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Histoire & Peuple

Edito / France-Afrique, Russie – Afrique, USA – Afrique, … : ça suffit, les Sommets de la Honte !

Félix Diby BONYFélix Diby BONY
Publié le 02/11/2026
dans Histoire & Peuple
Sommet Russie - Afrique

Des dizaines de dirigeants africains autour du président russe, Vladimir Poutine, le 30 octobre 2026, à Moscou

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Et ça continue, la valse et le ballet des chefs d’Etat africains vers les dirigeants d’autres pays dits développés pour aller exposer leurs lacunes. Encore un sommet qui vient de rendre ses conclusions, le Sommet Russie-Afrique tenu à Moscou les 28, 29 et 30 octobre 2026, le 3e du genre organisé et présidé comme de coutume par le président russe, Vladimir poutine. Après l’Africa Forward Summit, la rencontre France-Afrique tenue à Nairobi, ce sommet de Moscou clôture l’année et rappelle tous ces autres sommets qui se multiplient dans le monde toujours avec comme cible et participants les dirigeants Africains face au président d’un Etat occidental ou Asiatique. Ainsi, l’on comptabilise à ce jour le sommet UE-Afrique, qui est à sa énième édition, la Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique (TICAD) qui approche sa 10e édition, les Forums économique Chine – Afrique ou USA-Africa, voire Turquie-Afrique, avec à chaque fois, le même mouvement : le ballet des chefs d’État africains qui courent d’une capitale à l’autre, brûlant du kérosène pour aller chercher des solutions à leurs problèmes chez les autres. L’image est saisissante. Celle affichant toujours un groupe de dirigeants du continent face au chef d’État d’un seul pays — d’Europe, d’Asie ou d’Amérique — comme un monarque et ses sujets à qui ce dernier débite ses volontés.

« Quand on a besoin du Pape, on se rend à Rome »

A l’annonce de chaque sommet, ce sont toujours des dirigeants africains qui accourent vers une capitale européenne, asiatique ou américaine comme des mendiants se précipitant vers des sauveurs dont les promesses ne tiennent que pour les oreilles de leurs hôtes. Ça et là, ce sont les discours creux, les photos de figurants, des poignées de mains pour montrer à son peuple qu’on a un réseau. Mais, toujours au bout, rien de concret qui change les réalités des populations. Juste de la communication et du ‘’m’as-tu vu’’ pour signifier aux plus ignorants qu’on est au travail.

Combien coûte ces voyages en avions privés pour les contribuables du continent ? Combien plus ne pourrait-on pas économiser ces moyens et les affecter à d’autres charges pour amortir l’inflation toujours galopante dans la plupart de nos pays ? Et si les dirigeants africains faisaient l’économie de ces déplacements chez les autres pour les accueillir chez nous, à Addis-Abeba, au siège de l’Union Africaine, là où celui qui pense avoir besoin de l’Afrique viendrait pour les y rencontrer et exposer ses propositions ? L’adage ne dit-il pas que « quand on a besoin du Pape, on se rend à Rome ? »

Le président français, Emmanuel Macron et plusieurs dirigeants africains à Naïrobi

Jusqu’à la preuve contraire, les sommets organisés dans chaque État sont à l’initiative du pays hôte. Ce qui signifie que la partie invitante est celle qui en exprime la demande. Le format des rencontres traduit une réelle ambition de chacun de ces dirigeants européens, asiatiques ou américains d’affirmer son hégémonie aux yeux des autres en usant des Africains comme d’un marchepied, sinon au mieux des trépieds.

Un dirigeant face à tout un Continent

Quoi de mieux que le siège de l’Union Africaine, là où tout se décode pour l’Afrique, pour recevoir, entendre et apprécier, en présence de tous, les dires et les propositions de tous ces prédateurs et profiteurs de notre continent ? En tout état de cause, que retenir de ces ballets incessants dans les salons feutrés des Trump, Macron, Poutine, Xi Jinping, Erdogan et autres ?

Le bilan de ces grand-messes diplomatiques, qu’il n’est pas osé de qualifier de ‘’Sommets de la Honte’’ demeure désolant de régularité. Partout, ce sont des promesses vaines et des annonces d’effets de manche, mais rarement des actes concrets. Ici, ce sont des milliards d’investissements promis dans tel secteur stratégique. Là, ce sont d’autres milliards promis pour relever tel défis. Mais, les années passent et rien ne change pour les populations et la jeunesse africaine toujours au centre des discours.

La mécanique est bien rodée. Chaque puissance cherche avant tout à étendre sa zone d’influence, à verrouiller l’accès aux ressources stratégiques et à sécuriser des blocs de votes alignés à l’ONU lors des scrutins multilatéraux sous tension. Si ces rendez-vous répondaient à une réelle volonté d’émancipation du continent, les soutiens affichés se traduiraient par des réformes de fond, à commencer par l’obtention d’un siège permanent pour l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies ou l’élargissement significatif de ses sièges non permanents que les dirigeants africains ont toujours clamé. Il n’en est rien.

