L’ancien président de l’Assemblée nationale a animé, samedi 29 août, une conférence publique consacrée à la doctrine de Générations et peuples solidaires (GPS), son mouvement politique qu’il tente de remettre en scelle. Depuis son exil, Guillaume Soro entend désormais structurer la diffusion de cette pensée politique auprès de ses militants et préparer les prochaines étapes de son projet.
Pendant près de trois heures, Guillaume Kigbafori Soro a déroulé sa vision politique. Ce samedi, l’ancien président de l’Assemblée nationale a consacré une conférence publique à la doctrine de Générations et peuples solidaires (GPS), autour du thème : « Libéralisme, socialisme et mériquité : qui doit quoi à qui ? ». Une rencontre au cours de laquelle il a également détaillé les contours de la « dette, du mérite et de la transmission améliorée », présentés comme des piliers de cette nouvelle doctrine.
L’ancien chef du Parlement ivoirien a placé la lutte contre la corruption au cœur de son intervention. À ses yeux, ce phénomène constitue l’une des principales menaces pesant sur la stabilité et l’avenir de la Côte d’Ivoire. Pour illustrer son propos, il s’est appuyé sur l’histoire de la Chine et la chute de la dynastie Qing, qu’il relie notamment aux effets de la corruption sur l’administration et l’armée.
Dans la pensée défendue par Soro, la « mériquité » se veut l’antithèse de la corruption et du détournement du mérite. L’objectif affiché est de construire un système dans lequel les compétences et les efforts individuels seraient reconnus sur la base de règles publiques et vérifiables.
Interrogé sur les moyens de combattre le népotisme et le favoritisme, l’ex-président de l’Assemblée nationale a insisté sur trois principes : écrire les règles, les rendre publiques et permettre leur vérification. Une méthode qui, selon lui, devrait empêcher que le mérite soit « volé ».
Soro assure toutefois que certaines mesures concrètes ne seront dévoilées qu’au moment opportun. Il dit vouloir éviter que les propositions de GPS soient récupérées avant leur publication officielle.
Sur le plan idéologique, Guillaume Soro refuse de placer GPS dans le sillage classique du libéralisme ou du socialisme. La « mériquité » serait, selon lui, une voie propre à la Côte d’Ivoire, inspirée de son histoire, de ses réalités sociales et de la civilisation africaine.
L’ancien Premier ministre cite plusieurs penseurs africains ayant tenté de bâtir des alternatives aux grands courants idéologiques importés : Kwame Nkrumah et son « conscientisme », Julius Nyerere et l’« ujamaa », ou encore Léopold Sédar Senghor et sa réflexion sur un socialisme adapté aux réalités africaines.
Soro reconnaît que GPS ne prétend pas détenir une doctrine définitive. Il présente au contraire la « mériquité » comme une proposition soumise au débat et à la critique des Ivoiriens.
Au-delà de la conférence, l’ancien président de l’Assemblée nationale a fixé une feuille de route à ses cadres. Il leur a demandé de s’approprier la doctrine et de la porter auprès des différentes bases de GPS.
La commission chargée de la formation et des livres devra ainsi organiser des séminaires et des conférences destinés à vulgariser la « mériquité ». Guillaume Soro a notamment annoncé l’intervention prochaine du professeur Franklin Yamsi sur le thème « Mérité et tradition africaine ». D’autres cadres devraient ensuite prendre le relais lors de rendez-vous réguliers.
L’objectif est clair : transformer la doctrine en outil de formation politique et en langage commun pour les militants de GPS.
Guillaume Soro a également annoncé la poursuite de la rédaction du projet de société de GPS. Selon lui, ce travail avait déjà été entamé en 2019 et doit désormais être approfondi avant la préparation du programme de gouvernement.
Un ouvrage de référence consacré à la doctrine est également annoncé. Il devrait notamment revenir sur différentes expériences de pensée politique africaine et les mettre en perspective avec la « mériquité ».
Depuis son exil, Soro cherche ainsi à donner une architecture plus précise à son mouvement, en passant de la contestation politique à la construction doctrinale. La prochaine étape consiste désormais à faire descendre cette pensée dans les structures de GPS, en multipliant les sessions de formation et les conférences.
Une manière, pour l’ancien chef du Parlement, de maintenir ses troupes mobilisées et de préparer, à distance, le terrain politique ivoirien.
Maxime KOUADIO








