Les autorités administratives d’Agboville ont lancé une alerte sanitaire après une dégradation soudaine de la qualité de l’eau potable alimentant plusieurs localités de la région de l’Agnéby-Tiassa. Lors d’une réunion d’urgence tenue le lundi 3 août 2026 avec les sous-préfets, les chefs de villages, les chefs de quartiers et les responsables des services techniques, le préfet de région, préfet du département d’Agboville, Sihindou Coulibaly, a attribué cette situation aux activités d’orpaillage clandestin menées en amont du fleuve Agbo, dans la région du Moronou.
Selon le préfet, les premiers signes de cette pollution sont apparus le vendredi 31 juillet, avec un changement spectaculaire de la couleur de l’eau distribuée dans les réseaux d’Agboville, de Grand-Morié, d’Attobrou ainsi que dans les villages de Yapo. « Depuis vendredi dernier, nous avons constaté un changement total de la couleur de l’eau. Les images des drones des Eaux et Forêts montrent que l’eau n’est pas potable, car elle contient du cyanure », a-t-il déclaré.
Les premières investigations menées par les services techniques indiquent que cette forte turbidité serait liée aux activités d’exploitation illégale de l’or dans le Moronou, où le fleuve Agbo prend sa source. Cette pollution compromet la qualité de l’eau destinée à la consommation de milliers d’habitants et remet en cause les importants investissements réalisés par l’État pour améliorer l’accès à l’eau potable dans la région.
Sihindou Coulibaly a rappelé que près de 5 000 kilomètres de canalisations ont été installés dans le cadre du renforcement du réseau d’alimentation en eau, tandis que le coût du branchement a été réduit de 163 000 à 10 000 FCFA afin de favoriser les raccordements des ménages. Plus de 7 000 nouveaux abonnements ont ainsi été enregistrés, pour un investissement global estimé à près de 50 milliards de FCFA dans la région, dont 27 milliards consacrés à la seule ville d’Agboville. « Malgré tous ces efforts, l’orpaillage clandestin en amont continue de polluer la ressource », a-t-il regretté.
Les analyses préliminaires réalisées par l’Office national de l’eau potable (ONEP) confirment l’ampleur de la dégradation. Selon le chef de l’antenne régionale, Soro Nahoua, le taux de turbidité atteint 850 unités, alors que la norme est fixée à cinq unités, soit un niveau 170 fois supérieur à la limite recommandée. Il a précisé que les activités d’orpaillage utilisent notamment du mercure et du cyanure, deux substances reconnues pour leur toxicité et susceptibles d’entraîner de graves conséquences sur la santé humaine.
Les autorités sanitaires mettent également en garde contre les risques liés au recours à des sources d’eau non traitées. En cas d’abandon du réseau public au profit des puits, la montée des eaux pourrait favoriser la propagation de maladies hydriques telles que la typhoïde ou le choléra. Les résultats des analyses complémentaires du Laboratoire national d’appui au développement agricole (LANADA) sont attendus afin de déterminer précisément le niveau de contamination.
Dans l’attente, le préfet a invité les populations à ne plus consommer l’eau du robinet jusqu’à nouvel ordre. Il leur recommande de privilégier l’eau minérale ou celle provenant de forages privés sécurisés, de traiter systématiquement l’eau des puits avant toute consommation et de s’approvisionner auprès des camions-citernes qui seront déployés dans les zones concernées.
Les autorités ont par ailleurs annoncé une nouvelle opération de survol par drones afin d’identifier les sites d’orpaillage clandestin responsables de cette pollution et de faciliter leur démantèlement. Cette nouvelle crise ravive le souvenir de celle de 2024, lorsque les habitants d’Agboville avaient été privés d’eau potable pendant près d’un mois à la suite d’une pollution similaire imputée aux activités d’exploitation illégale de l’or.
G.Z








