Que se passe-t-il réellement entre le PDCI-RDA et les autres mouvements et partis politiques de l’opposition ivoirienne ? Alors que l’ensemble des forces de l’opposition tente d’accorder leurs violons pour faire un front uni et présenter une contre-proposition solide face au pouvoir concernant le nouvel organe électoral – appelé à succéder à la Commission Électorale Indépendante (CEI) dissoute –, le parti doyen donne une nouvelle fois l’impression de vouloir marcher en solitaire.
Le PDCI-RDA ne participe pas aux concertations globales initiées par l’opposition, des rencontres initiées notamment par l’ex-Première Dame, Simone Ehivet Gbagbo, présidente du Mouvement des Générations Capables (MGC). Celle-ci a dû adapter sa démarche en échangeant séparément avec la direction du PDCI-RDA d’un côté, et avec les autres dirigeants de l’opposition de l’autre dans l’optique d’aboutir à des retrouvailles de l’ensemble de cette opposition pour faire une proposition commune et parler d’une même voix face au pouvoir.
À l’issue de ces concertations sectorielles, Simone Gbagbo et plusieurs états-majors de la gauche et du centre sont parvenus à bâtir une dynamique unitaire. Ce lundi 5 octobre 2026, une délégation emmenée par Pascal Affi N’Guessan, porte-parole de cette coalition regroupant le MGC, le Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo, le FPI, le COJEP de Charles Blé Goudé, le mouvement d’Ahoua Don Mello et l’ADCI d’Antoine Assalé Tiémoko, a remis au gouvernement une proposition commune en deux volets. Un texte unique, fruit de plusieurs semaines de fusion de leurs cahiers de revendications.
De son côté, malgré les démarches répétées de Simone Gbagbo pour l’associer à cette dynamique, le PDCI-RDA a fait le choix de déposer sa propre proposition en solitaire, gardant la primeur de son contenu.
Un parcours marqué par des revirements déroutants
Cette posture isolée s’inscrit dans une série de repositionnements du PDCI-RDA qui déroutent l’opinion. Le parti de Tidjane Thiam avait d’abord contribué à la création de la Coalition pour l’Alternance Pacifique (CAP-CI) aux côtés du FPI, du MGC, du COJEP et d’autres partis, dont il a assuré le leadership un temps pour réclamer la transparence et l’équité dans le processus électoral à l’approche de la présidentielle d’octobre 2025. En cours de route, le même parti s’était retrouvé dans une autre alliance avec le PPA-CI au sein du « Front Commun » pour mener la bataille de l’éligibilité de leurs leaders, mais également de l’équité du scrutin.

Aujourd’hui, le Front Commun s’est volatilisé et le PDCI-RDA ne se retrouve ni à gauche, ni à droite, hors de la CAP et hors du Front Commun. Qui plus est, c’est ce même parti qui choisit de nouveau de faire bande à part au moment crucial de trouver une formule commune pour la réforme électorale.
La fracture parlementaire : un boulevard offert au pouvoir ?
En se mettant à l’écart, le PDCI-RDA met l’opposition ivoirienne dans une posture inconfortable. En effet, les choses semblent mal engagées pour l’opposition, alors qu’une union sacrée dès le départ lui aurait donné un poids considérable face à la toute-puissance du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) d’Alassane Ouattara.
Cette division risque d’avoir des conséquences regrettables sur le terrain institutionnel pour cette opposition. Le PDCI-RDA est en effet le seul parti de l’opposition à disposer d’un groupe parlementaire significatif à l’Assemblée nationale pour défendre des textes de loi.
Telle que les choses sont parties, il n’est point évident que de nouvelles rencontres avec tout l’ensemble de l’opposition puissent se tenir pour fusionner la proposition du PDCI-RDA avec celle du reste de l’opposition. Il faut donc s’attendre à voir le PDCI-RDA défendre sa propre ligne dans l’hémicycle, tandis que le bloc des partis extra-parlementaires – porteurs de la proposition unifiée déposée ce jour par Pascal Affi N’Guessan – ne disposera d’aucun député pour faire entendre sa voix lors des débats parlementaires.
Pour le pouvoir en place, cette opposition morcelée constitue du « pain béni ». Face à deux propositions concurrentes et une opposition incapable de s’entendre sur une stratégie à l’Assemblée nationale, le RHDP aura toute la latitude pour faire passer ses propres arbitrages et obtenir un organe électoral à sa guise.
Démarcation idéologique : la crainte d’être le « parent pauvre » ?
Au-delà de ce qui transparait comme des querelles d’appareils, une lecture plus stratégique émerge. A travers ce choix d’isolement, le PDCI-RDA ne cherche-t-il pas à se distinguer nettement du bloc d’en face ? Lorsque l’on observe la composition de la coalition menée par Simone Gbagbo et Pascal Affi N’Guessan, elle regroupe quasi-exclusivement la grande famille recomposée de l’ancienne gauche socialiste. Le PPA-CI, le FPI, le MGC, et le mouvement de Ahoua Don Mello étant tous les anciens camarades du FPI disloqué, qui formait avec le Cojep le bloc socialiste, auxquels s’associe le mouvement centriste, l’ADCI, d’Assalé Tiémoko.

Dans cet ensemble à forte dominante sociale-démocrate et souverainiste, le PDCI-RDA – parti libéral de centre-droit, d’héritage houphouëtiste – risquait-il d’être idéologiquement noyé et de devenir le « parent pauvre » d’un bloc dominé par les héritiers du FPI historique ? En refusant d’aligner son projet sur cette plateforme, le parti de Tidjane Thiam semble vouloir affirmer sa spécificité, sa culture de gouvernement et son leadership naturel en tant que principale force parlementaire de l’opposition.
À quel jeu joue donc le PDCI-RDA ?
Une interrogation centrale demeure. A quel jeu joue réellement le PDCI-RDA de Tidjane Thiam ? Pourquoi le parti doyen n’arrive-t-il pas à faire fusion avec l’ensemble de l’opposition pour continuer à mener le combat commun en faveur de conditions électorales équitables ?
Ce mardi, le porte-parole du PDCI-RDA sera face à la presse. Une tribune qui sera capitale pour éclairer l’opinion sur les tenants et aboutissants de cette ligne stratégique. L’honorable Brédoumy Soumaïla saura-t-il dissiper l’impression d’une opposition fragilisée ? Justifiera-t-il ce démarquage vis-à-vis du bloc socialiste ? Laissera-t-il entrevoir la possibilité d’un rattrapage de dernière minute pour harmoniser le texte du PDCI avec celui déposé par Pascal Affi N’Guessan et ses alliés ? Réponse ce mardi face aux journalistes. Akwabanews.ci sera au rendez-vous !
Félix D.BONY








