Le gouvernement ivoirien entend réduire sa dépendance aux importations de produits animaux et halieutiques en renforçant les capacités de production nationale. Présentant la nouvelle stratégie de son département, lundi 26 octobre 2026 à Abidjan-Plateau, le ministre des Ressources animales et halieutiques, Sidi Tiémoko Touré, a affiché un objectif ambitieux : porter le taux de couverture des besoins nationaux de 36 % à 75 % à l’horizon 2030.
Intervenant à l’occasion du troisième numéro des « Grands rendez-vous de l’AIP », autour du thème « Économie animale et économie bleue : la Côte d’Ivoire accélère sa marche vers la souveraineté à l’horizon 2030 », le ministre a mis en lumière les défis auxquels le pays reste confronté en matière d’approvisionnement alimentaire.
« Aujourd’hui, notre production nationale couvre 49 % de nos besoins en viande, 12 % en poisson et 15 % en lait. En 2024, la facture des importations est estimée à 780 milliards FCFA », a-t-il révélé, soulignant l’urgence d’accroître les capacités de production locales afin de réduire cette dépendance extérieure.
Pourtant, le secteur des ressources animales et halieutiques dispose d’atouts considérables. Il génère quelque 700 000 emplois directs et assure les moyens de subsistance de 2,8 millions de personnes. Il contribue également à hauteur de 3 % au PIB agricole et de 1,3 % au PIB national. À cela s’ajoutent une façade maritime de 560 kilomètres et d’importantes ressources en plans d’eau, favorables au développement de la pêche et de l’aquaculture.
Face à ces enjeux, Sidi Tiémoko Touré a indiqué que la stratégie de son département repose sur deux leviers complémentaires : l’économie animale et l’économie bleue. L’ambition est de renforcer l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production jusqu’à l’assiette du consommateur.
Dress ant le bilan de la première Politique nationale de développement de l’élevage, de la pêche et de l’aquaculture (PONADEPA), mise en œuvre sur la période 2022-2025 après son adoption en janvier 2022, le ministre a fait état de progrès significatifs.
La production de viande bovine a ainsi enregistré une hausse de 27 %, pour atteindre 231 000 tonnes. Celle de la volaille a progressé de 35 %, tandis que les filières ovine et caprine ainsi que la production d’œufs de consommation ont également connu des avancées.
L’aquaculture affiche, elle aussi, une évolution notable, avec une production passée de 6 300 tonnes en 2022 à 12 895 tonnes en 2025, soit plus du double en trois ans.
Pour le ministre, ces performances constituent une étape importante dans la transformation du secteur. « Cette politique a permis d’assurer la sécurité alimentaire. Nous passons désormais à la souveraineté alimentaire », a-t-il affirmé, marquant ainsi le changement d’ambition des autorités ivoiriennes.
La deuxième phase de la PONADEPA, couvrant la période 2026-2030, devrait mobiliser une enveloppe globale de 2 000 milliards FCFA. Selon Sidi Tiémoko Touré, 80 % de ce financement sont attendus du secteur privé, dont la participation sera déterminante pour concrétiser les objectifs fixés.
Le modèle retenu privilégie le développement d’agrégateurs et l’émergence de champions nationaux, sur le modèle des dynamiques observées dans la filière anacarde. Cette approche vise à structurer les chaînes de production, à renforcer les capacités des acteurs locaux et à favoriser l’investissement dans des unités de production compétitives.
Le dispositif prévoit également la création de 14 zones de développement de l’élevage et de l’aquaculture à travers le territoire national. Plusieurs entreprises nationales déjà engagées dans les filières lait, volaille, porc et bovin sont appelées à jouer un rôle moteur dans cette nouvelle dynamique.
À travers cette stratégie, le gouvernement entend stimuler la production locale, créer davantage d’emplois, accroître les revenus des acteurs du secteur et réduire progressivement la facture des importations alimentaires.
« La souveraineté est un impératif. Elle doit se faire avec la production nationale mais sans occulter le partenariat extérieur », a conclu Sidi Tiémoko Touré, invitant les Ivoiriens à investir dans un secteur qu’il présente comme un important vivier d’emplois et de richesses.
L’échéance de 2030 constitue désormais un cap majeur pour la Côte d’Ivoire, qui ambitionne de mieux valoriser ses ressources animales et aquatiques afin de garantir durablement son approvisionnement alimentaire.
Philomène AQUOUAMAH








