À l’occasion de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, Michel Gbagbo, ex-député de Yopougon et cadre du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), a livré un message particulièrement critique à l’égard de la gouvernance actuelle. Dans une déclaration intitulée « Le cri de l’émancipation et le combat de Laurent Gbagbo contre les mirages », il a dressé un tableau sombre de la situation politique, économique et sociale du pays, avant de saluer l’héritage politique de l’ancien président Laurent Gbagbo.
S’adressant aux Ivoiriens, Michel Gbagbo a estimé que la fête nationale devait être un moment de lucidité plutôt que de célébration. « Nous sommes rassemblés non pas pour nous bercer d’illusions, mais pour regarder la réalité en face, dans toute sa vérité nue et sa cruauté », a-t-il déclaré en ouverture de son message.
L’ancien parlementaire a dénoncé ce qu’il présente comme une confiscation du pouvoir politique. Évoquant « une succession médiévale où le pouvoir se transmettait de main en main », il s’est interrogé : « Sommes-nous les sujets d’un royaume ou les citoyens libres d’une république moderne ? »
Michel Gbagbo est également revenu sur la question des détenus qu’il qualifie de prisonniers politiques. Selon lui, « plus de 1 000 prisonniers politiques croupissent aujourd’hui dans les liens de la détention », dénonçant des arrestations qu’il juge arbitraires ainsi que des détentions prolongées sans jugement. Sur le plan économique, il a fustigé la hausse du coût de la vie et la récente augmentation du prix des carburants. « Les marchés crient la misère », a-t-il affirmé, estimant que cette décision « étrangle un peu plus les transporteurs, les commerçants et l’ensemble des consommateurs ».
Le dirigeant du PPA-CI a également mis en cause l’état des services publics. Il a décrit une école « à l’agonie » et des centres de santé, notamment à l’intérieur du pays, dépourvus selon lui de plateaux techniques suffisants pour répondre aux besoins des populations.
L’un des passages les plus marquants de son intervention concerne les festivités organisées à l’occasion de la fête nationale. Michel Gbagbo a vivement critiqué les distributions de boissons lors des célébrations populaires, qu’il considère comme une manière de détourner l’attention des difficultés de la jeunesse. « On organise des kermesses de l’anesthésie, on distribue des packs de bière en se disant : « Donnez-leur de la bière pour qu’ils oublient qu’il n’y a pas de travail, que l’école est par terre et que l’avenir leur est volé » », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « On veut faire taire les aspirations d’une génération avec un décapsuleur. » Pour l’ex-député, cette situation illustre ce qu’il appelle une « non-indépendance », caractérisée, selon lui, par des atteintes aux libertés, des difficultés économiques persistantes et un manque de perspectives pour la jeunesse.
Au-delà de ses critiques, Michel Gbagbo a consacré une large partie de son discours à l’ancien président Laurent Gbagbo, qu’il présente comme l’incarnation du combat pour la souveraineté nationale. « Célébrer Laurent Gbagbo, c’est célébrer son combat inlassable pour la démocratie et la justice », a-t-il déclaré, estimant que l’ancien chef de l’État « a enseigné que la souveraineté de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique ne se négocie pas, elle s’arrache ».
Pour clore, Michel Gbagbo a appelé les Ivoiriens à poursuivre, selon ses termes, le combat pour « une Côte d’Ivoire libre et souveraine ». Il a plaidé pour la libération des personnes qu’il considère comme des prisonniers politiques et a formulé le souhait de voir « la liberté triompher de l’arbitraire », avec une jeunesse bénéficiant « d’emplois et d’écoles dignes plutôt que de bouteilles de bière ».
M.K








