La lutte contre la corruption passe aussi par une presse rigoureuse, courageuse et professionnelle. C’est le message porté par Christophe Kouamé, président de CIVIS Côte d’Ivoire, à l’ouverture, lundi 10 août à Yamoussoukro, de l’atelier de formation au journalisme d’investigation anticorruption, organisé dans le cadre du projet « Enquêter pour changer ».
Pendant six jours, du 10 au 15 août 2026, 30 jeunes journalistes et étudiants journalistes sont réunis à l’hôtel Dunia de Yamoussoukro pour renforcer leurs capacités en matière d’enquête et de traitement des affaires liées à la corruption.
À l’ouverture des travaux, Christophe Kouamé a rappelé l’engagement de CIVIS Côte d’Ivoire sur cette thématique depuis 2016. Selon lui, la Côte d’Ivoire s’est progressivement dotée d’un important dispositif législatif et institutionnel de lutte contre la corruption. Mais cet arsenal, aussi important soit-il, ne saurait être pleinement efficace sans le concours d’une presse capable d’enquêter et de mettre en lumière les pratiques susceptibles de porter atteinte aux ressources publiques. « Aucun dispositif ne peut être complet sans une presse rigoureuse, sans une presse courageuse et sans une presse professionnelle », a-t-il insisté.

Le choix de Yamoussoukro pour accueillir cette formation n’est pas anodin, a expliqué le président de CIVIS. La capitale politique est également la ville natale de Félix Houphouët-Boigny, père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne.
S’inspirant de l’héritage de l’ancien président ivoirien, Christophe Kouamé a repris la célèbre formule : « La paix n’est pas un vain mot, c’est un comportement », avant de l’appliquer à la notion d’intégrité.
Pour lui, l’intégrité ne doit pas rester un simple slogan. Elle doit se traduire dans les comportements, notamment dans la pratique journalistique. « Pour nous, l’intégrité est un comportement et c’est précisément ce comportement que le journaliste d’investigation a pour mission d’encourager, de vérifier et, quand il le faut, de défendre », a-t-il déclaré.
Le président de CIVIS a également rappelé les conséquences concrètes de la corruption sur la vie quotidienne des populations. Les ressources publiques détournées, a-t-il souligné, sont autant de moyens qui peuvent manquer aux écoles, aux hôpitaux ou encore aux services d’accès à l’eau potable.

Dans ce contexte, le journaliste d’investigation apparaît comme un acteur essentiel de la transparence et du contrôle citoyen. Durant les six jours de formation, les participants sont appelés à approfondir plusieurs techniques indispensables à la conduite d’enquêtes journalistiques sur la corruption. Le programme prévoit notamment des sessions consacrées au cadre légal et institutionnel de la lutte contre la corruption, à l’analyse de la commande publique, à la méthodologie de l’enquête, à la collecte et à la vérification des faits ainsi qu’à la rédaction journalistique.
Une place importante est également accordée à l’Open Source Intelligence (OSINT), ces techniques permettant de rechercher, recouper et analyser des informations accessibles à partir de sources ouvertes. Pour les organisateurs, l’objectif est de permettre aux jeunes reporters de dépasser le simple traitement de l’actualité pour développer des enquêtes documentées, rigoureuses et susceptibles de révéler des faits d’intérêt public. Christophe Kouamé les a donc invités à profiter pleinement de cette opportunité obtenue avec le soutien de l’Agence française de développement (AFD), à travers Expertise France. « J’espère que vous serez exigeants envers vous-mêmes car enquêter avec vigueur, c’est déjà changer », a-t-il lancé aux participants.
En citant également le juriste américain Louis Brandeis et sa célèbre métaphore sur la lumière comme moyen de révéler les pratiques répréhensibles, le président de CIVIS a ainsi rappelé la responsabilité particulière de la presse dans la construction d’une société plus transparente.
À Yamoussoukro, l’enjeu de cette formation dépasse donc l’acquisition de nouvelles techniques journalistiques. Il s’agit aussi de renforcer une culture professionnelle dans laquelle la recherche des faits, leur vérification et la défense de l’intérêt public constituent des principes fondamentaux.
G.Z








