Ce n’est pas du tout la sérénité au sein du PDCI-RDA. L’ambiance au cœur du plus vieux parti politique en Côte d’Ivoire polarise encore les attentions ces derniers jours. Cette semaine s’annonce très décisive pour les militants et fidèles de cette formation qui célèbre, depuis le 9 avril dernier, ses 80 ans. Tous les regards sont tournés, en effet, vers la date du jeudi 30 juillet, date à laquelle le tribunal d’Abidjan pourrait rendre son verdict sur une saisine de deux membres du Bureau politique pour invalidation du 9e congrès ayant élu Tidjane Thiam à la tête de ce parti.
A l’approche de cette date, l’actualité est bouillonnante à l’intérieur du PDCI-RDA. Le débat s’anime à nouveau. Au centre de ce débat, l’organisation d’un Bureau politique (le 20e) voulu, convoqué par la direction du parti sous l’impulsion du directeur de cabinet du Président Tidjane Thiam, puis reporté à 48h de l’échéance du samedi 25 juillet fixée. Le jeudi 23 juillet, le même directeur de cabinet de Tidjane Thiam, l’ancien ministre Alain Cocautrey, dans une note en soirée, a annoncé ce report, officiellement pour le respect de la mémoire du vice-président Emile Constant Bombet décédé de façon inattendu la veille, et officieusement sous la pression d’une assignation en justice transmise par un militant du parti, en l’occurrence Charles Tchétché, membre du Bureau politique. Visiblement, les vieux démons qui s’étaient rangés volontairement en mode veille pour fourbir leurs armes dans l’ombre, ont ressurgi à la surface. Les uns s’activent à tenir contre vents et marées ce 20e Bureau politique jugé « très important », quand les autres font des pieds et des mains pour contenir cette réunion présentée comme une autre manœuvre de « passage en force » après le 9e congrès ordinaire attaqué en justice.
Trois membres du Bureau politique, dont Charles Tchétché et Antoine Siaba, qui ont rendu publique leur action, dénoncent, chacun dans sa saisine, les conditions de l’élection de Tidjane Thiam à la tête du PDCI-RDA et réclament l’annulation de cette élection.
En face, les lieutenants de Tidjane Thiam redoutent une possible invalidation du 9e congrès et la mise à l’écart de leur champion. D’ores et déjà, certains avancent l’idée d’une mise sous tutelle en vue du PDCI-RDA par la justice. Pour contrer un verdict allant dans ce sens, la solution est toute pensée. Il s’agit d’organiser un nouveau Bureau politique pour couper l’herbe sous les pieds des adversaires qui contestent à bon droit ou non la légalité du mandat du président du parti. Pour y arriver, point besoin de se crever les méninges. La stratégie a bien marché en 2025, il n’y a qu’à la rééditer, et le tour est joué pour éviter le piège de la justice.
Bis repetita du 9e congrès de mai 2025
Jusqu’en ce moment où nous mettons sous presse, nul ne connait l’objet de l’important Bureau politique que la direction du PDCI entend tenir dans ces jours. Seuls les pontes proches du président Tidjane Thiam ont cet objet en secret. L’argument avancé est simple et simpliste : l’ordre du jour sera donné le jour de la réunion. Soit. Mais, dans les coulisses, ils se murmurent que ce Bureau politique est organisé avec un ordre du jour unique portant sur la convocation d’un congrès extraordinaire, le 10è du genre, avec comme seul élément également à l’ordre du jour la modification des conditions d’éligibilité à la présidence du PDCI-RDA. Pour les initiateurs de ce 20e Bureau politique, le 10e congrès envisagé servira ainsi à supprimer les 10 ans de présence requise au Bureau politique pour être éligible à la tête du parti octogénaire. Pour rappel, c’est sur la base de ce critère que l’élection de Tidjane Thiam est contestée devant la justice. Ainsi, une fois ce critère supprimé, les aficionados de l’actuel président du vieux parti peuvent passer à une deuxième étape. Bis repetita, celle-ci consistera à convoquer, encore et dans l’urgence, le 11e congrès extraordinaire, cette fois avec comme objet, l’élection du Président du parti. Dans la foulée, le président en exercice aura pris le temps de démissionner et de remettre son fauteuil en jeu. Un scénario bien réussi en 2025 où le Bureau politique réuni le 12 mai, a convoqué et tenu le 9e congrès extraordinaire en 48h, le mercredi 14 mai 2025, pour réélire Tidjane Thiam démissionnaire le dimanche 11 mai précédent. Une pirouette mal appréciée et dénoncée faire par une partie des cadres du PDCI-RDA qui y ont vu des manœuvres peu orthodoxes pour faire une OPA sur leur parti. Rebelotte, cette stratégie aura comme effet d’enlever tout objet à la procédure judiciaire en cours. Le 9e congrès attaqué n’étant plus en vigueur pour en juger les décisions.
Le hic, c’est cette logique de démission-réélection dans lequel se complairait Tidjane Thiam à la tête du PDCI-RDA. Si cela arrivait une seconde fois encore, cette stratégie poserait un sérieux problème éthique à la tête du vieux parti. Un fait inédit, ou un candidat, conscient de son inéligibilité, trouve refuge dans des procédures laconique pour échapper aux contours de la justice. En attendant, ce jeudi, que va-t-il se passer au palais de justice d’Abidjan ? Le juge va-t-il rendre son verdict avant les vacances judiciaires ? Si oui, quel sort sera réservé au président du PDCI-RDA qui attend toujours, depuis son séjour prolongé sur les bords de la Seine, d’où il contenu de tenir les rênes de son parti.
Jean Paul N’GORAN








