En réaction à la détention de Justin Koné Katinan, Me Habiba Touré, porte-parole du PPA-CI, dénonce une procédure judiciaire qu’elle juge disproportionnée et accuse le pouvoir de vouloir faire taire l’opposition.
La porte-parole du parti de Laurent Gbagbo assure vouloir répondre « par le droit, la politique et la mobilisation démocratique ».Dans une publication rendue publique ce lundi, Me Habiba Touré, porte-parole du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire, revient sur la procédure engagée contre le 4e vice-président du parti et conteste l’évolution du dossier judiciaire.
Convoqué le 9 septembre à la suite d’une plainte déposée par le RHDP, pour des propos jugés diffamatoires, Justin Koné Katinan devait, selon la responsable du PPA-CI, répondre d’abord à des accusations relevant de la diffamation. « On pouvait donc s’attendre à ce que la justice examine une plainte en diffamation, entende les parties, confronte les arguments et, le moment venu, dise le droit », écrit-elle.
Mais, poursuit Me Habiba Touré, la procédure a rapidement changé de nature. L’audition s’est transformée en garde à vue avant que de nouvelles accusations, notamment celles de complot contre l’autorité de l’État, ne viennent s’ajouter au dossier.Pour la porte-parole du PPA-CI, cette évolution soulève de sérieuses interrogations. « En moins de quarante-huit heures, le responsable politique convoqué est devenu détenu », déplore-t-elle, estimant que cette accélération ne saurait être assimilée à la seule rigueur de la loi.
Me Habiba Touré met ainsi en garde contre ce qu’elle considère comme une confusion entre autorité de l’État et usage de la force. « La force d’un État ne se mesure pas au nombre d’opposants qu’il peut emprisonner. Elle se mesure à sa capacité à supporter la contradiction », affirme-t-elle.
La porte-parole du PPA-CI s’interroge également sur la célérité de la justice dans cette affaire, comparée à d’autres dossiers qui, selon elle, suscitent pourtant l’indignation d’une partie de l’opinion publique. « La justice ne peut pas courir lorsqu’il s’agit d’un opposant et marcher à pas comptés lorsqu’il s’agit du pouvoir », estime la porte-parole.
Au-delà du cas de Justin Koné Katinan, Me Habiba Touré inscrit cette nouvelle séquence dans un contexte politique plus large. Le PPA-CI s’apprête notamment à lancer une tournée nationale destinée à présenter son « Pacte social ».Selon elle, cette initiative intervient alors que le parti entend multiplier les rencontres avec les populations pour exposer ses propositions et débattre de l’avenir du pays.
La détention de l’un de ses principaux responsables intervient donc, aux yeux du PPA-CI, à un moment politiquement sensible.La porte-parole dénonce ce qu’elle décrit comme une vieille méthode consistant, face à une parole politique jugée dérangeante, à s’en prendre à ceux qui la portent.« On peut emprisonner un homme ou une femme. Mais on n’emprisonne pas une idée », martèle-t-elle.
Dans un registre plus offensif, Me Habiba Touré rappelle que les rapports de force politiques sont appelés à évoluer. « Aucun pouvoir n’est éternel. Aucune puissance n’est définitive », affirme-t-elle, avant d’évoquer le jugement que l’Histoire pourrait porter sur la période actuelle.Le PPA-CI entend toutefois éviter, assure-t-elle, toute logique de vengeance. « Nous ne répondrons ni par la haine, ni par la vengeance. Nous répondrons par la constance. Par le droit. Par la politique. Par la mobilisation démocratique », écrit-elle.
À Justin Koné Katinan et aux autres militants du parti détenus, la porte-parole adresse un message de soutien : « Tenez bon. » À leurs familles, elle assure qu’elles « ne sont pas seules », tandis qu’aux militants elle demande de « rester debout ».La conclusion se veut combative.
Me Habiba Touré invite ceux qui pensent qu’une procédure judiciaire peut interrompre la dynamique politique du PPA-CI à « relire l’Histoire ». « Elle est remplie de pouvoirs qui se croyaient éternels. Elle est aussi remplie de prisonniers qui leur ont survécu », écrit-elle.Pour Me Habiba Touré, la détention de Justin Koné Katinan ne doit donc pas interrompre sa stratégie politique. « Tout ne fait que commencer », conclut la porte-parole.
Maxime KOUADIO








