Dans une publication diffusée ce dimanche, Mamadou Traoré, proche de Guillaume Soro, est revenu sur les circonstances qui ont conduit à la rupture entre l’ancien président de l’Assemblée nationale et le chef de l’État, Alassane Ouattara, en février 2019. Il évoque plusieurs années de tensions, marquées, selon lui, par des limogeages de collaborateurs, des pressions judiciaires et des divergences autour de l’avenir politique du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).
Pourquoi Guillaume Soro a-t-il pris ses distances avec Alassane Ouattara après plusieurs années de collaboration politique ? Pour Mamadou Traoré, cette séparation ne résulte pas d’un événement isolé, mais d’une accumulation de frustrations qui auraient progressivement détérioré les relations entre les deux hommes.
Dans son récit, le proche de l’ancien président de l’Assemblée nationale fait remonter les premières tensions à 2015, alors que Guillaume Soro appartient encore au cercle des principaux responsables du Rassemblement des républicains (RDR), la formation politique d’Alassane Ouattara.
Des tensions perceptibles dès 2015
Mamadou Traoré cite notamment le limogeage, en 2015, d’Alain Lobognon, alors ministre des Sports, ainsi que le sien, alors qu’il dirigeait l’Institut national de formation sociale (INFS). Il mentionne également la diffusion d’un enregistrement téléphonique attribué à Guillaume Soro et à Djibril Bassolé, qu’il présente comme une manœuvre visant à nuire à l’image de son leader. Il affirme que cet enregistrement aurait été produit grâce à l’intelligence artificielle, une allégation qui n’est pas étayée par des éléments indépendants dans sa publication.
Pour le conseiller politique de Guillaume Soro, ces événements constituent les premiers signes d’une mise à l’écart progressive de Guillaume Soro et de plusieurs de ses proches au sein du parti au pouvoir.La situation se serait davantage dégradée en juillet 2017. Il rappelle qu’en l’espace de quelques jours, plusieurs personnalités de l’entourage de l’ancien chef du Parlement ont perdu leurs fonctions.
Le 10 juillet, Mamadou Traoré affirme avoir été démis de son poste de conseiller technique auprès de la ministre Mariatou Koné. Le 12 juillet, Meité Sindou, alors secrétaire national à la Bonne gouvernance, aurait également été limogé. Konaté Zié, chargé d’études au Conseil du café-cacao, et Issiaka Fofana, directeur général de la Loterie nationale de Côte d’Ivoire (LONACI), auraient subi le même sort les 14 et 15 juillet.
Cette succession de départs est interprétée par Mamadou Traoré comme une volonté d’écarter les proches de Guillaume Soro des responsabilités administratives et politiques.
L’affaire Soul To Soul et le boycott du congrès du RDR
Les tensions se seraient également cristallisées autour de l’affaire des armes découvertes au domicile de Souleymane Kamaraté Koné, dit Soul To Soul, alors directeur du protocole de Guillaume Soro.Selon Mamadou Traoré, le colonel Youssouf Ouattara, surnommé Kobo, chargé de la sécurité de l’ancien président de l’Assemblée nationale, ainsi que son adjoint Adama Yeo, ont été entendus par la brigade de recherches de la gendarmerie. Soul To Soul a ensuite été arrêté dans le cadre de cette affaire.
Alors que Guillaume Soro se trouvait hors du pays, ces événements auraient contribué à accentuer son éloignement du RDR. Mamadou Traoré rappelle que son leader n’a pas participé au congrès du parti organisé en 2017, estimant qu’il n’avait pas été associé à sa préparation.
À ses yeux, cette absence traduisait déjà une dégradation des rapports entre Guillaume Soro et les responsables de sa formation politique.
Le RHDP, autre point de friction
En 2018, les désaccords auraient pris une nouvelle dimension. Mamadou Traoré affirme qu’Alassane Ouattara aurait demandé à Guillaume Soro de se séparer de deux collaborateurs, Franklin Nyamsi et Moussa Touré, à la suite de propos considérés comme offensants envers Kandia Camara, alors secrétaire générale du RDR. Selon lui, Guillaume Soro aurait refusé d’obtempérer.Le différend s’inscrivait également dans un contexte de recomposition politique, marqué par la transformation du RHDP en parti unifié.
D’après le récit de Mamadou Traoré, le refus de Guillaume Soro d’adhérer à cette nouvelle formation aurait contribué à creuser davantage le fossé avec le chef de l’État.Malgré ces divergences, l’ancien président de l’Assemblée nationale a pris part au congrès extraordinaire du RDR en 2018. Mamadou Traoré affirme qu’il y a reçu un accueil favorable, mais estime que les tensions n’ont pas été résolues pour autant.
La présidence de l’Assemblée nationale, point de rupture
Le départ de Guillaume Soro de la tête de l’Assemblée nationale constitue, dans l’analyse de Mamadou Traoré, l’aboutissement de cette crise politique. Il soutient que la demande de démission formulée à l’endroit de son leader est intervenue dans un contexte de désaccord sur son adhésion au RHDP, après plusieurs épisodes de tensions autour de ses collaborateurs.
En février 2019, Guillaume Soro démissionne effectivement de la présidence de l’Assemblée nationale. Pour Mamadou Traoré, cette décision marque la fin d’une longue période de frustrations et le début d’une indépendance politique assumée vis-à-vis d’Alassane Ouattara.« Trop était devenu trop », résume-t-il dans sa publication, pour expliquer le choix de son leader de rompre avec son ancien allié.
Le proche de Guillaume Soro affirme également que cette démission visait à éviter une crise institutionnelle avec le chef de l’État. Il présente le départ de l’ancien président de l’Assemblée nationale comme un choix dicté par la volonté de préserver sa dignité et son honneur.
Maxime KOUADIO








