À l’occasion du 5ᵉ Salon des infrastructures d’Abidjan (SIA 2026), PORTEO réaffirme son engagement en faveur d’un BTP plus durable, innovant et respectueux de l’environnement. Dans cette interview, le Directeur général du groupe, M. Gérard Kouassi, revient sur sa stratégie de transition écologique, son modèle intégré, la digitalisation de ses activités et son rôle dans le développement des infrastructures en Afrique. Il évoque également ses investissements dans la formation, la valorisation des compétences locales et l’accompagnement des PME, avec l’ambition de concilier performance économique et responsabilité environnementale.
Quelle place accordez-vous aux énergies renouvelables dans vos projets et vos chantiers ?
La transition énergétique n’est pas un sujet à part chez PORTEO, elle fait partie de notre modèle intégré, de l’étude à l’exploitation. C’est ce qui nous a conduits à obtenir, en Côte d’Ivoire, la certification ISO 14001, qui structure notre gestion environnementale sur l’ensemble de nos chantiers : maîtrise de la consommation d’énergie, gestion des ressources, réduction des nuisances. Notre conviction est simple, l’énergie propre doit devenir un standard de chantier, au même titre que la sécurité ou la qualité. C’est une trajectoire que nous poursuivons, chantier après chantier.
Avez-vous un projet concret qui illustre votre engagement en faveur de la transition écologique ?
Nous n’avons pas un chantier unique à mettre en avant, mais un principe que nous appliquons partout : rien ne se jette sans y avoir réfléchi deux fois. Sur nos chantiers routiers, la terre excavée est autant que possible réemployée en remblai, et les matériaux de démolition reconcassés plutôt qu’envoyés en décharge. Le BTP est un secteur qui, par nature, transforme le paysage, nous ne le nions pas. Notre responsabilité est de réparer ce que nous déplaçons. Sur certains tracés où la construction d’une route a nécessité d’abattre des arbres, nous avons engagé des actions de reforestation en compensation, avec le concours de notre partenaire Eaux et Forêts : le reboisement des zones d’emprunt exploitées sur le projet Zuénoula – Béoumi, ou encore la végétalisation des abords de la route Zuénoula – Daloa, en Côte d’Ivoire. C’est une trajectoire, pas un totem : nous généralisons ces pratiques sur l’ensemble de nos chantiers, dans tous les pays où nous opérons, notamment au Bénin, sur le dédoublement de la route Sémé – Porto-Novo, celui de la voie Akassato – Allada, ou encore la route Parakou – Béroubouay, toujours aux côtés du partenaire Eaux et Forêts.
Peut-on construire davantage d’infrastructures en Côte d’Ivoire tout en réduisant l’empreinte environnementale des chantiers, et comment si oui ?
Oui, et c’est précisément le pari du thème retenu pour le SIA 2026 : digitalisation, économie circulaire et gestion durable des ressources. Le numérique est le fil conducteur qui rend les deux autres piliers mesurables et pilotables. Avec une maquette numérique partagée entre les équipes de conception et de chantier, on détecte les conflits de plans avant de couler le premier mètre cube de béton : moins d’erreurs, moins de reprises, donc moins de matériaux gaspillés.

Les expériences du Rwanda et du Kenya sur la digitalisation du foncier et des permis montrent qu’un même mouvement est possible en Afrique ; il doit maintenant passer à l’échelle, y compris sur son volet environnemental.
Quels investissements votre entreprise est-elle prête à consentir pour rendre ses chantiers plus écologiques ?
Nous ne raisonnons pas sur cette question en termes de montant ponctuel, mais de trajectoire continue. L’investissement environnemental n’est pas une variable d’ajustement, il est intégré à notre modèle, au même titre que la certification ISO 14001 que nous avons obtenue en Côte d’Ivoire. Chaque chantier est une occasion d’aller un peu plus loin, sur la gestion des ressources, la réduction des nuisances, la formation de nos équipes aux bonnes pratiques. C’est une discipline de long terme, pas une opération de communication.
Si vous deviez adresser un message aux entreprises du secteur du BTP qui hésitent encore à s’engager dans la transition écologique, que leur diriez-vous ?
