Après leurs divergences affichées lors de la présidentielle d’octobre 2025, les principales figures de la Gauche ivoirienne tentent de renouer les fils du dialogue. Simone Ehivet Gbagbo, présidente du Mouvement des générations capables (MGC) et Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI) sont ce lundi 1er septembre 2026 au siège du PPA-CI, à Abidjan-Cocody, pour une rencontre consacrée notamment à la réforme de la gouvernance électorale. Prennent part également à cette rencontre les responsables de l’ADCI et de la CAP-CI dont le PDCI-RDA était une figure principale.
La séquence est politiquement symbolique. Divisés par des visions différentes à l’occasion du scrutin présidentiel d’octobre 2025, plusieurs acteurs de la gauche ivoirienne semblent désormais privilégier le dialogue et la recherche de positions communes. L’atmosphère de la rencontre tranche d’ailleurs avec les clivages des derniers mois. Sourires, poignées de main, plaisanteries et échanges détendus ont accompagné les retrouvailles entre les différents responsables politiques. Mais, derrière cette apparente décontraction se joue un dossier particulièrement sensible : l’avenir de la gouvernance électorale en Côte d’Ivoire.
Le gouvernement ivoirien a engagé une réforme de la gouvernance électorale après la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI). Présentée comme un tournant dans l’organisation du système électoral, cette restructuration entend revoir les mécanismes de préparation, de supervision et de contrôle des scrutins.
Le 6 août 2026, dans son traditionnel discours à la nation à la veille de la fête de l’Indépendance, Alassane Ouattara avait présenté cette réforme comme une étape importante vers ce qu’il qualifie de « maturité démocratique ». Le nouveau dispositif doit notamment introduire une séparation plus nette des responsabilités au sein du processus électoral.
La réforme repose ainsi sur trois principaux piliers : l’organisation matérielle des élections, le recensement et la consolidation des suffrages, ainsi que l’observation indépendante de l’ensemble du processus électoral. Pour l’Exécutif ivoirien, l’objectif est clairement affiché : renforcer la transparence des scrutins, restaurer la confiance entre les différents acteurs politiques et consolider durablement le fonctionnement démocratique du pays.
C’est précisément autour de cette nouvelle architecture électorale que les responsables politiques réunis au siège du PPA-CI entendent harmoniser leurs positions. Les discussions portent notamment sur la proposition de loi organique relative à la mise en place du nouvel organe chargé de la gouvernance électorale. Cette concertation pourrait constituer une première étape vers une position commune de plusieurs formations de l’opposition sur une réforme qui touche directement aux règles du jeu électoral.
Dans son adresse du 6 août, Alassane Ouattara avait également lancé un appel à l’union à l’ensemble des Ivoiriens, les invitant à contribuer à cette œuvre de modernisation tout en insistant sur la nécessité du respect des institutions de la République. La rencontre de Cocody s’inscrit donc dans un contexte où pouvoir et opposition sont appelés à se positionner sur les contours du futur système électoral. Pour la gauche ivoirienne, l’enjeu est désormais double : peser sur le contenu de la réforme et, peut-être, retrouver une capacité de coordination après les fractures de 2025.
Reste à savoir si les retrouvailles entre Simone Ehivet Gbagbo, Pascal Affi N’Guessan, le PPACI et les autres composantes de l’opposition déboucheront sur une véritable plateforme politique commune. Pour l’heure, le dialogue est renoué. Et, dans une Côte d’Ivoire déjà tournée vers les prochaines batailles politiques, ce rapprochement n’a rien d’anodin.
Maxime KOUADIO








