Face à la progression des maladies non transmissibles en Côte d’Ivoire, les autorités sanitaires misent sur le dépistage précoce. Une campagne de sensibilisation, de consultations foraines et de dépistage gratuit du diabète, de l’hypertension artérielle (HTA) et de l’obésité est actuellement menée auprès des populations vivant à proximité des cimenteries.
L’initiative est portée par le Programme national de lutte contre les maladies métaboliques et de prévention des maladies non transmissibles (PNLMM/PMNT), en collaboration avec l’Association des producteurs de ciments en Côte d’Ivoire (APCCI), avec l’appui du ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle.
En Côte d’Ivoire, l’hypertension artérielle concerne près de 40 % des adultes, selon les données citées par les organisateurs. La prévalence du diabète est, elle, estimée à 6,2 %, sur la base de l’étude PREVADIA 2017. Des facteurs de risque comme le surpoids, la sédentarité et le tabagisme constituent par ailleurs des préoccupations croissantes de santé publique.
Dépister des maladies souvent silencieuses
Lancée le 16 septembre, la campagne s’est notamment arrêtée à Treichville, dans les quartiers France-Amérique et à la Cité du Port, avant de se poursuivre à Akoupé-Zeudji, dans la sous-préfecture d’Anyama. Le 19 septembre, les équipes étaient à la Cité ADO, à Yopougon, où les habitants des quartiers riverains d’une cimenterie ont pu bénéficier gratuitement de consultations et de dépistages. Le dispositif repose sur plusieurs étapes.
Après son enregistrement, chaque participant renseigne ses antécédents médicaux et familiaux. La glycémie et la tension artérielle sont ensuite contrôlées, avant la mesure du poids, de la taille et du tour de taille. Un médecin procède enfin à l’évaluation des facteurs de risque et à l’interprétation des résultats.
En cas d’anomalie, une prise en charge peut être proposée sur place. Les organisateurs peuvent également orienter les personnes nécessitant un suivi vers une structure de santé.« Ce sont des maladies silencieuses. Il n’y a pas de signes cliniques », explique le docteur Kouakou Ernest, médecin diabétologue et responsable chargé des études, de la surveillance épidémiologique et de la prévention des maladies chroniques au sein du PNLMM/PMNT.
Selon lui, certaines personnes peuvent ainsi vivre plusieurs années avec un diabète ou une hypertension sans le savoir. L’étape d’Akoupé-Zeudji a illustré cette problématique. Deux personnes y ont présenté une glycémie supérieure à 4 grammes, nécessitant une intervention à l’insuline avant leur orientation vers une structure de santé pour la poursuite de leur prise en charge.
Une campagne appelée à se poursuivre
Pour le docteur Kouakou Ernest, les résultats observés lors des différentes opérations restent globalement proches des niveaux de prévalence enregistrés à l’échelle nationale. La priorité est donc d’amener davantage de personnes à se faire contrôler régulièrement.« Il est important de se faire dépister parce que ce sont des maladies qui n’ont pas de signe », insiste le médecin.
Une détection précoce permet, selon lui, d’intervenir avant l’apparition de complications plus lourdes.L’hérédité et l’âge figurent parmi les facteurs de risque sur lesquels les individus ne peuvent pas agir. En revanche, la sédentarité et les habitudes alimentaires peuvent être modifiées. La pratique régulière d’une activité physique et une alimentation équilibrée sont ainsi présentées comme des moyens de réduire les risques.
Une fois la maladie installée, le suivi médical reste essentiel. Sans prise en charge adaptée, le diabète et l’hypertension peuvent notamment entraîner des complications cardiovasculaires, rénales ou ophtalmologiques, ainsi que des amputations dans certains cas.
La campagne doit se poursuivre le 21 septembre à Attinguié, puis le 22 septembre au grand terrain d’Anyama. Une étape est également prévue le 3 octobre au quartier Bardot, à San-Pedro.
L’opération, menée depuis trois ans avec l’APCCI, vise ainsi à rapprocher le dépistage des populations vivant dans les zones où sont implantées les entreprises de ciment.
Maxime KOUADIO








