À trois semaines de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, Yopougon affiche un visage inédit. Longtemps confrontée à la dégradation de ses infrastructures routières et à un urbanisme désordonné, la commune la plus peuplée du pays renaît. La cité du maire Adama Bictogo est aujourd’hui le théâtre d’importants travaux d’aménagement engagés par l’État. Du bitumage des grands axes à la réhabilitation des voiries secondaires, en passant par la modernisation de l’éclairage public et les opérations de déguerpissement, les chantiers se multiplient à un rythme soutenu. Un vaste programme qui traduit la volonté des autorités de faire de Yopougon la vitrine des festivités nationales prévues le 7 août prochain.
Une commune longtemps reléguée retrouve des couleurs
Au cours de ces dernières décennies, les habitants de Yopougon ont vu leurs infrastructures se dégrader progressivement. Routes défoncées, nids-de-poule, embouteillages chroniques et insuffisance d’entretien alimentaient le sentiment d’abandon dans cette commune qui concentre pourtant une part importante de la population d’Abidjan. Le choix porté cette année par le gouvernement sur Yopougon – la plus commune la plus peuplée de Côte d’Ivoire, voire de l’Afrique – pour accueillir les célébrations de l’indépendance apparaît ainsi comme un tournant. À travers un vaste programme de réhabilitation, l’État entend non seulement offrir un cadre digne des festivités, mais également répondre à des attentes exprimées de longue date par les populations.
Des dizaines de kilomètres de voiries en chantier
Le changement est perceptible dès l’entrée de la commune. Depuis le pont Ferraille à la lisière de la commune d’Adjamé jusqu’à la Gesco (sortie de Yopougon), des engins lourds sont mobilisés pour remettre à niveau l’autoroute urbaine, dont plusieurs sections présentaient d’importantes dégradations. Les travaux se poursuivent sans interruption, de jour comme de nuit, afin de respecter les délais.

À l’intérieur de la commune, les principaux axes connaissent eux aussi une profonde mutation. Le carrefour Siporex, entièrement réaménagé après les opérations de déguerpissement, bénéficie d’un nouveau revêtement. Le boulevard Alassane Ouattara, reliant Siporex à Saguidiba et qui accueillera le défilé militaire, fait également l’objet d’une réhabilitation complète. Les autorités ont également entrepris de remettre en état les systèmes d’éclairage public afin d’assurer une meilleure visibilité sur l’ensemble du parcours officiel. Au carrefour Magasin, les chaussées abîmées par les infiltrations d’eau et les affaissements sont reprises en profondeur, tandis que la voie reliant Lubafrique au quartier Oasis est désormais recouverte d’un bitume neuf. Au total, près de 50 kilomètres de voiries sont en cours de réhabilitation dans la commune, selon les opérateurs à l’œuvre sur le terrain.
Au-delà des routes, l’État s’attaque au désordre urbain
La transformation de Yopougon ne se limite pas aux infrastructures routières. Plusieurs opérations de déguerpissement ont été engagées afin de libérer les emprises publiques occupées de manière anarchique.

Des secteurs comme la voie du Keneya ou les abords du terrain Figayo connaissent ainsi d’importantes démolitions destinées à fluidifier la circulation et améliorer le cadre urbain. Ces interventions, parfois sensibles, traduisent la volonté des autorités communales et gouvernementales de profiter de cette échéance nationale pour engager une restructuration plus globale de l’espace urbain.
Les habitants redécouvrent leur commune
Dans les quartiers, les transformations alimentent les conversations. Nombreux sont les habitants qui disent redécouvrir une commune qu’ils estimaient depuis longtemps délaissée. Conducteur de véhicule de transport en commun sur l’axe Oasis-Lubafrique, Mamadou Doumbia observe quotidiennement l’évolution des chantiers. « Nous sommes heureux de voir enfin ces travaux. Pendant longtemps, nous avions l’impression que Yopougon avait été oubliée alors que d’autres communes évoluaient rapidement. Aujourd’hui, les routes sont refaites et cela facilitera aussi notre travail. Nos véhicules subiront moins de pannes », confie-t-il. Même satisfaction chez Guédé Parfait, habitant du quartier Sicogi depuis près de trente ans. « Notre commune change enfin de visage. Nous remercions les autorités pour ces investissements. Mais nous espérons surtout que cet effort ne s’arrêtera pas après les festivités. Il faut désormais entretenir ces infrastructures afin que Yopougon ne retombe pas dans la dégradation », plaide-t-il.
L’indépendance comme levier d’investissement
Depuis plusieurs années, la Côte d’Ivoire a fait le choix de décentraliser les célébrations de son indépendance afin de stimuler les investissements publics dans différentes localités. Après Grand-Bassam puis Bouaké, c’est désormais Yopougon qui bénéficie de cette dynamique. Au-delà de l’organisation de la fête nationale, les travaux engagés devraient laisser un héritage durable pour cette commune stratégique de l’ouest d’Abidjan. Reste désormais à savoir si cette mobilisation exceptionnelle se prolongera après le 7 août 2026. Pour de nombreux habitants, le véritable succès de cette opération ne se mesurera pas uniquement à la qualité des festivités, mais à la capacité des pouvoirs publics à inscrire cette renaissance urbaine dans la durée.
Maxime KOUADIO








