Dans la fraîcheur matinale de la forêt du Banco de ce samedi 26 septembre, les baskets ont remplacé les blouses blanches. Ce samedi, marcheurs, amateurs de VTT et adeptes du fitness se sont retrouvés au milieu des arbres pour une matinée pas tout à fait comme les autres. Ici, on vient faire du sport, mais aussi vérifier son état de santé.
À quelques jours de la Journée mondiale du cœur, célébrée le 29 septembre, le ministère de la Santé a choisi l’activité physique pour porter son message de prévention. À travers le Programme national de lutte contre les maladies métaboliques et de prévention des maladies non transmissibles (PNLMM/PMNT), une randonnée a été organisée dans le cadre de la « Semaine du cœur ».
Sur les parcours aménagés, chacun avance à son rythme. Les plus sportifs s’engagent sur les circuits les plus longs. D’autres préfèrent marcher tranquillement. Des séances de fitness et de relaxation complètent le programme. Mais derrière cette matinée sportive se cache une préoccupation sanitaire bien plus large.
À proximité des espaces sportifs, les équipes médicales prennent la tension et proposent des dépistages du diabète. Le contraste est saisissant : pendant que certains participants enchaînent les exercices, d’autres attendent leur tour pour connaître leurs paramètres de santé.
Pour le Dr Adouéni Katché Valéry, directeur coordonnateur du PNLMM/PMNT, c’est précisément l’un des enjeux de la prévention.« Beaucoup de nos frères, beaucoup de nos parents ont la maladie, mais ils ne se sentent pas malades », explique-t-il. Les chiffres qu’il avance donnent la mesure du problème : 39,4 % pour l’hypertension artérielle et 6,2 % pour le diabète. Ces maladies peuvent évoluer sans symptômes apparents avant d’être découvertes à l’occasion de complications. D’où l’importance accordée au dépistage au cours de cette journée.
Le cœur face à la sédentarité
Dans son échange avec les participants, le responsable sanitaire revient également sur un autre phénomène : la sédentarité. Pour lui, l’enjeu n’est pas de transformer chaque Ivoirien en sportif de haut niveau. Il s’agit plutôt d’intégrer progressivement l’activité physique dans les habitudes quotidiennes. La recommandation de l’Organisation mondiale de la santé est de pratiquer 150 minutes d’activité physique par semaine.

Au Banco, les organisateurs veulent montrer que cet objectif peut être atteint progressivement, selon les capacités de chacun. Le parcours est donc volontairement adapté aux différents niveaux. Une manière de rappeler que marcher régulièrement peut déjà constituer un premier pas.
Dans les assiettes aussi se joue la bataille
La prévention ne s’arrête cependant pas à l’effort physique. Dans un autre espace, des spécialistes de la nutrition de l’Institut national de santé publique (INSP) échangent avec les participants.Quels aliments privilégier ? Comment limiter les excès ? Quelle place accorder au sel ? Les questions fusent. Le Dr Adouéni Katché Valéry insiste sur un point : manger équilibré ne signifie pas nécessairement manger cher. L’essentiel est de savoir choisir ses aliments et de limiter certains excès.
La Fondation de l’Institut de Cardiologie d’Abidjan (FICA), également présente, pousse le message un peu plus loin. Sa secrétaire générale, Flora Séka, invite les participants à prendre des engagements concrets : réduire le sel, marcher plusieurs fois par semaine et sensibiliser leur entourage.
Un autre combat : celui des enfants
Pour la FICA, cette journée est aussi l’occasion de rappeler un autre volet de son action : la prise en charge des enfants atteints de maladies cardiaques. Créée en 2007, la fondation soutient l’Institut de Cardiologie d’Abidjan dans l’amélioration du plateau technique, la prévention et la prise en charge des patients.
Flora Séka souligne toutefois les difficultés auxquelles sont confrontées certaines familles. Certaines interventions chirurgicales peuvent coûter plusieurs millions de francs CFA, limitant l’accès aux soins pour des enfants dont les parents ne disposent pas des ressources nécessaires.
Du Banco aux habitudes quotidiennes
Lorsque la matinée touche à sa fin, les participants quittent progressivement les parcours du Banco. Certains repartent après avoir fait du sport, d’autres après un dépistage ou un échange avec un professionnel de santé .L’objectif des organisateurs est désormais que le message ne reste pas dans la forêt du Banco. Car derrière la randonnée et les séances de fitness, c’est un changement d’habitudes que le ministère de la Santé cherche à encourager : bouger davantage, mieux manger et surtout se faire dépister avant que les maladies silencieuses ne deviennent des complications.
Maxime KOUADIO








