La recomposition de l’opposition ivoirienne se dessine-t-elle déjà autour du futur organe chargé des élections ? Réunis ce mardi 1er septembre 2026, au siège du PPA-CI, plusieurs partis et groupements politiques ont posé les bases d’une plateforme commune. Une absence, toutefois, n’est pas passée inaperçue : celle du PDCI-RDA. Aucune figure du parti de Tidjane Thiam n’a été aperçu autour de la table.
Les discussions de ce jour entre les dirigeants de l’opposition politique significative réunis a porté sur la future architecture électorale prennent une nouvelle tournure. Alors que le gouvernement s’est engagé dans la mise en place d’un nouvel organe appelé à succéder à la Commission électorale indépendance (CEI), ex-dispositif de gestion des élections, plusieurs formations de l’opposition cherchent à faire entendre une voix commune.
À l’initiative de responsables politiques réunis autour du projet de Haut Conseil électoral (HCE), une rencontre s’est tenue, mardi 1er septembre, au siège du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI). Les participants avaient auparavant sollicité une audience auprès de Laurent Gbagbo. Le référent politique du PPA-CI a instruit la direction du parti de les recevoir.
Autour de la table figuraient notamment Simone Ehivet, pour le MGC, Éric Kahé de l’AIRD, Paul-Hervé Agoubli d’Objectif République, Yavo Martial du Cojep et Assalé Tiémoko, président de l’ADCI. La délégation de la CAP-CI était conduite notamment par Affi N’Guessan, du FPI, ainsi que Dinignako Coulibaly, Gbamenin Tra Bi et Abizi Tanoh.
Vers une position commune
Au-delà des échanges sur les contours du futur organe électoral, les participants ont affiché leur volonté de dépasser les initiatives individuelles. Leur objectif : élaborer un document commun définissant leur vision de la nouvelle institution appelée à organiser les élections en Côte d’Ivoire.

D’autres réunions doivent suivre afin de préciser les propositions et d’arrêter une stratégie commune. Une démarche qui pourrait, à terme, donner naissance à un nouveau pôle de discussion au sein d’une opposition déjà traversée par plusieurs lignes de fracture. Mais derrière cette volonté d’unité, une absence a particulièrement retenu l’attention : celle du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA).
Le PDCI et le PPA-CI, de l’alliance aux tensions
Il y a encore quelques mois, le PDCI et le PPA-CI apparaissaient comme les deux principales composantes d’un front d’opposition capable de peser sur le débat politique national. Les deux formations avaient notamment uni leurs forces au sein du Front commun, constitué autour de la défense des droits politiques de Laurent Gbagbo et de Tidjane Thiam, après leur éviction de la course présidentielle. Des meetings et des marches avaient alors rythmé leur mobilisation contre le quatrième mandat d’Alassane Ouattara. Sur le terrain électoral, les deux partis avaient également conclu des accords et présenté des candidatures communes lors de précédents scrutins législatifs et municipaux.
Cette proximité semble aujourd’hui avoir perdu de son éclat.
Les dernières sorties publiques de responsables des deux camps témoignent d’un climat nettement plus tendu. Dimanche 30 août, lors d’une rencontre à Yopougon, Dia Houphouët, figure du Front commun dans les rangs du PDCI, s’en est pris au PPA-CI, lui reprochant notamment de ne pas respecter certains engagements pris dans le cadre de leur alliance. La réponse ne s’est pas fait attendre. Danon Djédjé, ancien ministre de l’Intérieur et cadre du PPA-CI, a publiquement recadré le responsable politique, l’appelant notamment à davantage d’humilité dans ses prises de parole. Dans le camp présidentiel comme chez certains proches du PPA-CI, des accusations plus sévères ont même été formulées, certains allant jusqu’à soupçonner Dia Houphouët de se rapprocher du RHDP par l’intermédiaire d’Adama Bictogo, député-maire de Yopougon.
Une opposition à plusieurs vitesses
Dans ce contexte, l’absence du PDCI à la réunion consacrée au futur organe électoral prend une dimension politique particulière. Elle intervient au moment où les deux principales formations de l’opposition semblent s’éloigner l’une de l’autre. D’un côté, le PPA-CI tente de fédérer autour de lui plusieurs formations et groupements politiques. De l’autre, le PDCI semble suivre sa propre trajectoire, alors même qu’il traverse lui aussi des tensions et des débats internes. S’agit-il d’une simple divergence de calendrier ou du signe d’une rupture plus profonde entre les deux anciens partenaires du Front commun ?
Nos tentatives pour en savoir davantage auprès des dirigeants du PDCI-RDA ont été vaines. Seul un haut cadre a tenté de justifier en invoquant la rencontre que la présidente du MGC, Simone Ehivet Gbagbo, a eu le 1er juillet passé avec le Secrétariat exécutif du parti. « Mme Gbagbo a commencé sa tournée par le PDCI-RDA le 1er juillet », a-t-il indiqué. Sauf que la rencontre au siège du PPA-CI, au regard des participants, ne semble rien à avoir avec une tournée dans les états-majors politique de la présidente du MGC.
Il est certes encore trop tôt pour trancher. Mais la séquence actuelle confirme une réalité : l’opposition ivoirienne peine difficilement à parler d’une seule voix. Et le futur organe électoral pourrait bien devenir l’un des premiers tests grandeur nature de cette nouvelle configuration. Alors que les discussions sur sa composition, ses prérogatives et son indépendance s’annoncent décisives, la capacité des différents partis d’opposition à s’accorder sur une plateforme commune sera scrutée de près. Pour l’heure, une image domine : celle d’un PPA-CI entouré de plusieurs formations politiques, mais sans son principal allié d’hier. Le PDCI, grand absent de cette rencontre, pourrait ainsi être en train de tourner une nouvelle page de ses relations avec le parti de Laurent Gbagbo. Lequel, dans une déclaration plus tôt, dans la matinée, en réaction à la sortie musclée de l’ex-député Dia Houphouët, a réaffirmé son attachement à la bonne entente entre formations politiques.
Maxime KOUADIO








