Quelque 160 millions d’électeurs brésiliens sont appelés aux urnes ce dimanche 25 octobre 2026 pour départager le président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva et le sénateur Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Au terme d’une campagne particulièrement tendue, ce scrutin s’annonce décisif pour l’avenir politique du pays et pourrait consacrer le retour en force de la droite conservatrice en Amérique latine, dans un contexte marqué par l’influence croissante de Donald Trump.
Le Brésil retient son souffle. À l’occasion du second tour de l’élection présidentielle, les électeurs doivent trancher entre la continuité incarnée par Lula, qui brigue un quatrième mandat non consécutif, et l’alternance défendue par Flavio Bolsonaro, 45 ans, déterminé à ramener son camp au sommet de l’État.
À 80 ans, le président sortant joue l’une des batailles politiques les plus importantes de sa carrière. Arrivé en deuxième position au premier tour avec 45 % des suffrages, contre 47 % pour son adversaire, Lula espère renverser la tendance et déjouer les pronostics. Toutefois, les derniers sondages créditent Flavio Bolsonaro de 51 % des intentions de vote, contre 49 % pour le chef de l’État, un écart qui reste dans la marge d’erreur.
Un duel aux répercussions régionales
Au-delà du choix d’un président, cette élection constitue un véritable test pour la gauche latino-américaine. Le résultat déterminera si le Brésil demeure l’un des principaux bastions progressistes de la région ou s’il rejoint la dynamique conservatrice qui gagne du terrain sur le continent, encouragée par le président américain Donald Trump.
Si ce dernier n’a pas officiellement apporté son soutien à Flavio Bolsonaro, les affinités politiques entre Washington et le clan Bolsonaro nourrissent les interrogations sur les orientations diplomatiques que pourrait adopter un éventuel gouvernement de droite.
L’ancien président Jair Bolsonaro, au pouvoir de 2019 à 2022, demeure au cœur de cette confrontation. Condamné à 27 ans de prison pour avoir tenté de se maintenir au pouvoir après sa défaite électorale de 2022, il purge actuellement sa peine en résidence surveillée. Son fils a fait de sa libération une promesse politique majeure, affirmant que cette mesure constituerait sa première décision s’il accédait à la présidence.
Tout en revendiquant l’héritage paternel, Flavio Bolsonaro tente néanmoins de se présenter comme une figure plus modérée. Il promet notamment de renforcer la lutte contre la criminalité et de réduire les dépenses publiques. Un discours qui séduit une partie de l’électorat, lassée par l’insécurité et les difficultés économiques.
« Ça suffit, il est temps de changer », a déclaré João Paulo, 37 ans, lors d’un rassemblement bolsonariste organisé samedi à Belo Horizonte, illustrant l’aspiration au changement d’une partie des électeurs.
Lula défend son bilan social et démocratique
Face à son rival, Lula s’est présenté comme le garant de la démocratie et le rempart contre le retour de l’extrême droite. Il a également dénoncé les pressions commerciales et diplomatiques américaines, cherchant à mobiliser les électeurs attachés à l’indépendance du Brésil sur la scène internationale.
Durant la campagne, le président sortant a mis en avant les résultats économiques et sociaux de son troisième mandat, marqué notamment par un recul historique du chômage et une inflation relativement maîtrisée. Il revendique également les avancées de ses programmes sociaux, qui ont contribué à sortir des millions de Brésiliens de la faim.
Malgré ce bilan, son gouvernement reste confronté à des critiques persistantes concernant le coût de la vie, la violence et la dégradation des finances publiques. Pour convaincre les électeurs, Lula a multiplié les annonces sociales, certaines particulièrement coûteuses, dans un contexte budgétaire délicat.
Dans le Nord-Est, région qui constitue l’un de ses principaux bastions électoraux, les mesures de solidarité demeurent un argument de poids. « Même si certains parlent d’aumône, pour nous, cela a été une aide énorme », témoigne Walter dos Santos, 56 ans, soulignant l’importance de ces dispositifs pour les populations les plus vulnérables.
Sur le terrain environnemental, Lula peut également se prévaloir d’une baisse de la déforestation en Amazonie, ramenée à son niveau le plus bas en quatre décennies. Toutefois, les incendies favorisés par le phénomène climatique El Niño ont ravivé les inquiétudes, sans que la question environnementale occupe une place centrale dans les derniers débats électoraux.
Une campagne numérique sous haute tension
Conscient des limites de sa stratégie de communication, Lula a également revu son approche après le premier tour. Longtemps peu porté sur les usages numériques, le président s’est investi davantage sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à se proclamer « roi du selfie ».
Cette offensive numérique a donné lieu à une vive controverse impliquant Meta, maison mère de WhatsApp, Facebook et Instagram. Le camp présidentiel a accusé le groupe américain de favoriser son adversaire à travers une prétendue manipulation des algorithmes. L’entreprise a rejeté ces accusations, tout en reconnaissant l’existence de problèmes techniques ayant affecté les contenus du camp de Lula.
Dans un pays profondément polarisé, les réseaux sociaux sont ainsi devenus un terrain majeur de confrontation, où la bataille pour l’opinion se joue autant dans les urnes que sur les plateformes numériques.
Quel que soit le vainqueur, une période d’incertitude s’annonce
L’issue du scrutin ne devrait toutefois pas mettre fin aux tensions politiques. La victoire de Lula pourrait ouvrir un nouveau mandat sous forte pression parlementaire, après les gains importants de la droite conservatrice lors des élections législatives. Un Congrès hostile risquerait de compliquer la mise en œuvre de son programme et d’alimenter les menaces de destitution.
À l’inverse, une victoire de Flavio Bolsonaro pourrait inaugurer une période de confrontation institutionnelle. Le sénateur a notamment annoncé son intention de faire destituer le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes, qui a joué un rôle central dans la procédure judiciaire visant son père.
Pour l’analyste Thomas Traumann, les deux scénarios comportent ainsi des risques majeurs de crispation politique : une gauche contrainte de gouverner sous pression parlementaire ou une droite susceptible d’engager des représailles contre les institutions judiciaires.
Dans ce climat de défiance et de polarisation, les Brésiliens ne choisissent donc pas seulement entre deux candidats. Ils déterminent également l’orientation démocratique, économique et diplomatique de leur pays pour les années à venir. Une victoire de Lula conforterait la résistance de la gauche latino-américaine, tandis qu’un succès de Flavio Bolsonaro consacrerait le retour du bolsonarisme et renforcerait la dynamique conservatrice sur le continent.
Philomène AQUOUAMAH








