Le débat sur la future monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) reprend de la vigueur. Dans une tribune datée du 24 juillet 2026, l’ancien ministre ivoirien Ahoua Don-Mello revient sur les différentes étapes du projet de l’ECO et interpelle directement le président ivoirien Alassane Ouattara, désormais chargé, selon lui, de conduire le processus devant aboutir au lancement de la monnaie unique en 2027.
Intitulée « L’ECO : Alassane Ouattara devant ses responsabilités », la tribune retrace l’histoire du projet de monnaie unique ouest-africaine, dont les premières initiatives remontent à 1987 avec le Programme de coopération monétaire de la CEDEAO. Ahoua Don-Mello rappelle notamment qu’en 2014, les chefs d’État de la région avaient adopté une approche progressive pour parvenir à la monnaie unique, en tenant compte de l’existence de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO). L’ancien ministre souligne également les critères de convergence retenus par la CEDEAO, portant notamment sur les réserves de change, le déficit budgétaire, l’inflation, le financement du déficit par la banque centrale, la dette publique et la stabilité des taux de change. Selon lui, le processus a cependant été ralenti par plusieurs obstacles, parmi lesquels les accords monétaires liant certains États ouest-africains à la France et les inquiétudes suscitées par le poids économique du Nigeria dans une future union monétaire.
Le désaccord sur le modèle de l’ECO
Au cœur de la tribune, Ahoua Don-Mello oppose deux visions de la future monnaie régionale. D’un côté, un ECO qu’il qualifie de « souverain », reposant sur les décisions prises par les États de la CEDEAO. De l’autre, un modèle qu’il présente comme une évolution du franc CFA, qu’il désigne sous l’appellation « ECO-CFA ». L’ancien ministre revient notamment sur les décisions prises par les chefs d’État de la CEDEAO en juin 2019 à Abuja. Il rappelle que celles-ci portaient notamment sur l’adoption du nom « ECO », un régime de change flexible accompagné d’un ciblage de l’inflation et un système fédéral pour la banque centrale. Pour Ahoua Don-Mello, ces orientations devaient permettre de rompre avec le régime de change fixe avec l’Euro et avec la garantie française associée au système monétaire de l’UEMOA.
Il estime que l’intervention française dans le débat aurait ensuite contribué à modifier la trajectoire initiale du projet. « La France n’a aucun intérêt à abandonner ces accords au profit de l’ECO », affirme-t-il, soutenant que Paris chercherait à promouvoir un modèle qui conserverait certains mécanismes du franc CFA. Ces affirmations constituent toutefois la position défendue par l’auteur dans sa tribune et doivent être distinguées des décisions et textes officiels encadrant le processus de création de l’ECO.
Ouattara placé « devant ses responsabilités »
C’est dans ce contexte qu’Ahoua Don-Mello revient sur la décision prise, selon lui, le 19 juillet 2026 à Freetown, en Sierra Leone, de viser un lancement de l’ECO en 2027 et d’en confier la conduite au président ivoirien Alassane Ouattara. Pour l’ancien ministre, cette responsabilité place désormais le chef de l’État ivoirien face à un choix stratégique : faire avancer un projet monétaire réellement souverain ou contribuer à une évolution du système monétaire actuel.
Ahoua Don-Mello énumère ainsi plusieurs conditions qu’il considère indispensables à la réussite de l’ECO. Il demande notamment de mettre fin, selon son analyse, aux mécanismes de garantie et de parité fixe qui pourraient maintenir une dépendance à l’égard de la France. Il préconise également une plus grande souveraineté technique, avec le respect des critères de convergence de la CEDEAO, une meilleure maîtrise de la production d’or par les États membres et la centralisation des réserves d’or au niveau d’une future Banque centrale de la CEDEAO.
Pour une consultation des populations
L’ancien ministre estime par ailleurs que la réussite de la monnaie unique ne peut pas reposer uniquement sur les décisions des gouvernements et des institutions régionales. Il propose que les populations soient directement associées au processus à travers des référendums dans les différents États membres.
Pour lui, l’ECO doit s’inscrire dans un projet politique et économique plus large visant à renforcer l’intégration régionale, à réduire les barrières entre les États et à développer les infrastructures communautaires.
Dans une conclusion particulièrement critique à l’égard du franc CFA, Ahoua Don-Mello affirme que « le franc CFA est l’arme du crime », après avoir qualifié la colonisation de « crime », en référence à une déclaration d’Emmanuel Macron en 2017.
À travers cette tribune, l’ancien ministre relance ainsi le débat sur la nature de la future monnaie unique ouest-africaine et sur la place que devraient occuper les États membres, la France et les grandes économies de la région dans sa gouvernance.
Alors que l’échéance de 2027 est désormais évoquée pour l’ECO, les prochaines étapes du processus devraient permettre de déterminer si la monnaie unique prendra la forme d’une véritable rupture avec le système monétaire actuel ou si elle s’inscrira dans sa continuité.
G.Z








