À Yopougon, l’incertitude dure depuis plus d’un an. Dans plusieurs quartiers situés sur le tracé des futures voies de liaison rattachées au 4e Pont d’Abidjan, des habitants affirment avoir été recensés et informés d’un possible déguerpissement lié aux travaux. Mais, depuis les opérations de recensement menées fin 2024 et début 2025, beaucoup disent n’avoir reçu aucune nouvelle sur la suite de la procédure. À quelques jours de la célébration de la fête nationale à Yopougon, l’inquiétude grandit. « Nous avons été informés courant octobre 2024 que notre quartier allait être rasé en raison des travaux du prolongement du 4e Pont qui allaient commencer très bientôt. On nous a même recensés et les agents nous ont dit qu’ils allaient nous rappeler pour recevoir des indemnités de relogement avant de procéder au déguerpissement. Mais, depuis plus d’un an maintenant, nous n’avons pas eu d’informations », témoigne un habitant de Yopougon résidant dans le secteur de Mami Fêtê.
Le même constat est rapporté par un propriétaire de plusieurs maisons mises en location dans la zone concernée. Selon lui, les agents chargés du recensement ont également pris en compte ses locataires et procédé à l’évaluation de certains biens. « Tous les locataires ont été recensés en ma présence. Des estimations de leurs biens ont été faites. Les agents de l’Ageroute nous ont remis des reçus et nous avaient dit qu’on serait informés avant un éventuel déguerpissement. Mais, je n’ai aucune information jusqu’à présent », explique-t-il.
Cette situation aurait même des conséquences sur la gestion des logements. Certains locataires auraient quitté les lieux, craignant d’être surpris par une opération de déguerpissement. Mais selon le propriétaire, les maisons libérées sont rapidement occupées par de nouveaux locataires. « Certains locataires sont partis par crainte d’être surpris par le déguerpissement. Mais, aussitôt que la maison est libérée, d’autres locataires se signalent. Toutes mes maisons sont actuellement occupées », poursuit-il.
Des établissements scolaires se trouvent également dans la zone potentiellement concernée. Un directeur d’école, qui affirme avoir été informé du projet, dit ne pas avoir reçu davantage de précisions depuis. Dans l’attente d’éventuelles instructions, son établissement se prépare même à lancer les inscriptions pour la prochaine rentrée scolaire.
Un projet prévu dans la deuxième phase du PTUA
L’existence d’un projet d’aménagement routier dans cette partie de Yopougon est évoquée dans un document intitulé « Infos du PTUA », produit en octobre 2024 par l’Agence de gestion des routes (Ageroute). Le document s’inscrit dans le cadre de la deuxième phase du Projet de transport urbain d’Abidjan (PTUA). Il prévoit notamment la réalisation de voies de liaison rattachées au 4e Pont d’Abidjan dans la commune de Yopougon.
L’objectif est de connecter le 4e Pont aux autoroutes de Dabou et de la Prison civile, à partir du quartier Yao-Séhi. Le projet est donc appelé à traverser plusieurs secteurs de la commune. Parmi les quartiers cités dans le document figurent notamment une partie de la Sicogi, Niangon Base CIE, Niangon Mami Fêtê, Niangon Nord Extension, Maroc Mati et Bagnon.
Le document précise également que des visites de terrain avaient été effectuées entre le 3 et le 11 septembre 2024 par les techniciens du PTUA, accompagnés du bureau d’études Gau Ingénierie, dans le but de mieux comprendre les enjeux liés aux futures emprises.

Ces éléments expliquent les opérations de recensement évoquées par plusieurs habitants. Mais une question demeure : quel est aujourd’hui le calendrier réel du projet et quand les personnes concernées seront-elles fixées sur leur sort ?
À l’approche de la fête de l’Indépendance, l’inquiétude monte
La question prend une résonance particulière alors que Yopougon s’apprête à accueillir pour la première fois la cérémonie officielle de célébration de la fête de l’Indépendance de la Côte d’Ivoire. Dans les quartiers concernés, certains habitants redoutent que cette échéance ne soit suivie d’une accélération des grands travaux annoncés dans la commune. « Généralement, quand le président arrive dans une localité, de grands travaux sont annoncés. Mais, nous ne savons pas s’ils vont venir nous déloger juste après la fête alors qu’ils n’ont même pas encore trouvé un site pour nous reloger », s’inquiète un habitant.
Pour ces populations, le problème n’est pas seulement de savoir si les travaux auront lieu, mais surtout de connaître les conditions dans lesquelles ils seront réalisés. Après avoir été recensés et avoir vu leurs biens évalués, habitants, propriétaires et responsables d’établissements scolaires disent attendre désormais des informations précises sur la suite du processus.
Le silence prolongé alimente ainsi les interrogations dans les secteurs concernés. D’autant que le document d’information de l’Ageroute consulté par Akwabanews, publié en octobre 2024, constitue à ce jour l’un des éléments publics les plus récents disponibles sur cette partie du projet.
Contactée pour obtenir des précisions sur l’état d’avancement des études, le calendrier des travaux, les emprises définitivement retenues ainsi que les modalités d’indemnisation et de relogement des personnes affectées, l’Ageroute devra permettre de lever les zones d’ombre qui entourent encore ce projet.
En attendant, à Yopougon, des familles continuent de vivre avec une question en suspens : quand faudra-t-il partir et où iront-elles ?
Gaël ZOZORO








