L’annonce du lancement progressif de la monnaie unique ouest-africaine, l’ECO, à partir de 2027 continue de susciter des réactions sur la scène politique ivoirienne. Dans une déclaration publiée le 29 juillet, le Front populaire ivoirien (FPI) salue le nouveau cap fixé par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), tout en mettant en garde contre les risques d’une réforme monétaire dépourvue d’un calendrier opérationnel précis et d’une stratégie économique plus ambitieuse.
Pour le parti, la décision de la CEDEAO de ne faire entrer dans l’union monétaire, dans un premier temps, que les États respectant les critères de convergence macroéconomique marque une rupture avec les précédentes approches. Cette méthode graduelle est perçue comme un choix plus pragmatique, après plus de vingt ans de reports successifs ayant retardé la concrétisation du projet. Selon le FPI, cette évolution témoigne d’une volonté des dirigeants ouest-africains de privilégier les réalités économiques plutôt que les échéances politiques. Une orientation que le parti estime de nature à renforcer la crédibilité du processus d’intégration monétaire.
Une feuille de route jugée indispensable
Si le parti accueille favorablement cette nouvelle dynamique, il estime toutefois que l’annonce de la CEDEAO reste incomplète en l’absence d’un plan détaillé de mise en œuvre. Le FPI considère qu’une réforme monétaire d’une telle ampleur ne peut se limiter à une déclaration d’intention. Il appelle à la publication rapide d’une feuille de route précisant les différentes étapes de la transition vers l’ECO, notamment la création de la future Banque centrale régionale, son mode de gouvernance, le régime de change envisagé, les mécanismes de constitution des réserves communes, les modalités de conversion des monnaies nationales ainsi que l’adaptation des systèmes bancaires et des moyens de paiement. Pour le parti, la réussite de l’échéance de 2027 dépendra autant de la volonté politique des États membres que de la clarté du dispositif technique et juridique qui accompagnera cette transition.
Tirer des leçons des échecs passés
Le FPI rappelle également que le projet de monnaie unique ouest-africaine a connu plusieurs reports depuis son lancement. Prévu initialement pour 2003, puis successivement repoussé à 2005, 2010, 2015 et 2020, il n’a jamais pu voir le jour en raison des difficultés liées à la convergence économique entre les États, aux divergences politiques et aux arbitrages institutionnels. Dans ce contexte, le parti estime que la prudence affichée par la CEDEAO constitue une réponse aux blocages qui ont longtemps freiné l’intégration monétaire de la région.
Au-delà de la monnaie, l’enjeu de la transformation économique
Le FPI insiste toutefois sur un point qu’il juge fondamental : la réussite de l’ECO ne dépendra pas uniquement de l’existence d’une monnaie commune. Selon la formation politique, l’intégration monétaire ne produira pleinement ses effets que si elle s’accompagne d’une profonde transformation des économies ouest-africaines. Elle souligne que les pays de la région continuent d’exporter essentiellement des matières premières peu transformées tout en important une large part des biens manufacturés qu’ils consomment, une situation qui limite fortement les échanges intra-régionaux. Le parti plaide ainsi pour une politique industrielle ambitieuse, le développement de chaînes de valeur régionales, la transformation locale des ressources naturelles, des investissements accrus dans les infrastructures ainsi que la levée des obstacles qui entravent encore la libre circulation des biens et des services au sein de l’espace communautaire.
Faire de l’ECO un levier de développement
En définitive, le FPI considère que l’annonce de la CEDEAO constitue une avancée importante vers l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest. Mais, souligne-t-il, cette révolution monétaire devra impérativement être accompagnée d’une « révolution productive ». Pour le parti, une monnaie commune ne saurait, à elle seule, créer la prospérité. Elle ne peut produire ses effets que si elle s’appuie sur des économies compétitives, diversifiées et davantage intégrées. C’est à cette condition, estime le FPI, que l’ECO pourra devenir non seulement un symbole de l’unité ouest-africaine, mais également un véritable moteur de croissance et de développement pour la région.
M. KOUADIO