Je leur dirai que le mouvement est déjà engagé, et qu’il vaut mieux le prendre en marche que le subir plus tard. Les besoins en infrastructures explosent sur le continent, les budgets sont contraints, on ne peut plus se permettre de construire, de gaspiller, puis de corriger. Le numérique et les pratiques durables ne sont pas des options réservées aux grands groupes, ce sont des leviers de compétitivité accessibles, à condition d’être accompagnés. Chez PORTEO, nous pensons que les grandes entreprises du secteur ont un rôle à jouer pour entraîner les PME dans cette dynamique. Personne n’y arrivera seul.
PORTEO revendique une maîtrise de toute la chaîne, de l’étude à l’exploitation – en quoi ce modèle intégré change-t-il concrètement la donne pour un maître d’ouvrage ?
Ce qui nous distingue, c’est notre modèle intégré, allant de l’étude à l’exploitation. Peu d’acteurs africains maîtrisent toute la chaîne, de la conception à l’exploitation, nous, si. Ce choix a un coût au départ, mais il nous donne une capacité que peu d’autres ont : la maîtrise de la qualité et du délai de livraison.
PORTEO BTP, filiale historique du Groupe, a obtenu la triple certification ISO 9001, 14001 et 45001 en Côte d’Ivoire – qu’est-ce que cela change dans la gestion quotidienne d’un chantier ?
Concrètement, cela signifie des procédures documentées et auditées à chaque étape : contrôle qualité systématique, gestion environnementale du chantier, déchets, nuisances, ressources, et protocoles de santé-sécurité pour nos équipes. Ce certificat ne constitue pas un simple document à afficher : il représente un véritable cadre de référence qui structure notre travail au quotidien, favorise notre amélioration continue et renforce notre capacité à nous positionner sur les projets d’envergure des sous-régions ouest africaine et centrale.
Avec 17 filiales et une présence dans 7 pays, comment PORTEO organise-t-il le partage d’expertise et de bonnes pratiques entre ses différentes entités ?
Par la gouvernance, d’abord. Chaque direction du Groupe, QHSE, technique, ressources humaines, finance, est représentée dans chaque pays où nous opérons, et chaque pays a son directeur général. Un responsable QHSE au Bénin ou au Gabon applique donc la même politique que son homologue en Côte d’Ivoire, avec les mêmes exigences. C’est ce qui aligne directement la stratégie du Groupe et son exécution sur le terrain, sur toutes les fonctions, stratégiques comme support. Ensuite, par les outils.

Nos procédures sont communes et nos chantiers sont suivis avec les mêmes outils de reporting, quel que soit le pays. C’est très concret : cela veut dire qu’un chantier se pilote de la même manière à Abidjan, à Cotonou ou à Libreville, et qu’un retour d’expérience utile ne reste pas dans le pays où il a été fait. Enfin, par les standards, et la certification en est la preuve : triple certification ISO 9001, 14001 et 45001 en Côte d’Ivoire, démarche engagée dans les autres pays, à commencer par le Bénin avec un audit de certification QSE initial prévu en décembre prochain. Divers par nos implantations, unis par les mêmes méthodes et les mêmes exigences.
Un projet comme le pont de Porto-Novo est présenté comme un des leviers de désenclavement – comment PORTEO mesure-t-il l’impact réel d’une infrastructure sur une économie locale ?
Notre impact se mesure dans la vie économique des territoires : des échanges fluidifiés, des régions désenclavées, des PME locales soutenues, du foncier valorisé, de l’emploi local structuré. Le pont de Porto-Novo, par exemple, ramène à quelques minutes un trajet qui prenait plus d’une heure entre la capitale et son port, ce sont ces gains concrets, dans le quotidien des populations, qui nous importent le plus.
La route d’Assinie est citée comme un projet structurant pour le tourisme et la mobilité régionale – un chantier ivoirien illustre-t-il la même logique ?
C’est justement le cas : la route d’Assinie améliore la connexion entre Abidjan, Grand-Bassam et Assinie, et soutient à la fois le tourisme, la mobilité régionale et le développement économique de tout le littoral. C’est une bonne illustration, ici même en Côte d’Ivoire, de ce que nous entendons par infrastructure qui transforme le quotidien.
