Il a été l’invité de l’émission ‘’La Quotidienne Info’’ de la Nouvelle Chaine Ivoirienne (NCI), de ce mardi 7 juillet 2026. Pendant plus d’une heure, Charles Blé Goudé a passé la revue de l’actualité en Côte d’Ivoire avec ce confrère sans langue de bois. Comme à ses habitudes, le président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep) s’est montré direct et cru dans ses positions en répondant aux flots des questions des chroniqueurs présents sur le plateau.
Le sujet principal de cette émission a tourné autour de la réforme de l’organe en charge de l’organisation des élections en Côte d’Ivoire après la dissolution de l’ex-Commission électorale indépendante (CEI). Charles Blé Goudé a été amené à se prononcer sur la nomenclature d’un nouvel organe proposée par le Premier ministre Beugré Mambé le 22 juin 2026, au cours d’une rencontre dûment convoquée avec des représentants des partis politiques et de la Société civile.
Sur la proposition du gouvernement
Après cette rencontre de présentation, le président du Cojep est dans l’expectative d’un dialogue ouvert avec l’ensemble de la classe politique et de la Société civile ivoirienne afin d’aboutir à la mise en place d’un organe réellement indépendant. Pour lui, ce dialogue est incontournable et indispensable si l’on tient à prévenir d’autres crises et à préserver la Côte d’Ivoire de situation toute aussi imprévisibles à l’avenir après les moments douloureux qu’elle a traversés. « Pour la Côte d’Ivoire, c’est important. Pour la santé mentale des Ivoiriens, pour l’image du gouvernement lui-même, c’est important que le gouvernement convoque l’opposition et l’écoute. Autant de fois qu’on peut parler, parlons ! Ne jouons pas d’abord et dans les moments de crise venir faire ce qu’on ne voulait pas faire au départ », prévient l’ex-poulain de Laurent Gbagbo qui salue au passage la prédisposition au dialogue de son ancien mentor affichée le 2 juillet lors d’une rencontre avec la presse.
L’invité du confrère NCI tient à ce que la proposition faite par le gouvernement soit soumise à débat afin que les autres acteurs consultés puissent, à leur tour, se prononcer ou faire des propositions. « Pour nous, il faut qu’on en discute, maintenant que le gouvernement a présenté la nomenclature de cet organe. (…). Quand on regarde l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, on n’a pas encore fini de pleurer les morts. On devait courir pour aller à ces discussions. (…). Il faut un organe indépendant. Maintenant, comment on le met en place, c’est là que nous sommes ».
A cet effet, Charles Blé Goudé est formel. Il faut exclure les paris politiques du nouvel organe à mettre en place pour les élections. « L’ex-CEI a échoué et il y eu trop de morts. Ce qu’il faut éviter, c’est que les partis politiques soient encore membres de ce nouvel organe. Il est incompréhensible que des partis politiques qui se battent pour gagner les élections figurent dans l’organe qui organise ces élections », crache l’ancien leader de la Jeunesse patriotique de Côte d’Ivoire.
Quid du système sénégalais
A propos d’une possible transmission du projet de réforme à l’Assemblée nationale et au Sénat pour examen direct et validation, le président du Cojep n’envisage pas ce schéma qu’il assimile du reste à « un danger ». « Le gouvernement aurait pu suivre ce schéma sans nous consulter. S’il nous a appelés, c’est qu’il a voulu un modèle participatif. Donc, on n’en est pas encore là ». Et Charles Blé Goudé d’insister : « Ce qui me semble logique en tant qu’opposant, c’est que le gouvernement convoque une rencontre d’échange et et pour écouter les autres. Après ce qui s’est passé dans ce pays, nous devons parler ».
L’ancien leader de l’ex-Fédération estudiantine de Côte d’Ivoire (Fesci) s’inscrit en faux quant à l’idée selon laquelle il serait impossible de trouver des personnages de consensus en Côte d’Ivoire pour diriger un organe indépendant. « La thèse selon laquelle on conteste tout n’est pas toujours vérifiable », rejette-t-il, se prononçant sur le système sénégalais cité en exemple et copié par le gouvernement ivoirien. « Je viens d’arriver du Sénégal. Les Sénégalais sont en plein dans la réforme de leur système électoral. Ce système qu’on cite tant en exemple, les Sénégalais sont en train de l’abandonner pour un organe plus indépendant », révèle-t-il.
Libération de Zigui
La libération la veille de l’activiste pro-Gbagbo, Ibrahim Zigui ainsi que l’ancien ministre de la Défense Moïse Lida Kouassi est revenue dans les questions adressées à Charles Blé Goudé. Mais, ce dernier s’est voulu très circonspect sur ce sujet, se limitant à traduire sa joie de voir ses ex-détenu recouvrer leur liberté. « Moi, je sais ce que c’est que perdre et recouvrer la liberté », a-t-il souligner pour amener ses interrogateurs à mieux apprécier son état d’âme sur l’affranchissement de ces détenus.
Plan B en 2030
Parlant de son inéligibilité et de sa forclusion pour 2030 en raison d’une condamnation de 20 ans dont il est l’objet, l’ex-pensionnaire de la Cour pénale internationale (CPI) dénonce des manœuvres politiciennes pour freiner sa trajectoire. Il dénonce cette autre condamnation qui le frappe après son jugement devant la juridiction la plus illustre au monde. « J’ai été acquitté devant la CPI. Aucune autre juridiction au monde n’est habilitée à juger encore Charles Blé Goudé pour les mêmes faits portant sur la crise post-électorale en Côte d’Ivoire », s’indigne l’invité sur le plateau qui indexe le politique et espère une solution politique à son cas. En tout état de cause, Charles Blé Goudé n’exclut pas un plan B au cas où il serait encore frappé de forclusion en raison de sa condamnation. « Moi, le plan B me parle toujours. Si je ne suis pas candidat, quelqu’un d’autre peut l’être. Mais, le cas du Sénégal me parle aussi. On s’accordera sur tout avant de désigner un remplaçant », réagit-il, l’essentiel pour lui étant d’atteindre l’objectif de changer de pouvoir et de parvenir au pouvoir.
Situation dans l’AES
Enfin, l’autre pan essentiel de son interview a porté sur la situation au niveau de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) et la menace que cela pourrait faire planer sur des voisins comme la Côte d’Ivoire. Sur la question, Charles Blé Goudé affiche son option pour la solution collective et régionale. Le président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples penche pour une synergie avec les pays du nord afin de résorber ensemble l’hydre terroriste et sécuriser l’ensemble de la sous-région exposée à la menace. « Il faut sortir des émotions pour se parler, s’échanger des informations, harmoniser les stratégies, localiser l’ennemi et le vaincre. Parce que, si les djihadistes prennent le Mali actuellement, à qui sera le tour, interroge-t-il non sans rappeler l’attaque de Grand-Bassam et les incursions terroristes sporadiques dans le nord du Bénin.
Félix D. BONY








