La célébration du 66e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire tombe dans un contexte marqué, cette année, par des sujets particuliers sur lesquels les Ivoiriens, comme à leur habitude, attendent le chef de l’Etat, dans son adresse à la Nation. Le président de la République a parlé, ce jeudi 6 août 2026. Il a abordé bien de sujets touchant à la vie et à la bonne marche de la Nation. Toutefois, dans son message, il aura manqué quelques éléments non moins importants, voire urgents, sur lesquels la population reste encore l’attendre.
La hausse des prix des produits pétroliers
Au nombre de ces sujets majeurs et d’intérêt, la récente augmentation du prix à la pompe des produits pétroliers, le gasoil, l’essence et même le pétrole lampant dont les coûts ont été majorés respectivement de 25f, de 30f et de 40f. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que ces augmentations expliquées à tort ou à raison par la conjoncture internationale dans le Moyen Orient, auront une incidence sur le coût de la vie et le pouvoir d’achat des populations.
Il est bien vrai qu’un benchmarking sur la sous-région permettra de justifier à souhait le niveau des prix ajustés en Côte d’Ivoire. Mieux, le ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement, s’est longuement étendu sur certains aspects, notamment les subventions consenties par l’Etat, le risque de déséquilibre budgétaire, et la menace sur les investissements que le sacrifice consenti pour maintenir les prix pouvaient occasionner.

Toutefois, il n’est point exclu que c’est le contribuable, avec son niveau de revenu déjà éprouvé par la hausse du coût de la vie, qui va encore supporter cette augmentation.
Dans la foulée, les Ivoiriens s’attendaient bien évidemment à l’action du politique, la main providentielle du chef de l’Etat, espérant que le bonus viendrait du premier d’entre eux. A savoir que des mesures éventuelles sortiraient du discours du président de la République, lui-même, pour amortir le choc prévisible de la hausse des coûts des produits pétroliers, surtout à quelques semaines de la rentrée des classes ou les soupirs se font entendre déjà dans des ménages. Mais, au final, point de mention clairement attendue de ce sujet dans le discours du président Ouattara.
Une réaction timide et peu perceptible
On pourrait spéculer sur ce morceau de son discours où le chef de l’Etat pavoise avec les embellies sur le plan économique et affiche sa volonté d’œuvrer au bien-être des population. « La protection des populations, le respect de la dignité humaine et l’application de la loi demeurent toujours au cœur de l’action publique. Mes chers compatriotes, malgré ces défis, notre pays a su maintenir sa trajectoire de développement. Notre économie reste dynamique, avec l’un des taux de croissance annuels les plus élevés de la région et du monde, confirmant la solidité de ses fondamentaux ».

Cette performance, poursuivra le chef de l’Etat, « n’a de sens que si elle améliore concrètement la vie de nos concitoyens ». C’est pourquoi nous poursuivrons nos efforts afin de renforcer l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux soins de santé, à une éducation de qualité, au logement et à des services publics toujours plus performants. Nous continuerons également d’accorder une attention particulière à l’emploi, au pouvoir d’achat, des ménages et à la protection des plus vulnérables ». ON pourra dire que le sujet a été pris en compte dans cette globalité. Soit, mais de façon vraiment imperceptible, timide et peu convaincante. Comment va-t-on amortir le renchérissement des prix sur le marché qui se profile insidieusement ? Quelle mesure d’accompagnement va garantir une protection du pouvoir d’achat des ménages dans la conjoncture actuelle ? Là se trouve la réponse et cette assurance attendue que le discours du chef de l’Etat n’a pas données.
La bombe de l’orpaillage clandestin
Secundo, ces derniers mois, ou tout au mieux ces semaines qui débouchent sur la célébration de la fête nationale sont rythmées par un phénomène indicible : la question endémique de l’orpaillage clandestin. On dira que le Conseil national de Sécurité (Cns), présidé par le chef de l’Etat, s’est déjà longuement penché sur la question, et des mesures spéciales communiquées à cet effet. Toutefois, les derniers développements de l’actualité sur la même question ont fait penser à son évocation encore possible dans le discours à la Nation du Président de la République. Tant la fermeté du chef est attendue pour dissuader ceux qui lisent avec distraction les communiqués dans l’action gouvernementale. On attendait, avec les dérives qui se poursuivent et les bruits quotidiens qui montent sur le sujet, que le Président de la République, à l’instar de la question sur le déguerpissement jugé illégal de Koumassi, sonne le holà à nouveau. Il n’était pas superflu que le chef de l’Etat affiche en direct sa fermeté sur ce phénomène de plus en plus préoccupant en Côte d’Ivoire.

Eu égard aux conséquences dramatiques sur l’environnement, la santé des populations, la sécurité dans les régions, et même sur la sûreté nationale.
Des actes au-delà du discours
Ces attentes non traduites directement n’enlèvent rien à la volonté du pouvoir de répondre aux quotidiens des Ivoiriens. Tout se passe dans la déclinaison du discours parfois globalisant par le gouvernement, qui reçoit directement des instructions, et est chargé de faire ressentir les actions y afférentes pour répondre aux attentes et rassurer au mieux les populations. « Nous pouvons être fiers du chemin parcouru en 66 ans. Nous devons être confiants en l’avenir. La Grande Côte d’Ivoire, à laquelle nous aspirons, sera le fruit du travail, du talent, de l’engagement et de la confiance de tout un peuple », a dit le chef de l’Etat. Cette proclamation commence par les dirigeants, qui impulsent la dynamique et posent des actes transcendant la profession de bonne foi.
F.D. BONY







