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Société

Orpaillage illégal : le COJEP met la pression sur l’État et réclame une traçabilité de l’or

Maxime KOUADIOMaxime KOUADIO
Publié le 27/08/2026
dans Société
Orpaillage illégal : le COJEP met la pression sur l’État et réclame une traçabilité de l’or

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Le combat contre l’orpaillage illégal ne doit plus se limiter à la destruction des sites et à l’interpellation des personnes présentes sur le terrain. C’est le message porté ce jeudi dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux par Me Ouraga Serge, porte-parole du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP), dans une vidéo rendue publique ce jeudi.

Au nom de la formation politique de Charles Blé Goudé, l’avocat estime que l’orpaillage clandestin est désormais devenu une « urgence nationale », au-delà des clivages politiques. « Ce phénomène ne menace plus seulement notre sous-sol », a-t-il martelé, évoquant des conséquences sur les terres agricoles, les cours d’eau, l’environnement, la santé, l’économie et la sécurité.

Le COJEP salue l’intensification des opérations conduites par les autorités ivoiriennes. Selon les chiffres cités par Me Ouraga Serge, plus de 1 100 sites auraient été déguerpis et plus de 1 500 personnes interpellées entre janvier et juillet 2026.

Pour le parti, cette dynamique doit se poursuivre avec « fermeté, détermination et persévérance », tout en restant dans le strict respect de la loi. Face aux éventuelles résistances rencontrées lors des opérations, le porte-parole se veut catégorique : « L’État ne doit pas reculer, il doit agir avec fermeté. »

Mais, prévient-il, la destruction des installations ne saurait constituer l’aboutissement de la lutte.
C’est sur ce point que le COJEP entend déplacer le curseur. Me Ouraga Serge reprend une formule précédemment utilisée par Charles Blé Goudé : « Il ne faut pas seulement couper les doigts, il faut couper la tête de l’orpaillage illégal. »

Derrière les jeunes retrouvés sur les sites, le parti voit les maillons d’une organisation beaucoup plus structurée. Qui finance les activités ? Qui fournit les engins, le carburant et les produits chimiques ? Qui recrute les travailleurs ? Qui transporte et collecte l’or ? Qui l’achète et le revend ? Et surtout, qui en tire les bénéfices ?

Le COJEP s’appuie notamment sur le coût des équipements pour défendre cette thèse. Une mini-pelle de cinq tonnes peut, selon les chiffres avancés par son porte-parole, coûter entre 15 et 40 millions de francs CFA, tandis qu’une pelleteuse peut atteindre 75 à 135 millions de francs CFA.

Difficile, dans ces conditions, selon le parti, d’imaginer que les jeunes interpellés puissent financer eux-mêmes de telles opérations. « C’est précisément pour ça qu’il faut remonter la chaîne », soutient Me Ouraga Serge.

Le COJEP réclame ainsi un changement de méthode : passer d’une logique principalement fondée sur les descentes sur les sites à une véritable stratégie de renseignement, d’enquête et de démantèlement des réseaux.

Une interpellation devrait, selon le parti, constituer le point de départ d’une enquête. Les enquêteurs devraient notamment chercher à identifier les recruteurs, les financiers, les propriétaires des machines, les fournisseurs, les transporteurs, les intermédiaires et les acheteurs d’or.

Le parti réclame également une meilleure traçabilité du métal précieux, du site d’extraction jusqu’au dernier acheteur. « S’il n’y a pas d’acheteur, il n’y a pas de marché », rappelle son porte-parole, appelant à suivre également les flux financiers afin d’identifier les bénéficiaires ultimes.

Autre proposition du COJEP : la création d’une structure étatique de haut niveau spécialement chargée de la lutte contre l’orpaillage illégal. Celle-ci pourrait prendre, selon Me Ouraga Serge, la forme d’un ministère dédié ou d’une autorité nationale disposant de compétences et de moyens propres.

L’objectif serait de coordonner les actions des différents ministères concernés – Mines, Environnement, Sécurité, Défense, Justice, Finances ou encore Agriculture. Pour le parti, la dispersion des responsabilités ne permet plus de répondre efficacement à un phénomène devenu transversal.

Le COJEP insiste par ailleurs sur l’après-orpaillage. Détruire un site ne signifie pas que la terre est restaurée, souligne Me Ouraga Serge. Les opérations laissent derrière elles des sols dégradés, des cours d’eau pollués et des écosystèmes fortement affectés.

Le parti plaide donc pour une politique nationale de restauration des sites, comprenant la remise en état des sols, la dépollution des cours d’eau, le reboisement et, lorsque cela est possible, la reconversion des terres à des fins agricoles.

Sur le volet judiciaire, le COJEP estime que la réponse pénale doit être proportionnée à la gravité du phénomène. Il propose que les formes les plus graves et organisées de l’orpaillage illégal puissent être qualifiées de crimes plutôt que de simples délits, afin de permettre l’application de sanctions plus lourdes.

Le parti suggère également, dans un cadre légal approprié, une suspension temporaire des activités d’orpaillage artisanal, le temps de procéder à un état des lieux, d’identifier les différents acteurs et de clarifier les autorisations existantes.

Cette proposition, précise Me Ouraga Serge, ne vise pas à condamner les activités minières exercées légalement, mais à permettre à l’État de « reprendre le contrôle » d’un secteur jugé trop souvent hors cadre.

Enfin, le COJEP appelle à renforcer la sensibilisation des populations, notamment des propriétaires terriens. Selon le parti, céder une parcelle à des exploitants clandestins en échange de revenus immédiats peut transformer, à terme, une terre agricole en espace impropre à la culture.

Pour Me Ouraga Serge, le constat est sans appel : l’orpaillage illégal n’est plus seulement une affaire d’or. Il touche désormais à la terre, à l’eau, à l’économie, à l’environnement, à la sécurité et, plus largement, à l’avenir de la Côte d’Ivoire.

Maxime KOUADIO

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