Le BIM permettrait de réduire les coûts de 15 à 20 % et les délais de 20 à 30 % selon les retours internationaux cités dans votre présentation – PORTEO a-t-il commencé à l’expérimenter sur ses propres chantiers ?
Le BIM, c’est la maquette numérique du chantier avant qu’il ne sorte de terre : elle permet de voir les problèmes sur écran plutôt que sur le terrain. Les gains observés au Maroc, 15 à 20 % sur les coûts, 20 à 30 % sur les délais, nous confortent dans l’idée que ce n’est pas un gadget mais un outil de performance. Nous sommes en train d’engager progressivement nos équipes sur ce terrain : notre ambition est claire, ne pas rester spectateurs de cette transformation, et l’intégrer à notre tour dans les prochaines années.
Vous identifiez le coût des outils et le manque de compétences locales comme des freins majeurs à la digitalisation des PME du secteur – quel rôle concret PORTEO peut-il jouer pour accompagner ses propres sous-traitants sur ce terrain ?
C’est un des cinq (5) leviers que nous avons identifiés pour passer à l’échelle : accompagner les entreprises, en particulier les PME, par la mutualisation d’outils, des aides ciblées et une meilleure connectivité sur les chantiers. Les grandes entreprises comme la nôtre ont un rôle d’entraînement à jouer auprès de leurs sous-traitants, c’est une responsabilité que nous assumons pleinement, aux côtés de la formation locale et d’un cadre réglementaire plus clair.
La Côte d’Ivoire a lancé SIGFU, SIGOMAP et l’IDUFCI pour digitaliser le foncier et les marchés publics – en tant qu’acteur majeur du BTP, comment PORTEO s’articule-t-il avec ces plateformes publiques ?
Il nous arrive de consulter le SIGFU avant d’engager un chantier, pour sécuriser la situation foncière du terrain. Ce qui nous intéresse au-delà de l’usage, c’est la logique d’interconnexion : plus ces plateformes se parlent entre elles, moins nos équipes perdent de temps à chercher la même information à plusieurs endroits. C’est un gain de fiabilité autant que de rapidité, et nous sommes prêts à faire remonter notre expérience de terrain pour continuer à les améliorer.

Nous sommes d’ailleurs bien inscrits sur ces différentes plateformes : nous avons par exemple récemment soumissionné, via le SIGOMAP, à un appel d’offres du Fonds d’Entretien Routier, et avons été retenus pour la réhabilitation du tronçon Thomasset-Moapè.
PORTEO met en avant des partenariats avec l’INP-HB et le lycée professionnel de Jacqueville – quels métiers ou compétences ciblez-vous en priorité à travers ces formations ?
Nous avons des besoins précis en compétences techniques : génie civil, VRD, topographie, conduite de travaux. C’est naturellement vers ces filières que nous orientons, au sein de PORTEO BTP, notre soutien à l’INP-HB et au lycée professionnel de Jacqueville. Notre logique n’est pas de financer une formation et de s’arrêter là : c’est un investissement de long terme, en cohérence avec notre Fondation, qui porte l’éducation, la santé et l’insertion professionnelle des jeunes.
Avec plus de 10 000 collaborateurs dont 5 900 en Côte d’Ivoire, quelle est la part de compétences locales dans vos équipes techniques, notamment sur les nouveaux métiers du numérique (BIM manager, topographie par drone) ?
Sur les métiers historiques du BTP, génie civil, conduite de travaux, la part de compétences locales est déjà très élevée : nous sommes plus de 10 000 collaborateurs, dont 5 900 en Côte d’Ivoire. Sur les métiers numériques comme le BIM ou la topographie par drone, ce sont des compétences encore rares sur le marché ouest-africain, pour PORTEO comme pour le reste du secteur, et nous n’avons pas encore de données précises pour les quantifier en interne. Notre philosophie reste la même : faire émerger ces compétences localement plutôt que les importer, notamment à travers nos partenariats de formation avec les écoles.
Par Ismaël DIABY








