L’enquête ouverte après les démolitions survenues le 3 juin au quartier Campement, à Koumassi, se poursuit. Lors d’une conférence de presse, ce mercredi 16 septembre 2026, le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abidjan, Koné Braman, a livré plusieurs éléments sur les auditions menées et sur les responsabilités susceptibles d’être engagées.
Le parquet écarte désormais une première piste : les démolitions ne seraient pas intervenues en exécution de la décision de justice invoquée pour les justifier. Selon le procureur, le juge avait autorisé le déguerpissement de cinq personnes installées sur la parcelle concernée, mais avait en revanche rejeté la demande de démolition des constructions.Plus encore, cette décision n’aurait jamais été signifiée aux cinq personnes concernées.
Le commissaire de justice chargé de cette formalité n’aurait, selon les éléments de l’enquête, pas même reçu l’original de la grosse. « La décision n’a jamais fait l’objet d’exécution », a expliqué Koné Braman, ajoutant que la procureure générale n’avait pas non plus été saisie d’une demande de réquisition judiciaire pour permettre son exécution.
Bacongo entendu sur le plan Orsec
C’est dans ce contexte que le ministre-gouverneur du district autonome d’Abidjan, Cissé Ibrahima Bacongo, a été entendu par le premier président de la cour d’appel d’Abidjan.
Selon le procureur, l’ancien maire de Koumassi a indiqué que les démolitions avaient été réalisées par les services du district dans le cadre du plan Orsec.Une version qui devra encore être confrontée aux autres éléments recueillis par les enquêteurs. « Est-ce que vraiment c’est dans le cadre du plan Orsec que les démolitions ont été opérées ? Est-ce que les conditions de mise en œuvre du plan Orsec ont été observées ? », s’est interrogé le procureur.
Le parquet cherche ainsi à départager les différentes versions concernant l’initiative et la chaîne de décision ayant conduit aux opérations de démolition. « Un, il dit c’est moi, l’autre dit c’est moi, et moi c’est sur la base du plan Orsec », a résumé Koné Braman.
Le député de Gouméré-Tabagne dans le viseur de l’enquête
Autre protagoniste cité dans le dossier : le député de Gouméré-Tabagne. Le procureur a indiqué qu’une procédure était engagée afin de pouvoir l’entendre dans le cadre de l’enquête. Une requête aurait été transmise à la procureure générale, par l’intermédiaire du parquet, afin de saisir le bureau de l’Assemblée nationale et d’obtenir l’autorisation nécessaire à d’éventuelles poursuites.
L’objectif, selon Koné Braman, est de permettre aux investigations de progresser et, le cas échéant, de faire évoluer le statut judiciaire de l’intéressé. Le parquet entend ainsi confronter les différentes déclarations et lever les « contradictions et incohérences » relevées dans le dossier.
Bacongo : pas d’arrestation à ce stade
Interrogé sur une éventuelle arrestation de Cissé Bacongo si son implication venait à être établie, le procureur a rappelé le statut particulier du ministre-gouverneur, présenté comme membre du gouvernement et placé sous l’autorité du Premier ministre.
Pour Koné Braman, la question relève désormais de l’instruction. Si celle-ci établissait une responsabilité du ministre dans des faits commis dans l’exercice de ses fonctions, la procédure applicable serait celle prévue par la Constitution.
Le procureur a notamment invoqué l’article 158, qui confie à la Haute Cour de justice la compétence pour juger le vice-président de la République et les membres du gouvernement pour des faits qualifiés de crimes ou délits commis dans l’exercice de leurs fonctions.
À ce stade, le parquet ne se prononce donc ni sur la responsabilité pénale de Cissé Bacongo ni sur celle du député de Gouméré-Tabagne. « L’instruction qui est en cours » doit encore permettre, selon Koné Braman, de déterminer les responsabilités de chacun.Une chose est cependant acquise pour le parquet : les démolitions du quartier Campement ne peuvent pas être présentées comme l’exécution d’une décision de justice.
La suite de l’enquête devra déterminer dans quelles conditions elles ont été décidées et exécutées, et qui en porte la responsabilité.
Maxime KOUADIO








