Le placement sous mandat de dépôt de Justin Koné Katinan provoque de nouvelles réactions dans le paysage politique ivoirien. Dans une publication rendue publique ce vendredi, Mamadou Traoré, cadre de Générations et peuples solidaires (GPS) et conseiller politique de Guillaume Soro, a choisi de prendre la parole pour dénoncer ce qu’il considère comme une situation susceptible de concerner, à terme, l’ensemble des acteurs politiques ivoiriens.
Le message de Mamadou Traoré prend une résonance particulière au regard de son propre parcours judiciaire. L’ancien proche de Guillaume Soro est sorti, en août dernier, du pôle pénitentiaire d’Abidjan après y avoir passé près de deux années. Il avait été condamné à la suite d’une publication sur les réseaux sociaux pour des faits notamment qualifiés d’« incitation à la haine », de « diffusion de fausses nouvelles » et de « trouble à l’ordre public ».
Pour lui, le dossier judiciaire visant aujourd’hui Justin Koné Katinan doit donc être regardé comme un avertissement adressé à toute la classe politique.
Le quatrième vice-président du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) a été placé sous mandat de dépôt après avoir été présenté à la juridiction compétente. Il est poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation, dont attentat contre l’autorité de l’État, complot contre l’autorité de l’État et participation à un mouvement insurrectionnel.
D’autres charges sont également évoquées, notamment l’atteinte à l’ordre public, l’apologie des crimes de meurtre, l’attroupement armé et non armé, ainsi que la participation et l’organisation d’une manifestation interdite ou non déclarée. Le responsable du PPA-CI est aussi poursuivi pour des faits d’incendie volontaire de véhicules appartenant à autrui, commis à Abidjan et dans plusieurs autres localités du pays.
Dans sa publication, Mamadou Traoré estime que la situation actuelle doit provoquer une « prise de conscience brutale » au sein de la classe politique ivoirienne.« Nul n’est à l’abri », écrit-il, considérant que les événements récents montrent que les poursuites et les incarcérations peuvent toucher successivement différents camps politiques.
Le cadre de GPS revient notamment sur les années durant lesquelles Guillaume Soro et plusieurs de ses proches ont été poursuivis, contraints à l’exil ou incarcérés. Il déplore le manque de solidarité dont ils auraient, selon lui, été victimes à cette période.
Mamadou Traoré rappelle notamment les arrestations de Soumahoro Kando et de lui-même. Il affirme qu’à l’époque, certains responsables et militants de l’opposition avaient choisi de rester à distance, considérant que les difficultés rencontrées par les proches de Guillaume Soro ne les concernaient pas.
Dans son récit, l’ancien détenu estime que les années suivantes ont démontré que cette perception était illusoire. Il cite les arrestations de militants du PDCI et du PPA-CI ainsi que l’exil de responsables politiques issus de différents camps.
Pour Mamadou Traoré, cette succession d’événements constitue une illustration d’une même réalité : aucune formation politique ne serait définitivement à l’abri des poursuites.« L’histoire nous enseigne une leçon fondamentale : la justice finit toujours par frapper à la porte de celui qui applaudissait l’incarcération de son voisin », affirme-t-il.
Le conseiller de Guillaume Soro s’en prend également à ceux qui pourraient se réjouir du sort réservé aujourd’hui à Justin Koné Katinan. Il les invite à ne pas considérer l’emprisonnement d’un adversaire politique comme un motif de satisfaction.« Ne riez jamais du malheur de celui qu’on mène en prison », écrit-il, en appelant implicitement les différentes composantes de la classe politique à davantage de solidarité.
Son message s’achève par une adresse directe à Justin Koné Katinan. « Une pensée fraternelle et pleine de force pour toi, cher frère Katinan Koné. Tiens bon dans cette épreuve », écrit Mamadou Traoré.
Le cadre de GPS entend ainsi transformer son expérience personnelle de la détention en avertissement politique : pour lui, dans le contexte ivoirien, ceux qui assistent aujourd’hui à l’incarcération d’un adversaire pourraient eux-mêmes être confrontés demain à la même épreuve.
Maxime KOUADIO








