À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, le politologue et essayiste Geoffroy-Julien Kouao livre une lecture particulièrement critique de l’évolution politique du pays. Dans une tribune intitulée ‘’Ce que je crois’’, il dresse un bilan qu’il juge marqué davantage par les crises institutionnelles et les occasions manquées que par la consolidation de la démocratie.
Pour l’universitaire, les 66 années d’existence de l’État ivoirien constituent un recul suffisant pour évaluer le parcours politique du pays. Il rappelle que la Côte d’Ivoire a connu trois Républiques, chacune correspondant, selon lui, à une étape distincte de son évolution institutionnelle.
La première République, instaurée après l’adoption de la Constitution du 3 novembre 1960, est présentée comme celle du parti unique. Pendant près de quarante ans, le PDCI-RDA exerce un monopole sur la vie politique nationale. Geoffroy-Julien Kouao souligne que les principales fonctions électives étaient alors étroitement contrôlées par le parti au pouvoir, avant l’organisation, en 1980, des premières élections municipales et législatives ouvertes à plusieurs candidats issus du même parti. L’instauration du multipartisme en 1990 fait naître, selon lui, un espoir de démocratisation rapidement contrarié par les tensions entourant l’élection présidentielle de 1995, qui s’était soldée par des violences meurtrières. Le coup d’État militaire de décembre 1999 marque ensuite la fin de cette première séquence politique.
L’auteur décrit la deuxième République, née le 1ᵉʳ août 2000, comme une période de profondes turbulences. Il évoque une présidentielle contestée en octobre 2000, suivie deux ans plus tard par la rébellion armée de septembre 2002, qui entraîne la partition du territoire et place durablement la Côte d’Ivoire sous médiation internationale. La crise postélectorale de 2010-2011 constitue, à ses yeux, le point culminant de cette instabilité, avec un lourd bilan humain officiellement estimé à environ 3 000 morts.
La troisième République, entrée en vigueur le 8 novembre 2016, n’aurait pas, selon Geoffroy-Julien Kouao, permis de répondre aux attentes en matière de gouvernance démocratique. Le politologue estime que les scrutins présidentiels de 2020 et de 2025 n’ont pas favorisé un consensus politique suffisamment large, accentuant les fractures entre les principaux acteurs de la vie publique. Il considère également que le système partisan demeure dominé par une formation politique prépondérante, limitant, selon son analyse, l’équilibre de la compétition démocratique.
Dans cette perspective, l’essayiste voit dans la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI) et dans la mise en place annoncée d’un nouveau cadre juridique et institutionnel du système électoral une possible opportunité de refonder la confiance entre les acteurs politiques et les citoyens. Il estime que cette réforme pourrait ouvrir la voie à un nouvel espoir démocratique.
Au terme de son analyse, Geoffroy-Julien Kouao conclut que les six décennies d’histoire politique ivoirienne ont été marquées par un « gâchis démocratique », une appréciation qui s’inscrit dans le débat récurrent sur les réformes institutionnelles, la crédibilité des processus électoraux et la consolidation de l’État de droit en Côte d’Ivoire.
M.K








