La passe d’armes se poursuit entre le PPA-CI et le PDCI-RDA à Yopougon. Après les déclarations de Dia Houphouët, dimanche 30 août, lors d’un meeting de remerciement et de remobilisation de militants du PDCI, Danon Djédjé est monté au créneau. Dans un extrait d’interview publié ce lundi par le confrère ‘’Le Temps’’, proche de son parti, le président exécutif du PPA-CI et ancien ministre répond sans détour à celui qui reproche à son parti d’avoir « trahi » le Front commun.
Dimanche, à Yopougon, Dia Houphouët avait vivement réagi aux accusations portées contre lui par des militants proches de Laurent Gbagbo, qui le présentent comme un « traître » ayant rompu avec la dynamique du Front commun. L’ancien député nomme vice-président du PDCI-RDA avait également exprimé son amertume concernant la stratégie adoptée par le PPA-CI lors des dernières élections législatives. Selon lui, l’un des engagements de l’accord politique aurait dû permettre une participation commune à Yopougon. S’il s’était montré relativement réservé dans ses premières déclarations, Dia Houphouët avait laissé entendre qu’il reviendrait plus en détail sur les points de l’accord qui, selon lui, n’ont pas été respectés.
La réponse de Danon Djédjé ne s’est pas fait attendre. Pour le président exécutif du PPA-CI, les résultats électoraux enregistrés à Yopougon démontrent, selon lui, le poids déterminant de son parti dans cette commune stratégique. « À Yopougon, sans le PPA-CI, le PDCI n’est rien », affirme-t-il, dans un propos qui donne le ton de sa riposte. Danon Djédjé s’appuie notamment sur les précédentes échéances électorales pour contester l’idée selon laquelle Dia Houphouët disposerait, à lui seul, d’une assise électorale suffisante pour s’imposer dans la commune. « Dia Houphouët a clamé sur tous les toits que le nom qu’il porte est tellement célèbre qu’il a la popularité qui peut lui faire gagner toutes les élections », rappelle-t-il, avant de mettre en avant les résultats obtenus lors des scrutins précédents. Selon lui, trois élections auraient été remportées avec le concours du PPA-CI. À l’inverse, Dia Houphouët aurait connu un revers lors de l’élection municipale, se classant même, selon Danon Djédjé, en troisième position derrière Michel Gbagbo, arrivé deuxième, et Adama Bictogo.
L’ancien ministre estime que la dernière expérience électorale devrait également servir de leçon. Cette fois, Dia Houphouët aurait choisi de se présenter sans l’appui du PPA-CI, avec, selon Danon Djédjé, un nouveau revers à la clé. « Cette fois-ci encore, là où il nous traite de traîtres, il est parti à l’élection, seul, il a encore perdu. Il faut en tirer les leçons », lance-t-il.
Pour le dirigeant du PPA-CI, cette séquence électorale devrait plutôt conduire les responsables politiques à faire preuve d’humilité et à tirer les enseignements des rapports de forces sur le terrain. « Être humble et savoir que si je suis avec tel ou tel autre, voilà comment les résultats vont se passer », explique-t-il, avant d’ajouter : « Si tu es avec quelqu’un qui te porte bonheur, il vaut mieux rester avec cette personne. En politique-là, on ne dit jamais, jamais. »
Danon Djédjé conteste par ailleurs fermement l’accusation de trahison portée contre son parti. Pour lui, cette qualification ne correspond ni à la réalité politique ni à l’esprit des relations entre les deux formations. « Aujourd’hui, il nous traite de traîtres. Ce n’est pas bien. Ce n’est pas politiquement correct », déplore-t-il. Le président exécutif du PPA-CI entend surtout replacer le débat sur le terrain du poids électoral. À ses yeux, les résultats obtenus dans la commune de Yopougon consacrent la place centrale de son parti dans toute stratégie visant à conquérir cette circonscription. « Il faut faire un constat clair pour dire que le PPA-CI est incontournable à Yopougon », insiste-t-il. Et de pousser le raisonnement plus loin : « Si tu es PDCI et que tu te dis allié au PPA-CI, il vaut mieux rester avec le PPA-CI pour avoir plus de chances de gagner que de jeter l’opprobre sur le PPA-CI, notre parti. »
Danon Djédjé ferme donc, pour l’heure, la porte à l’accusation de trahison et renvoie le PDCI à la réalité des urnes. À Yopougon, l’enjeu dépasse désormais la seule querelle entre deux responsables : il touche directement à l’avenir des alliances de l’opposition et à la capacité de chacune des formations à peser seule dans l’un des principaux bastions électoraux d’Abidjan.
Maxime KOUADIO








