L’affaire Justin Koné Katinan continue de provoquer des réactions au sein de la classe politique ivoirienne. Dans une publication diffusée lundi, Konan Kouadio Siméon, dit KKS, président d’Initiatives pour la paix (IPP) et ancien candidat à l’élection présidentielle de 2015, revient sur l’arrestation et le placement sous mandat de dépôt du responsable du PPA-CI.
Pour KKS, la procédure engagée contre Koné Katinan soulève plusieurs interrogations, notamment sur l’enchaînement des événements ayant conduit à son incarcération. Il estime que cette affaire, née de propos tenus par le responsable du PPA-CI sur l’orpaillage illégal, dépasse désormais le seul cadre judiciaire.« L’arrestation du ministre Justin Koné Katinan à la suite de ses propos sur l’orpaillage remet en lumière le grand tabou », écrit-il, estimant que la séquence judiciaire actuelle mérite d’être examinée avec attention.
KKS s’interroge sur le déclenchement de la procédureL’ancien candidat à la présidentielle rappelle que la plainte initialement déposée contre Koné Katinan portait, selon lui, sur des propos jugés diffamatoires à l’endroit du pouvoir. Ces déclarations avaient été formulées lors d’une tribune consacrée à la lutte contre l’orpaillage et à ses conséquences en Côte d’Ivoire. Depuis, le dossier a pris une nouvelle dimension avec le placement sous mandat de dépôt de l’ancien ministre.
Pour KKS, cette évolution appelle des explications.« Aurait-on délibérément laissé circuler un individu passible de telles accusations, mettant ainsi en péril la vie des Ivoiriens tout ce temps durant sans la moindre inquiétude pour la sécurité nationale ? », s’interroge-t-il.
KKS pose ainsi la question de la chronologie des faits et de la réponse des autorités. Si les accusations aujourd’hui retenues contre Koné Katinan sont suffisamment graves pour justifier son incarcération, pourquoi n’ont-elles pas, selon lui, donné lieu plus tôt à une intervention de la justice ?
Dans sa déclaration, KKS dénonce ce qu’il perçoit comme une pression croissante exercée sur les voix critiques du pouvoir.« Cette gouvernance à l’épée de Damoclès et au chantage permanent est profondément indigne de la République », affirme-t-il.
Le président d’IPP considère notamment que l’affaire Koné Katinan peut être perçue comme un avertissement adressé à d’autres responsables politiques susceptibles de critiquer l’action gouvernementale.« L’embastillement du ministre Koné Katinan résonne, pour beaucoup, comme un message d’avertissement adressé à l’ensemble des voix critiques de l’action gouvernementale », estime-t-il. Une lecture qui intervient alors que le PPA-CI dénonce, de son côté, les poursuites engagées contre son responsable.
Le camp présidentiel soutient pour sa part la procédure judiciaire et les accusations portées contre l’intéressé.KKS appelle à « faire toute la lumière ».
Pour KKS, la réponse à cette affaire ne devrait pas se limiter à l’action judiciaire. Il appelle plutôt les autorités à apporter des réponses aux interrogations suscitées par le dossier.« Si le RHDP souhaite définitivement laver son honneur et clore ce débat qui empoisonne la cohésion sociale, la solution la plus simple ne réside pas dans l’action pénale, mais dans le respect de ses propres promesses de vérité », écrit-il.
L’ancien candidat estime que l’incarcération de Koné Katinan ne suffira pas à faire disparaître les interrogations présentes dans une partie de l’opinion.« Faute d’offrir la vérité, le parti au pouvoir pourra multiplier les maisons d’arrêt, mais il ne parviendra pas à éteindre le doute méthodique qui habite la conscience nationale », affirme-t-il.
Tout en contestant la manière dont l’affaire est conduite, KKS assure ne pas vouloir remettre en cause l’autorité de l’État.« Il ne s’agit nullement ici de faire preuve de défiance envers l’autorité républicaine, mais d’inviter l’appareil d’État à la hauteur de vue », précise-t-il.Il appelle ainsi à éviter que l’affaire Koné Katinan ne contribue à accentuer davantage les tensions politiques en Côte d’Ivoire.
« Pour l’avenir de la Côte d’Ivoire, pour nos enfants et petits-enfants, le silence n’est plus une option », conclut-il, avant de lancer une mise en garde : « À trop tirer sur la corde, elle finit par se casser. ».
Avec cette nouvelle sortie, KKS choisit donc de placer l’affaire Koné Katinan sur le terrain de la gouvernance, de la justice et de la liberté de critique politique. Une manière, pour lui, de demander que la procédure engagée contre le responsable du PPA-CI soit clarifiée et que les interrogations qu’elle suscite ne soient pas simplement évacuées par la voie judiciaire.
Maxime KOUADIO








