À l’occasion de la Messe de la Création célébrée à Abidjan, le Cardinal Ignace Bessi Dogbo a livré une homélie aux accents de réquisitoire contre l’orpaillage clandestin. En s’appuyant sur l’encyclique Laudato Si’ du pape François, l’archevêque d’Abidjan a dénoncé les ravages environnementaux provoqués par la quête effrénée de l’or et appelé l’État à renforcer son action.
Le ton était grave. Face aux atteintes portées aux terres, aux cours d’eau et à l’environnement par l’exploitation aurifère clandestine, le cardinal Ignace Bessi Dogbo n’a pas esquivé la question de la responsabilité publique. « Mais l’État a-t-il le droit de paraître impuissant, pour ne pas dire incapable, face à une activité qui n’est qu’un appendice dans la vie d’un pays et qui, qui plus est, se déclare clandestine ? », a-t-il interrogé dans son homélie.
Cette prise de parole intervient alors que l’orpaillage illégal demeure un sujet majeur en Côte d’Ivoire. Malgré les opérations de démantèlement et les interpellations, les autorités reconnaissent la persistance du phénomène. Le Conseil national de sécurité avait notamment fait état, en juillet 2026, de plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal déguerpis depuis 2021 et de 4 474 personnes déférées devant la justice. Pour le Cardinal Bessi Dogbo, le problème dépasse largement la seule question de l’exploitation minière. Il touche, selon lui, au rapport de l’homme à l’argent et à la création.
Dans son homélie, le Prélat établit un lien entre l’avidité, l’idolâtrie de l’argent et la destruction de l’environnement. « L’avarice est aussi une idolâtrie, dira saint Paul. L’avare est aussi un idolâtre, de la plus grave idolâtrie, qui le met en concurrent de Dieu Créateur et Provident », souligne-t-il.
À ses yeux, celui qui accumule sans partager finit par faire de l’argent une fin en soi. Une logique qui, lorsqu’elle s’étend à l’exploitation des ressources naturelles, peut conduire à des conséquences particulièrement lourdes.
Le cardinal va jusqu’à employer une formule choc pour qualifier les dégâts liés à l’orpaillage : « L’or qui tue n’est pas de l’or. » Il dénonce également une activité qui « souille l’eau », détruit l’environnement et transforme les cours d’eau en espaces pollués. « Cet or brille mais n’est pas de l’or, il est de la boue, de la gadoue. Car tout ce qui brille n’est pas or », affirme-t-il.
Dans son propos, l’archevêque d’Abidjan ne se limite pas à dénoncer les exploitants clandestins. Il appelle à une prise de conscience collective. « Alors, chers frères, enlevons ce poison de notre pays par tous les moyens », lance-t-il aux fidèles.
Le Cardinal identifie ensuite trois combats auxquels chacun devrait prendre part : lutter contre l’idolâtrie de l’argent, redonner à Dieu sa place et développer une solidarité généreuse au service de tous.
Cette approche s’inscrit dans l’esprit de la Messe de la Création, célébrée en communion avec le Saint-Père et inspirée de Laudato Si’, l’encyclique consacrée à la sauvegarde de la « maison commune ». Pour le cardinal, préserver la création ne relève donc pas uniquement d’une préoccupation écologique : c’est également une exigence spirituelle. « Nous sommes plutôt les gardiens », rappelle-t-il, en référence à la responsabilité confiée à l’homme sur la création.
Mais c’est surtout à l’État que le cardinal adresse l’un de ses messages les plus fermes. Il rappelle que la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur l’orpaillage clandestin, notamment en 2019 et en 2023. Selon lui, les avertissements lancés à l’époque n’ont pas empêché le phénomène de prendre de l’ampleur. « Aujourd’hui, cet orpaillage nous met le doigt dans l’œil et se présente comme indéboulonnable », déplore-t-il. Pour le prélat, l’État doit aller plus loin dans la protection des ressources naturelles. « Que l’État sorte l’orpaillage clandestin du pays et protège l’eau, qui est la vie, et protège les hommes et les animaux, et protège notre environnement », plaide-t-il.
Le cardinal ne dédouane pas pour autant les citoyens. Pour lui, la responsabilité est partagée : celle de l’État, mais aussi celle des communautés, des acteurs économiques et de chaque individu. Dans cette veine, il s’oppose à la marchandisation sans limites de la nature. « Un bon gardien ne dort pas, il ne sommeille même pas ; il veille, il est vigilant, il fait la ronde pour détecter la moindre danger », rappelle-t-il.
M.K