Des promesses de plus de 50 milliards de dollars américains ont été faites à ce sommet avec le président chinois, et dont les retombées restent toujours attendues pour stabiliser le continent africain

Le 3e sommet Russie-Afrique, qui s’est achevé à Moscou le 30 octobre 2026, n’a pas dérogé à la règle. Il a une nouvelle fois exposé une asymétrie humiliante. Comment un continent de plus d’un milliard et demi d’habitants, fort de 54 États souverains, accepte-t-il encore de se déplacer en bloc pour faire face au dirigeant d’une seule nation de moins de 150 millions d’habitants ? Cette posture collective, qui s’apparente à de l’enfantillage et au rabaissement diplomatique, réduit la diplomatie africaine à une quête perpétuelle d’aides et d’hypothétiques partenariats.

Il est temps de tirer les leçons de ce théâtre géopolitique, ces Sommets de la Honte. A commencer par la fin du format ‘’Un contre Tous’’. L’Afrique est un continent, et à ce titre elle doit s’interdire ces formats d’alignement où un seul chef d’État reçoit tout un ensemble de dirigeants à sa guise. Le bienfaiteur qui souhaite négocier avec l’Afrique a avec lui les instances de l’Union africaine et ses représentants mandatés (la présidence en exercice et la Commission). Ce principe devra s’imposer à quelque puissance que ce soit pour éviter cette formule visant à convoquer des dizaines de présidents pour combler sa table impériale.

Plus d’un demi-siècle après les époques coloniales, c’est plus que le temps du sursaut dans nos Etats africains. Cette auto-détermination ne peut se concevoir sans une construction souveraine. La souveraineté africaine, elle commence par l’intégration intra-africaine. Même l’Europe et les maîtres d’hier ne dérogent pas à la règle. L’Union Européenne doit inspirer l’Afrique. La véritable force négociatrice du continent réside dans la concrétisation de la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) et dans la valorisation locale de ses matières premières et de ses ressources humaines. Tant que l’Afrique se présentera divisée, elle restera un terrain de compétition pour les puissances extérieures.

L’eldorado peut changer de camp

Unie, cette Afrique doit apprendre à parler d’une seule voie, comme l’Europe le réussit si bien. En témoigne la position de la France et ses alliées sur la question ukrainienne. Les Africains doivent bâtir une diplomatie de résultats, et non plus de promesses. Tout partenariat futur doit être conditionné par des engagements contraignants, des transferts de technologies réels et un soutien ferme, sans ambiguïté, à la réforme de la gouvernance mondiale avec des agendas clairs et des mécanismes réels de suivi et évaluation.

Aucune grande nation ne veut manquer d’avoir son sommet avec l’Afrique

Tant que les dirigeants africains choisiront le spectacle de la figuration internationale plutôt que l’exigence d’un rapport de force structuré, ces sommets ne seront que des répétitions d’un même constat d’impuissance. La souveraineté ne se mendie pas à Moscou, Washington, Paris ou Beijing ; elle se construit à Addis-Abeba.

Il faut nous réveiller. Le bonheur de l’Afrique ne se trouve pas chez les autres. Avec toutes les ressources dont dispose ce continent et les forces actives que constitue sa jeunesse, l’Afrique n’est pas loin d’inverser la tendance. Ce continent peut devenir la destination la plus prisée tant pour l’Européen, l’Asiatique que bien de populations d’ailleurs. Les faits dans le monde nous parlent, il est temps de bien les analyser et de savoir tirer de la graine. La récession qui menace certaines de ces grandes puissances, à l’image de la France au bord du chaos, devrait aider beaucoup de nos dirigeants – s’ils ne l’ont compris déjà – à comprendre que l’eldorado est en passe de changer de camp. Il faut espérer que tous en prennent conscience et y préparent dès à présent leurs jeunesses, au lieu d’aller faire la courbette chez des homologues, juste pour taper à l’œil pour revenir le marchander comme un moyen de communication et de campagne pour consolider ou s’éterniser dans un fauteuil.

Même la Turquie, l’une des dernières venues, qui a décidé, elle aussi, d’aller à la conquête de l’hégémonie mondiale en s’affichant avec l’Afrique en bloc continental

Toutes ces grandes nations, vers lesquels nous courrons, ont eu leur histoire, parfois pire que les nôtres. A chacun de construire son avenir. Avec ses propres ressources, comme le Japon, la Chine, et aujourd’hui les Emirats Arabes Unis devenus l’attraction du monde. Ça suffit, les Sommets de la Honte ! Place aux vrais rendez-vous du Donner et du Recevoir, et surtout chez nous !

Félix D. BONY

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