Longtemps réputé pour ses prises de position sur la démocratie et les dérives du pouvoir en Côte d’Ivoire, Alpha Blondy multiplie les interventions sur la situation politique au Sahel. À la clôture de l’Abidjan Border Forum 2026, le 22 octobre à Abidjan, le reggaeman a directement interpellé les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger sur les conséquences des coups d’État. Une sortie qui invite à s’interroger sur l’évolution de ses priorités publiques, alors que plusieurs enjeux politiques et sociaux continuent d’alimenter le débat dans son pays.
Alpha Blondy n’a pas choisi la discrétion. Sur la scène du Parc des expositions d’Abidjan, à l’occasion du concert marquant la clôture de l’Abidjan Border Forum 2026, le chanteur ivoirien a adressé un message sans détour aux autorités de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Son principal grief : la répétition des coups d’État et leurs conséquences sur la stabilité de l’Afrique de l’Ouest.« Vos coups d’État déstabilisent toute la sous-région… Ça suffit comme ça ! », a-t-il lancé à l’adresse des dirigeants maliens, burkinabè et nigériens. Avant d’insister sur les conséquences de ces ruptures politiques : « Les coups d’État mettent le continent en retard. »
Le reggaeman a plaidé pour une rupture avec les changements de pouvoir par la force. Son intervention intervient dans un contexte marqué par les transitions militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, trois pays qui ont constitué l’AES après leur rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).
Du Mali au Burkina Faso, le message d’Alpha Blondy
L’artiste a décliné son message en fonction des trajectoires politiques des trois pays. Au Mali, il a évoqué le parcours national, de Modibo Keïta à Assimi Goïta, avant d’adresser un appel aux populations : « Les Maliens, c’est bon comme ça ! Restez avec votre chef. »
Au Niger, Alpha Blondy a souhaité que le coup d’État de juillet 2023 soit le dernier que connaisse le pays. Au Burkina Faso, il a également dénoncé la répétition des ruptures politiques, en citant notamment Maurice Yaméogo et Ibrahim Traoré.
Derrière ces références historiques, le chanteur défend une même idée : les crises politiques à répétition compromettent, selon lui, les perspectives de développement du continent. Il a également abordé la question des influences étrangères dans les changements de pouvoir en Afrique, évoquant des coups d’État qu’il a qualifiés de « commandés côté RFI » et d’autres qu’il a décrits comme « domestiques ».
De « Guerre civile » aux débats démocratiques ivoiriens
Cette prise de position sur les transitions sahéliennes rappelle le parcours d’un artiste qui a longtemps fait de la gouvernance et de la démocratie des thèmes récurrents de son engagement public en Côte d’Ivoire.
De Félix Houphouët-Boigny à Laurent Gbagbo, en passant par Henri Konan Bédié et Robert Guéï, Alpha Blondy n’a pas hésité, au fil des années, à critiquer les dirigeants ivoiriens. Ses chansons ont notamment servi de support à ses prises de position sur l’exercice du pouvoir, les tensions politiques et les risques de confiscation de la démocratie.
Dans « Guerre civile », publiée en 1998 sur l’album Yitzhak Rabin, le reggaeman mettait en garde contre les dérives liées à la multiplication des mandats présidentiels. « Président élu une fois, élu deux fois, élu trois fois, élu quatre fois, ça devient de la dictature », chantait-il.
Cette formule résume l’une des préoccupations qui ont marqué son répertoire politique : la nécessité de préserver les principes démocratiques face aux ambitions de maintien au pouvoir.
Cherté de la vie, liberté d’expression : les questions ivoiriennes
Aujourd’hui, alors que le chanteur consacre une partie visible de ses interventions aux évolutions politiques du Sahel, plusieurs sujets demeurent au cœur des préoccupations en Côte d’Ivoire. La cherté de la vie, la durée au pouvoir, la liberté d’expression, multiplication des mandats politiques et les conséquences de l’orpaillage illégal figurent notamment parmi les questions qui alimentent les discussions publiques.
La place accordée à ces sujets dans ses prises de parole récentes peut susciter des interrogations chez ceux qui se souviennent de ses critiques répétées des pouvoirs ivoiriens. Mais le fait qu’il s’exprime sur les pays de l’AES ne permet pas, à lui seul, de conclure qu’il aurait renoncé à ses préoccupations nationales.
Une autre lecture est possible : en dénonçant les coups d’État au Sahel, Alpha Blondy continue de s’intéresser aux questions de gouvernance, de stabilité et d’avenir politique du continent. Reste que la fréquence et la visibilité de ses interventions sur l’AES contrastent avec l’image du chanteur qui faisait autrefois de la scène politique ivoirienne l’un de ses principaux terrains d’expression.
Entre ses combats passés pour la démocratie en Côte d’Ivoire et ses interpellations actuelles des dirigeants sahéliens, une question demeure : quelle place Alpha Blondy entend-il désormais accorder aux débats politiques et sociaux de son propre pays ?
Maxime KOUADIO








