La séquence judiciaire visant les responsables de l’opposition ivoirienne se poursuit. Après l’annonce de la convocation de cinq cadres du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), le Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) fait état, à son tour, de convocations concernant six de ses responsables.
Dans une déclaration publiée le samedi 17 octobre 2026, la formation dirigée par Tidjane Thiam indique que les convocations ont été adressées le jeudi 15 octobre par la vice-présidente, doyenne des juges d’instruction chargée du 8ᵉ cabinet du tribunal de première instance d’Abidjan. Selon le document, les auditions sont prévues entre le 15 et le 23 octobre, plusieurs convocations faisant référence à la section antiterroriste du tribunal.
Les personnalités concernées sont Georges-Philippe Ezaley, vice-président et coordonnateur des activités des vice-présidents du parti, également conseiller spécial du président ; Alain Cocauthrey, ancien ministre et directeur de cabinet de Tidjane Thiam ; Mandodja Mbia Roger, directeur général du PDCI-RDA ; et Yohou Dia Houphouët Augustin, secrétaire exécutif chargé de la mobilisation. Deux membres du bureau politique, Fian Hervé et Kouakou Guillaume, figurent également sur la liste.
Le PDCI-RDA dénonce une pression sur l’opposition
Pour le parti septuagénaire, l’enchaînement de ces procédures visant des responsables de deux grandes formations de l’opposition constitue un « signal politique grave ». Le PDCI-RDA y voit une nouvelle étape dans les pressions qu’il estime exercées sur les acteurs politiques qui expriment des positions divergentes et réclament des garanties démocratiques.
Le parti replace ces convocations dans le contexte de la crise électorale d’octobre 2025. Près d’un an après cet épisode, estime-t-il, la Côte d’Ivoire a davantage besoin d’apaisement, de vérité et de réconciliation que de nouvelles tensions politiques.
La formation de Tidjane Thiam juge ainsi que la multiplication des convocations, dans un environnement qu’elle décrit comme marqué par la répression de l’opposition, les détentions et l’exil de responsables politiques, est incompatible avec les objectifs de réconciliation nationale. Elle rappelle également l’esprit d’apaisement qu’elle dit avoir partagé avec d’autres acteurs lors de la préparation de la fête nationale du 7 août à Yopougon.
Le PDCI-RDA récuse par ailleurs toute assimilation à une organisation criminelle ou terroriste. Pour ses dirigeants, l’expression du désaccord politique relève du fonctionnement démocratique et ne saurait, en elle-même, être considérée comme une menace contre la République et ses institutions.
Un appel au respect des droits et à l’indépendance de la justice
Tout en affirmant son attachement à une justice indépendante et impartiale, le parti condamne la violence et soutient la recherche de la vérité sur les actes répréhensibles, quels qu’en soient les auteurs.Il met toutefois en garde contre une utilisation de la procédure judiciaire qui, selon lui, reviendrait à sanctionner politiquement des opposants avant même qu’un jugement soit rendu.
Le PDCI-RDA refuse également que la crise électorale de 2025 serve de justification permanente à des mesures visant l’opposition. La question de l’exil occupe une place importante dans sa déclaration. Le parti dénonce une situation dans laquelle des opposants seraient empêchés de rentrer dans leur pays en toute sécurité, avant d’être ensuite pénalisés en raison de leur absence.
Sur le plan des revendications, le PDCI-RDA demande l’abandon des poursuites qui ne seraient pas fondées sur des faits précis, personnellement imputables et étayés par des éléments probants. Il exige également que les personnes convoquées bénéficient pleinement de la présomption d’innocence, de l’assistance effective de leurs avocats, d’une information claire sur les faits qui leur sont reprochés et des garanties d’un procès équitable.
Le parti relance l’idée d’un dialogue national
Au-delà des procédures en cours, le PDCI-RDA appelle le gouvernement ivoirien à prendre des mesures concrètes en faveur de l’apaisement. Il réclame notamment la libération des personnes détenues, selon lui, pour le seul exercice pacifique de leurs droits politiques, ainsi que la mise en place de conditions permettant le retour sécurisé des exilés.
La formation politique de Tidjane Thiam renouvelle également sa demande d’ouverture d’un dialogue national inclusif. Celui-ci devrait, selon elle, porter sur les libertés publiques, le rétablissement de la confiance entre les acteurs politiques, les garanties électorales et les conditions d’une paix durable.
Le parti entend par ailleurs alerter les institutions nationales de protection des droits humains, les représentations diplomatiques, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine et les Nations unies. Il leur demande de suivre attentivement les procédures engagées et d’entreprendre des démarches en faveur du respect des libertés et de l’apaisement.
À l’endroit de ses militants et sympathisants, le PDCI-RDA lance un appel à l’unité, à la vigilance et à la discipline, les invitant à rester mobilisés sans céder aux provocations.
Se réclamant de l’héritage de dialogue et de paix de Félix Houphouët-Boigny, le parti affirme enfin sa volonté de poursuivre son combat en faveur de la liberté, de la démocratie et du droit des Ivoiriens à choisir librement leur avenir.
Maxime KOUADIO








