L’investissement dans le capital humain figure également parmi ses priorités, avec une montée en compétence des journalistes sur les outils numériques, l’analyse des données et l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle.
Le président du GEPCI plaide également pour une mutualisation des infrastructures et des outils technologiques entre les entreprises de presse afin de réduire les coûts, ainsi que pour la mise en place d’un Pacte national pour la presse associant l’État, le secteur privé et les partenaires techniques et financiers en faveur de la modernisation du secteur.
Enfin, il a appelé à une réflexion sur la souveraineté informationnelle et numérique de l’Afrique. Selon lui, les États africains, notamment au sein de la CEDEAO, doivent engager un dialogue avec les plateformes numériques et les acteurs de l’intelligence artificielle afin d’obtenir une rémunération plus équitable des contenus produits par les médias africains.
En conclusion, Lassane Zohoré a insisté sur l’importance stratégique d’une presse forte pour la souveraineté des États. « Défendre la presse, c’est défendre notre capacité à raconter notre propre histoire », a-t-il affirmé, invitant les acteurs du secteur à transformer les défis actuels en opportunités afin que l’Afrique devienne non plus un simple fournisseur de données, mais un véritable créateur de valeur dans l’économie mondiale de la connaissance.
Faut-il l’ajouter, le groupe Akwaba Communication & Consulting présenté, est l’administrateur du site Akwabanews.ci et l’éditeur du support gratuit Akwaba Actu, deux titres initiés par le journaliste Félix BONY, pour innover dans le secteur des médias en Côte d’Ivoire.
GZ








