L’affaire Rita Djédjé Grahon Bénédicte, plus connue sous le pseudonyme de « Maman caï caï », prend une nouvelle tournure judiciaire. Dans un communiqué rendu public mercredi 7 octobre, le procureur national financier du Pôle pénal économique et financier a dévoilé les premiers éléments d’une enquête ouverte après plusieurs plaintes visant la promotrice et la société Ivoire Challenge Corporation SARL.
Selon le parquet, une soixantaine de personnes ont porté plainte auprès des autorités. Ces démarches ont été accompagnées de dénonciations diffusées sur les réseaux sociaux, notamment sur Meta et TikTok.
Les plaintes ont été regroupées au sein de la Direction de la Police économique et financière (DPEF), chargée des investigations.
Plus de 320 millions de francs CFA en jeu
Les premiers éléments recueillis par les enquêteurs font état de sommes évaluées provisoirement à 320,701 millions de francs CFA.
Ces fonds auraient été versés par plusieurs personnes dans le cadre de projets immobiliers proposés par Rita Djédjé et Ivoire Challenge Corporation.Problème, selon le parquet : les parcelles proposées aux acquéreurs ne seraient pas la propriété de la promotrice ou de sa société.
Pour attirer les potentiels clients, Rita Djédjé aurait notamment mobilisé l’image de plusieurs personnalités connues du public. Artistes, journalistes, influenceurs et créateurs de contenus apparaissent ainsi dans des vidéos faisant la promotion des différents projets immobiliers.
Le procureur indique que certaines de ces personnalités auraient utilisé leur notoriété pour encourager des acquéreurs à souscrire aux offres, en présentant les projets comme fiables. D’autres auraient relayé les opérations dans des groupes WhatsApp et, selon les investigations, auraient perçu des sommes d’argent pour le compte de Rita Djédjé.
John Jay, Serey Dié et Apoutchou National cités
À l’issue de l’enquête préliminaire, plusieurs personnalités publiques ont été déférées et une information judiciaire a été ouverte.Le communiqué du procureur cite notamment Zahibo Jean, alias John Jay, Serey Dié Geoffroy, Adrienne Koutouan, Agbré Stéphane, alias Apoutchou National, Dali Dago Aristide, alias Pantcho le Gataire, Kouamé Yeelen Virginie, alias Maa Bio, ainsi que Soumahoro Aboubacar, alias Yaka Yaka de Paris.
Ces personnalités figurent parmi les personnes visées par la procédure aux côtés de Rita Djédjé et de la société Ivoire Challenge Corporation SARL.
Le parquet précise que l’information judiciaire concerne également « autres » personnes. Le périmètre exact des responsabilités individuelles devra donc être établi au cours de la procédure.
Association de malfaiteurs, escroquerie et blanchiment
Les qualifications retenues par le parquet sont multiples. Les personnes mises en cause font l’objet de poursuites pour association de malfaiteurs, escroquerie portant sur du numéraire par appel public à l’épargne, abus de confiance, faux et usage de faux commis dans des documents administratifs, complicité d’escroquerie et blanchiment de capitaux.
La procédure s’appuie notamment sur plusieurs dispositions du Code pénal ivoirien ainsi que sur l’ordonnance du 23 novembre 2023 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.
À ce stade, l’ouverture de l’information judiciaire ne préjuge pas de la culpabilité des personnes citées. Il appartient désormais aux magistrats chargés du dossier de déterminer le rôle exact de chacun et de vérifier les faits dénoncés par les plaignants.
Un mandat de dépôt requis contre Rita Djédjé
Le parquet national financier indique par ailleurs qu’un mandat de dépôt a été requis contre Rita Djédjé Grahon Bénédicte. Le procureur justifie cette demande par la gravité des faits et la nécessité, selon lui, de faire cesser le trouble à l’ordre public et d’éviter le renouvellement des infractions présumées.
Dans son communiqué, le parquet assure que toutes les dispositions sont prises pour établir les responsabilités dans cette affaire.
Le parquet alerte sur les investissements promus sur les réseaux sociaux
Au-delà du dossier Rita Djédjé, le procureur national financier profite de cette affaire pour adresser une mise en garde aux particuliers comme aux personnalités publiques.
Les investisseurs sont invités à faire preuve de prudence face aux opérations proposées ou promues sur les réseaux sociaux en dehors des canaux officiels.
Le parquet rappelle également que des dossiers similaires d’escroquerie au moyen d’appels publics à l’épargne ont déjà été enregistrés et que certains sont encore pendants devant les juridictions.
Le message vise particulièrement les personnalités bénéficiant d’une forte audience. Le procureur les met en garde contre l’utilisation de leur notoriété pour promouvoir des opérations susceptibles de donner lieu à des poursuites.
L’affaire Rita Djédjé ouvre ainsi un nouveau chapitre, avec en toile de fond la question du rôle des influenceurs, artistes et autres figures publiques dans la promotion d’investissements immobiliers.
La suite de l’information judiciaire devra permettre de préciser les mécanismes de ces opérations et, surtout, le niveau d’implication de chacune des personnes citées.
Maxime KOUADIO








