Visée par un mandat d’arrêt annoncé par le procureur de la République, Me Habiba Touré reçoit le soutien public de Nadiany Bamba Gbagbo. Dans une lettre adressée à l’avocate et porte-parole du PPA-CI, la militante revient sur leur parcours commun, défend son courage et plaide pour l’apaisement du climat politique ivoirien.
Le soutien s’affiche publiquement. Quelques jours après l’annonce par le procureur de la République, Koné Braman, de poursuites et d’un mandat d’arrêt visant Me Habiba Touré, Nadiany Bamba Gbagbo a choisi de prendre la parole. Dans une lettre publiée sous le titre « La lettre de soutien de Mme Nadiany Gbagbo à Me Habiba Touré », elle apporte son soutien à l’avocate et ancienne porte-parole du Front commun.
Lors d’une conférence de presse le 16 septembre à Abidjan, Koné Braman avait déclaré avoir engagé des poursuites contre Habiba Touré pour son implication présumée dans les événements survenus pendant la période électorale d’octobre 2025. Le magistrat avait également indiqué avoir délivré un mandat d’arrêt contre elle, assurant qu’elle serait interpellée si elle revenait en Côte d’Ivoire.
Dans son message, Nadiany Bamba Gbagbo s’adresse directement à l’avocate, qu’elle appelle affectueusement « Habibous ». Elle explique avoir choisi de rendre publique une conversation jusque-là privée, estimant que la sortie médiatique du procureur avait elle-même fait entrer l’affaire dans l’espace public.
La proche de Laurent Gbagbo conteste surtout l’interprétation qu’elle fait de la situation judiciaire de l’avocate. « Cela signifie également qu’il n’a rien de lourd contre toi », écrit-elle, tout en estimant que le mandat annoncé par le procureur viserait avant tout à dissuader Habiba Touré de rentrer au pays.Une lecture qui relève de son appréciation personnelle et qui ne préjuge pas de la procédure judiciaire en cours.
Les autorités judiciaires ont, pour leur part, confirmé l’existence de poursuites liées aux événements de 2025, sans que le détail complet des qualifications pénales retenues contre Me Touré n’ait été rendu public.Nadiany Bamba Gbagbo revient ensuite sur un épisode remontant à la période de forte tension politique ayant précédé et suivi la présidentielle de 2025.
Elle raconte notamment comment Habiba Touré aurait accepté de lire publiquement une déclaration du Front commun alors que l’un de ses responsables, Akossy Bendjo, était, selon son récit, introuvable après une attaque contre son domicile.« Je suis porte-parole du Front commun et je vais lire la déclaration pour éviter que les Ivoiriens ne soient désemparés », rapporte-t-elle avoir entendu de la part de l’avocate.
Pour Nadiany Bamba Gbagbo, cet épisode illustre le sens des responsabilités et le courage dont Habiba Touré aurait fait preuve dans une période particulièrement tendue. Elle évoque également Pulchérie Gbalet, à qui elle adresse un message de soutien dans sa lettre.
Au-delà du cas de Me Touré, la lettre élargit le propos à la situation politique et judiciaire ivoirienne. Nadiany Bamba Gbagbo dit souhaiter que les procédures en cours soient menées à leur terme afin de permettre, selon elle, de « démêler le faux du vrai » et d’établir les responsabilités dans les violences ayant marqué les précédentes crises politiques.
Elle cite notamment Nahio, Adzopé, Bonoua, Yamoussoukro et le « gbaka vert », autant de lieux ou d’événements associés dans son récit aux violences politiques et aux disparitions. Elle appelle également à la libération de ceux qui, selon elle, ont été emprisonnés pour avoir contesté le quatrième mandat d’Alassane Ouattara, ainsi qu’au retour des exilés et des personnes contraintes de quitter le pays.
Dans la dernière partie de son message, Nadiany Bamba Gbagbo adopte un ton plus solennel. Elle dit espérer que les responsables politiques ivoiriens œuvreront à éviter une nouvelle fracture du pays.« Que Dieu touche le cœur de nos dirigeants », écrit-elle, avant de formuler le vœu que la Côte d’Ivoire soit épargnée par « une déchirure sociale irréparable ».Cette prise de position intervient dans un contexte de tensions renouvelées entre le pouvoir et le PPA-CI.
L’annonce des poursuites contre Habiba Touré est intervenue quelques jours après le placement sous mandat de dépôt de Justin Koné Katinan, quatrième vice-président du parti de Laurent Gbagbo, dans une procédure portant également sur les événements de 2025.
Le parquet affirme que cette procédure est distincte d’une plainte déposée contre lui par le RHDP. Pour Nadiany Bamba Gbagbo, l’enjeu dépasse désormais le seul sort judiciaire de Me Habiba Touré. Sa lettre se veut aussi un appel à tirer les leçons des crises passées et à préserver, malgré les tensions politiques, les conditions d’une paix durable en Côte d’Ivoire.
Maxime KOUADIO








